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Notes d'auteur :

 

Bonjour à tou(te)s !

 

Eh bien voilà, comme annoncé, cette petite histoire s'achève aujourd'hui avec ce sixième chapitre. Je ne vous dis rien de plus et vous laisse découvrir la fin sans plus tarder !

Un grand merci à mes bêtas : Mariye et Mojack pour leur travail ! :)

Chapitre 6 : Aux limites de leurs mondes

 

— Comment va Laurelene ?

— Très bien, apparemment, répondit Pic en verrouillant son portable.

Il venait de s’installer au comptoir du Bord du Monde avec Malo et Rafaël. C’était ce dernier qui avait posé la question, mais les deux s’intéressèrent à la réponse. Sur le chemin du bar, Pic s’était enfin laissé aller à leur avouer sa toute nouvelle relation et les garçons s’étaient dit ravis pour lui. Cela lui avait fait plus plaisir qu’il ne leur dirait jamais. De son point de vue, cela renforçait considérablement leur amitié.

Cela faisait bien longtemps que Pic n’avait plus été aussi joyeux et heureux. D’ailleurs, même ses parents, avec lesquels il parlait peu, avait noté un changement dans sa physionomie. Depuis le baiser avec Laurelene, échangé deux jours plus tôt, Pic était profondément détendu. Son corps et son cœur lui semblaient légers comme une plume et il voyait l’avenir avec nettement plus d’optimisme que cela avait pu être durant les derniers mois. Par sa seule présence dans sa vie, Laurelene parvenait à lui faire miroiter un futur auquel il n’avait même jamais espéré. Les « filles », ça n’avait jamais vraiment été son truc. Il avait eu des relations, bien sûr, mais toujours extrêmement courte et sans réel attachement. Il avait cru aimer sa première petite amie, mais il se rendait aujourd’hui compte de son fourvoiement. À présent qu’il aimait véritablement, Paul comprenait que c’était la première fois. Et c’était très excitant. Laurelene Delouis partageait tant de ses opinions, leur entente était si naturelle, si parfaite, qu’il avait encore du mal à croire qu’elle existait réellement. Pourtant, elle existait. C’était bien elle qu’il avait invité au restaurant, avec qui il avait ri, a qui il s’était confié, elle qu’il avait embrassée. Elle qu’il aimait.

Pic poussa un soupir bienheureux que ses amis ne relevèrent pas. Peut-être ne l’avaient-ils même pas entendu, plongés dans leur conversation autour du dernier Tarantino.

La soirée se poursuivit tranquillement. Kiki s’était jointe à leur discussion, relatant des anecdotes désopilantes accumulées au fil du temps sur ses clients. Laurelene, de son côté, se montrait étonnamment silencieuse, mais Pic n’insistait pas. Il était conscient et comprenait que ses études étaient très importantes pour elle et savait également qu’elle n’avait pas choisi les plus aisées. Elle-même parlait souvent des cours et de la charge de travail qui lui était imposée.

 

Aux alentours de vingt-deux heures quinze, néanmoins, alors que Raf, Malo et lui songeaient à rentrer, Pic reçut un curieux SMS.

 

Laurelene, vendredi 27/09/2019, 22h17

« Ça te dit qu’on se voit demain en fin d’après-midi ? On peut se retrouver au Bord du Monde et faire ce qui nous plaît ensuite. »

 

L’air très étonné, Pic s’activa pour répondre au plus vite.

 

Moi, vendredi 27/09/2019, 22h18

« Demain ? Je croyais que tu avais un événement familial ce week-end. Sinon, oui, bien sûr que j’ai envie de te voir, ma belle ! »

 

Laurelene, vendredi 27/09/2019, 22h20

« Non, je peux finalement.

Je vais me coucher, je suis épuisée. Bonne nuit, Pic. À demain. Bisous. »

 

Moi, vendredi 27/09/2019, 22h22

« Génial ! :D

Moi je rentre à la maison. Bonne nuit, fais de beaux rêves. J’ai hâte de te revoir ! Bisous. »

 

Ravi, Paul eut le sentiment que le sourire qui étira sa bouche à partir de cet instant ne s’estompa même pas un peu lorsqu’il s’endormit. Il devait avoir l’air très con, mais bon tant pis. Après tout, personne n’était encore là pour constater à quel point il avait une tête de benêt lorsqu’il dormait en étant ravi.

 

La journée du lendemain s’écoula plutôt rapidement. Bien décidé à aller de l’avant et ne pas se laisser étouffer par la vie, Pic voulait se reprendre en main. Sa matinée fut entièrement consacrée à étudier les offres d’emploi disponibles ainsi que les formations. Le début d’après-midi, il le passa à la salle de sport où il se déchargea de toute pression et de toute pensée négative.

