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Notes d'auteur :

Thème du calendrier : Espionnage

Eulric tourna autour d’un vieux bâtiment qu’il ne connaissait pas. La lune éclairait assez pour que le jeune garçon soit attiré par une forme nuageuse et épaisse. De la poussière étrange volait autour de lui. Il se demandait bien de quoi il s’agissait quand enfin, en approchant davantage vers les sacs entreposés sous un préau, Eulric comprit qu’il ne s’agissait pas de poussière mais de morceaux de laine. Cela sentait le mouton. Des dizaines de kilos de laine étaient entreposées là. Eulric se demandait bien pourquoi. La laine devait peut-être être aérée pour ne pas empester les intérieurs des pièces. Mais peu importait l’odeur, Eulric n’hésita pas et s’installa sans sourciller entre les sacs épais et chauds.

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Eulric se leva dès l’aube. Un rayon de soleil perçait juste au-dessus de lui. Le quartier des artisans était encore calme mais plus pour longtemps. Déjà Eulric entendait quelques bruits de portes et de roulottes. En se mettant debout, il frissonna. La laine qui l’avait recouvert pendant toute la nuit l’avait bien tenu au chaud. Si bien que le premier courant d’air frais lui rappela que sa veste de coton trouée n’était pas bien épaisse. En entendant des pas résonner sur le sol en terre, il ne resta pas plus longtemps sous le préau et partit rapidement dans la direction opposée en sachant pertinemment qu’il reviendrait dans ce lieu sûr et chaud le soir-même. Cela faisait longtemps qu’il avait passé une nuit aussi longue et réconfortante. Ce matin-là, il se sentait plein d’énergie.

Il courut afin de mettre rapidement de la distance entre lui et sa cachette nocturne. Il espérait ne pas avoir été surpris pour pouvoir revenir chaque soir se blottir dans les sacs de laine. Après cette longue nuit de sommeil, Eulric souriait, il était heureux.

Toutefois, rapidement les creux dans son estomac lui rappelèrent qu’il n’avait pas mangé depuis plus de vingt-quatre heures. Reposé, il avait désormais faim. Le jeune garçon s’aventura alors dans le bourg du village pour y récupérer une vieille pomme au marché ou un morceau de pain de la veille qui viendraient remplir son estomac.

Eulric ne s’éloigna cependant pas beaucoup de son refuge. Essayant d’être le plus discret possible, il essaya d’assouvir sa curiosité afin de comprendre à quoi servait toute cette laine entreposée sous le préau. Mais avec son allure vestimentaire et sa dégaine, il restait facilement repérable. Eulric réussit toutefois, à se faufiler pour surveiller le grand bâtiment en restant caché derrière un autre atelier en pierre et en bois quelques mètres plus loin.

Eulric aperçut alors des femmes arrivées les unes après les autres. Elles portaient toutes de longues robes et jupes les unes superposées sur les autres. Un tablier en coton blanc pour recouvrir le tout leur ceinturait la taille. Sur leur tête, un fichu coloré cachait leurs cheveux. Eulric remarqua que tous les âges étaient représentés. Il aperçut même une petite fille d’une dizaine d’années accompagner deux femmes qui devaient probablement être sa mère et sa grand-mère.

Toujours caché derrière l’atelier désaffecté, Eulric guetta ensuite les allées et venues. Alors que l’atelier du maître forgeron, ou celui du tanneur avait régulièrement de la visite dans la matinée, l’atelier des femmes resta fermé pendant des heures. Eulric s’interrogeait vraiment de savoir ce que la quinzaine de femmes faisait depuis plus de trois heures dans le grand atelier sans que personne ne vint les voir. Eulric n’avait pas beaucoup voyagé, mais il avait découvert différentes activités dans les quelques villages où il était passé mais jamais il n’avait vu des femmes travailler en dehors de leur maison, enfermées dans un atelier.

Dès que l’occasion se présenta, Eulric quitta alors sa cachette pour s’approcher du grand bâtiment en brique rouge. Les fenêtres étaient plus hautes que lui. Il remarqua d’ailleurs que l’atelier restait clos. Aucune fenêtre était ouverte. Aucune cheminée ne fonctionnait. Eulric avait cherché mais n’avait vu aucune fumée sortir du bâtiment. L’endroit était vraiment le plus fermé et le plus confiné possible, comme si rien ne devait entrer ni sortir. De la rue, rien n’était visible. Eulric devrait prendre quelques risques pour espérer apercevoir quelque chose. Emporté par sa curiosité, il contourna le bâtiment et trouva une boite en bois qui lui servirait parfaitement de marche pied pour le grandir et lui permettre de jeter un œil à l’intérieur de l’atelier et enfin comprendre ce qui s’y passait.

Le garçon dut se mettre sur la pointe des pieds sur la boite instable pour apercevoir ce qui se passait en contre-bas. La première chose qu’il vit le perturba. De gros nuages de ce qu’il prit d’abord pour des poils volaient. Il comprit ensuite que les boules de poils étaient en fait des morceaux de laine que les femmes dans un coin étiraient de leur long, puis les étalaient pour ensuite les séparer en petites boules. Eulric remarqua ensuite d’étranges machines en bois qu’il n’avait jamais vues ailleurs. Les femmes étaient assises à côté et tenaient entre les mains de la laine qui passait mécaniquement dans l’appareil. Eulric ne voyait pas assez bien pour en comprendre le fonctionnement, mais toutes ces machines le fascinaient. Il resta ainsi, en équilibre sur son marche pied improvisé, à regarder les femmes qui passaient la matière dans une grande roue actionnée par une pédale et filaient ainsi la laine brute des moutons. Cinq ou six machines étaient installées dans l’atelier, le rythme de travail était assez intense. Toutes les femmes, même la plus jeune fille, était occupée sans relâche. Dans un autre coin de la pièce, à l’autre bout, trois d’entre elles étaient penchées sur de grosses bassines en aluminium où elles plongeaient la laine filée pour la ressortir d’une autre couleur.

Debout sur sa boite en bois, Eulric était captivé et admirait le travail des fileuses et des teinturières qui n’arrêtaient leur travail sous aucun prétexte. Les yeux ébahis, il restait hypnotisé par sa découverte. Il n’avait pas le son seulement l’image, mais l’ambiance qui régnait dans l’atelier de ces femmes l’émerveillait.


- Eh jeune homme, que faites vous là ? clama gentiment une voix féminine derrière lui.

Eulric perdit son équilibre et se retint au dernier moment au mur pour ne pas tomber lamentablement à terre devant la femme qui l’avait surpris.

- Euh je vous regardais, répondit naturellement Eulric sans complexe avec un ton intéressé. Vous faîtes quoi en fait ?

La jeune femme sourit. L’innocence du jeune espion semblait lui plaire.

- On file de la laine, de la laine de mouton.

- Mais cette laine, elle vient d’où ? Et après vous faîtes quoi ? Elle va où la laine ? Et c’est quoi dans la bassine ? A quoi ça sert ? Et puis ça va où ensuite tout ça ?

Eulric enchaîna les questions, enivré par sa soif de réponses. A passer la nuit entre les sacs de laine, il semblait maintenant amoureux, épris par cette matière qu’il connaissait si peu en cet état brut, et était devenu aussitôt curieux.

- Venez avec moi, je vais vous faire la visite, proposa naturellement la femme qui ne voyait aucun inconvénient à ce qu’un inconnu entre dans l’atelier.

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