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Notes d'auteur :

Bad Guy de Billie Eilish ici

Les paupières closes, je me déhanche sur les basses rythmées comme si plus rien n'existait autour de moi. Ni les lumières psychédéliques. Ni les inconnus qui me frôlent ou me dévisagent avec convoitise. Ni Aline qui se trémousse tel un lutin à mes côtés. Ni Thibaut qui se dandine mécaniquement tout en repoussant les types jugés envahissants avec sa carrure de rugbyman. Je danse. Jusqu'à ce que mes pieds réclament grâce. Dans la foule de corps, je me faufile en direction du bar lorsqu'une main agrippe violemment mon bras. Un inconnu qui se permet une familiarité déconcertante.

— Tu sais que t'es sexy toi ? s’exclame-t-il en me projetant son haleine alcoolisée au visage.

J'essaye de me dégager mais il resserre sa prise.

— Lâche-la, ordonne une voix tranchante en le saisissant par l'épaule.

Sous la poigne ferme de mon défenseur, le malotru s'enfuit sans demander son reste. Mon sauveur. Les traits durs, il serre convulsivement son poing comme s'il regrettait d'avoir laissé partir sa cible aussi facilement. Vincent. Si beau dans un tee-shirt blanc à large encolure. Le soleil d'été a rendu sa peau encore plus dorée. Mon cœur fait des sauts périlleux même si ce n'est pas une réelle surprise de le voir ici. Des semaines qu'il me tourne autour. En feignant un complet détachement, je m'approche pour le remercier et lui faire une bise légère. Malgré moi, les poils de ma nuque se hérissent lorsque son parfum boisé m'envahit.

— Tu es superbe, me complimente-t-il avec une intensité qui m'enflamme jusqu'aux orteils. Je t'offre un verre ?

— Pourquoi pas.

Je me hisse sur un haut tabouret alors qu'il me ramène un Mojito. Bien sûr, il n'a pas besoin de me consulter pour se souvenir que je ne jure que par ce cocktail.

— Caroline n'est pas là ? demandé-je innocemment alors que je connais déjà la réponse.

— Non, répond-il catégorique. Lentement, son regard rivé au mien, il tourne les glaçons dans son verre avant de boire une gorgée. Son mouvement m'hypnotise. Légèrement ébahie face à ses lèvres humides, je me détourne vivement en me sermonnant. Ce n'est pas le moment de perdre la tête telle une lycéenne. Prenant un air détaché, je tente d'apaiser les battements erratiques qui pulsent dans ma poitrine en fixant l'innocent décor derrière lui.

— Tu me manques Madi, annonce Vincent de but en blanc.

Désarçonnée par cet élan, je plonge à nouveau dans ses sombres prunelles. Elles brillent avec un doux mélange de désir et de détermination. Même si je suis évidemment flattée, je ne réponds rien. C'est comme ça entre nous maintenant. Le jeu du chat et de la souris. Un classique vieux comme le monde. Ma feinte indifférence le rend fou. Il ne supporte pas que je lui échappe. Comme je l'espérais. Ainsi, il a pris soin de sortir seul ces derniers temps. Grâce à cela, nous avons peu à peu renoué. D'abord en nous saluant de loin puis en échangeant quelques banalités. Sans aller toutefois jusqu'à évoquer notre passé commun. Ce sujet tabou entre tous.

— C'était une bêtise de te quitter Madison, reprend-il. Jamais je n'aurais dû te faire ça. Avec toi, c’était pour la vie et je n'étais pas prêt, tu vois ? L'engagement et tout... Ça m'a mis la pression. J'ai besoin de me sentir libre, sinon j'étouffe. C’est vrai que je t'ai fait du mal. Mais tu me manques. Terriblement.

Je ne l'ai pas quitté des yeux, touchée par ses soudaines révélations. Il commence à caresser ma main en faisant de petits cercles avec son pouce. J'ai très envie de l'embrasser. Maintenant. Il le voit. Il a toujours su lire en moi comme dans un livre ouvert. Dès que cette lubie me traverse, il la perçoit et il en profite pour prendre l'avantage. Langoureusement, il se rapproche. Je ne cherche pas à esquiver. Pourtant, l’endroit est bondé et des connaissances pourraient nous voir. Lui surtout. Mais ça ne semble pas le stopper pour autant. Sa bouche s’écrase sur la mienne avec passion. C’est si bon. Meilleur encore que dans mes souvenirs. Il m'a tellement manqué. Je fonds. Je me noie. Je me perds dans cette étreinte inespérée. A bout de souffle, nous nous éloignons finalement à contrecœur l’un de l’autre.

— Nous deux, c’est l'alchimie parfaite, susurre-t-il contre ma joue.

Les jambes flageolantes, je suis incapable de le détromper. Il m'est revenu. Enfin.

— Allons ailleurs, propose-t-il.

Envahie d'émotions contraires, je ne parviens plus à réfléchir et j'acquiesce en me blottissant contre lui. M’enlaçant par la taille, il nous conduit au vestiaire pour récupérer nos vestes et nous sortons. Le calme soudain de la nuit secoue ma conscience endormie. Sournoisement, le soupçon rampe et s’insinue dans mes pensées troubles. Je ralentis. Il me faut lever le doute.

— Dis-moi… avec Caroline, c'est terminé ?

—Non, m’informe-t-il surpris. Pourquoi ?

C’est la douche froide. Brutal atterrissage qui me choque. Déstabilisée, je m’éloigne en vacillant. J'étais persuadée qu'il avait rompu. Il n'y avait pas d'autre explication à sa proposition. Et puis, il était si charmeur. Si tactile. Si… honnête. Ou plutôt ce que j’avais interprété comme de l’honnêteté. Ses grandes déclarations. Ses regrets. Comment a-t-il pu proposer un after avec autant de naturel alors qu’il est toujours en couple ?

— Tu rigoles ? soufflé-je, incrédule.

— Allez, Madi, supplie-t-il en essayant de m’attirer à lui.

Je me dérobe en m’agitant :

— Tu rêves ! Qu’est-ce que tu as imaginé ? Que tu pouvais tout avoir ? Elle, moi et t'en tirer comme un prince ? Hors de question ! Je ne serai pas le second choix. Soit tu la quittes, soit tu fais une croix définitive sur moi !

— Je ne la quitterai pas, répond-il buté.

Je le fixe durement, écœurée d'y avoir cru, une fois encore. Je raffermis ma volonté avant de sauter dans le vide.

— Très bien. Alors c'est fini, Vincent. Cette fois, c'est vraiment fini. Je récupère ma liberté.
Note de fin de chapitre:
C'était donc le dernier flashback. Même si l'escalade aurait pu aller plus loin, c'est Noël quand même ! La suite devrait être plus lumineuse. Merci pour votre lecture :)
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