À son retour, il n’était que relativement fourbu. La douche fut un plaisir incomparable puis il se prépara finalement pour son rendez-vous. Pic était profondément heureux de savoir que d’ici une heure, le beau visage de la femme qu’il aimait serait devant lui. À partir de cet instant, plus rien n’aurait d’importance, plus rien ne compterait si ce n’était elle, et Pic ne pouvait s’empêcher d’avoir hâte de se noyer en Laurelene.

Des cordes s’abattaient, ce jour-là encore, d’un ciel orageux. Poussé par de fortes bourrasques glaciales, Pic alla s’engouffrer dans sa voiture, soufflant sur ses mains gelées. L’été les avait définitivement abandonnés.

 

Paul ne peina pas à dénicher une place dans une rue directement adjacente au bar. Il avait dix minutes d’avance sur l’horaire convenu dans la matinée avec Laurelene et décida de l’attendre à l’intérieur en la prévenant. Kiki était toute seule et ne s’attendait visiblement pas à ce qu’un client pousse la porte de son établissement si tôt après l’ouverture.

— Bah t’es là tôt ! l’accueillit-elle sans cesser d’essuyer puis de ranger ses verres.

— Je retrouve quelqu’un.

— Ah ! La jolie petite brune ?

Pic eut un sourire.

— Oui.

— Tu veux un truc en attendant ?

— Je prendrais bien une Corona.

Kiki lui servit sa boisson dans un verre adapté et leva la main vers lui lorsque Pic sortit sa carte bleue.

— Laisse. En mémoire de ce cher Chichi.

Décédé deux jours auparavant, Jacques Chirac faisait les choux gras de la presse. Parmi les nombreuses anecdotes comptées, on n’oubliait pas de remémorer à la planète entière sa passion pour cette bière blonde mexicaine. Pic remercia chaleureusement Kiki, échangea quelques mots encore avec elle puis alla s’installer à une table où il patienta.

 

Il patienta. Et patienta. Et patienta. Laurelene n’était jamais en retard. Pourtant, vingt longues minutes s’étaient écoulées et elle n’était pas là. Alors qu’il s’apprêtait à lui envoyer un SMS inquiet, Paul releva la tête en écoutant la porte du Bord du Monde s’ouvrir puis se refermer, inondant la première salle d’une lumière grisâtre. C’était juste un homme. Pic reporta son entière attention sur son portable. Le nouvel individu passa devant lui, certainement pour aller aux toilettes. Focalisé sur ce qu’il avait en tête, il ne comprit pas tout de suite que l’homme à la carrure imposante s’était immobilisé devant lui.

— Vous cherchez les toilettes ? C’est l…

— Vous êtes Paul Picault ?

Il avait un bout de papier à la main qu’il froissa et rangea dans sa poche après que Pic, profondément étonné d’être ainsi abordé, ait acquiescé en silence.

— Général Pierre Delouis.

Delouis ? Géné… Quoi ?! Choqué, Paul mit de longues secondes avant de seulement commencer à envisager ce que la venue du père de Laurelene signifiait. Il ne pensa pas une seconde qu’il était arrivé malheur à la jeune femme. Le visage aux traits durs de Pierre Delouis – du Général Pierre Delouis ­– était trop peu émotif pour qu’une telle chose se soit produite. Pic se racla la gorge.

— Hum… Enchanté, monsieur.

La réponse claqua comme un coup de fouet.

— Pas moi. Vous vous doutez de pourquoi je suis là. Non ?

Sa voix était infectée par le sarcasme. Il reprit tandis que Pic le fixait toujours, les yeux écarquillés.

— Je suis là pour vous dire qu’à partir de maintenant, vous ne verrez plus ma fille.

Y-avait-il plus stéréotypé ? S’écouter dire qu’il ne reverrait plus Laurelene secoua suffisamment le jeune homme pour qu’il parvienne enfin à décrocher un mot et se rebeller.

— Vous ne me connaissez même pas ! Je…

Il avait maintenant sa diatribe en tête et était prêt à lutter contre cet homme manifestement coincé dans une époque révolue. L’occasion lui fut brutalement arrachée des mains.

— Oh si, je te connais. Ou plutôt, je connais tout de tes erreurs, Paul Picault.

Paul aurait pu jouer l’incompréhension, mais le terme d’erreur avait pour lui une signification bien particulière. Une signification que Pierre Delouis partageait sans le moindre doute.

— Tu vas arrêter de distraire ma fille ou bien ça reviendra te hanter. Tu sais, la complicité de deal et la consommation abusive de drogues. Arrêté mais pas coffré, hein ? Les flics, ces tire-au-flanc, n’en ont plus rien à faire de vous autres. La racaille de ton espèce, ça court les rues, surtout à la Capitale, et ça les fait foutûment chier. Ils n’ont même pas appelé tes parents ! Mais crois-moi, c’est dans ton casier, et je n’ai qu’à décrocher le téléphone pour que ça ressorte. Et avant que tu ne joues les chevaliers en armure blanche, avant même d’imaginer que Laurelene vaut plus que ça, dis-toi bien que faire ressortir tes conneries est la première des choses que je ferai. Certainement pas la dernière.

— Vous êtes un pourri ! cracha Paul, dégoûté et, il l’admettait, terriblement inquiet.

— Non ! Oh non, mon gars, je suis tout sauf ça. Ici, c’est toi le pourri. Moi, je ne suis qu’un père qui cherche à protéger sa petite fille. Laurelene n’a rien à faire avec un vaurien de ton espèce qui ne la méritera jamais.

Pic explosa.

— Oui j’ai fait tout ça ! Oui j’ai été un drogué ! Oui j’ai merdé ! Oui j’ai déjà fini au poste pour ça ! Mais… J’ai lutté pour changer ! J’étais au fond du trou et j’ai lutté contre moi-même pour changer d’état d’esprit, pour changer de fréquentations. Je ne suis plus ce que j’ai été et si une chose est certaine c’est que je ne le serai plus jamais. Personne n’est plus déçu et dégoûté de mon comportement que moi-même. Je me suis battu pour me sortir de là et me prendre en main. Et Laurelene… Elle est la meilleure chose qui me soit arrivé. Non je ne la mérite pas, vous avez raison. Mais j’en suis conscient et je la remercie chaque jour d’être entrée dans ma vie. C’est très sérieux avec elle, monsieur, s’exhorta-t-il à expliquer le plus calmement possible. Je n’ai pas cherché à la rencontrer, je n’ai pas cherché à ce que ça se produise et encore moins à tomber amoureux d’elle, mais je suis amoureux d’elle. Et personne ne peut rien y changer, pas même vous.

Son discours enflammé n’eut pas d’autres conséquences que de faire se rapprocher Pierre Delouis. Nettement plus grand et fort, son ombre dévora Pic.

— Ta pseudo-relation avec ma fille cesse immédiatement.

Pic savait qu’il ne devait pas. Il ne devait pas et pourtant il le provoqua un peu plus.

— Mais vous vivez où, sérieusement ?! Réveillez-vous, on n’est plus au XVIIIe ! Laurelene peut faire ses choix toute seule ! Elle…

Un rire mi-moqueur mi-hilare le coupa derechef.

— T’es qu’une distraction pour elle. Ce que je fais n’est qu’une anticipation d’un futur proche. Laurelene aurait fini par te larguer car elle se serait aperçue de ce que tu étais réellement pour elle : une entrave dans, pour sa vie. Je me charge seulement de le faire à sa place. Je lui épargne une tâche qu’elle aurait eu des difficultés à gérer et que tu lui aurais certainement rendu impossible. Elle a bon cœur, ma fille. Mais qu’est-ce que tu crois, mon gars ? Qu’elle ne sait pas que je suis là ?

Paul était tout prêt à l’affirmer. Évidemment qu’elle ne savait pas que son père était là.

 

 

— Nous connaissons Tiffany depuis toujours, Laurelene. Elle n’a aucun intérêt à nous mettre en garde contre tes fréquentations si ce n’est pour te préserver comme toute bonne amie aurait à cœur de le faire. Ce Paul…

Sa mère prononça son prénom comme si elle avait parlé d’une immondice sur le trottoir d’une rue malfamée.

— … n’a rien à t’apporter de bon, ma chérie. Tiffany nous a dit que tu étais sortie avec lui, mercredi, et regarde dans quel état tu étais jeudi. Tu étais en retard pour le tutorat ! Et tu es psychologiquement désordonnée depuis des semaines ! Depuis que tu l’as rencontré, n’est-ce pas ?

 

 

— Hein ? Tu crois qu’elle ne cautionne pas ?

Évidemment qu’elle ne cautionnait pas !

— Comment aurais-je pu savoir où te donner rendez-vous ?

Év… Quoi ?!

— Je t’aurais retrouvé chez toi, si elle ne m’avait pas donné cette adresse. Tu n’imagines pas comme elle a été déçue d’apprendre ce que j’avais à lui dire sur ton compte. Bien entendu, j’ai été clair avec elle : il était hors de question que tu la revoies. Mais je ne l’ai jamais obligée à t’envoyer un texto pour te demander de venir ici. Elle pensait que c’était plus discret que dans ta rue.

— Je ne vous crois pas. C’est simple : je ne vous crois pas. Je connais Laurelene. Je ne la côtoie peut-être pas depuis longtemps, mais je la connais. Elle n’aurait jamais fait ça. C’est cruel.

— La vie est cruelle, mon gars ! Et tu l’as été aussi avec ma petite fille. Ça a été cruel de la part d’un type comme toi de faire perdre son temps et son énergie à une jeune fille comme Laurelene. Elle a pleuré, tu sais ? Elle a pleuré pendant toute la soirée d’hier et ce matin. Mais tu sais quoi ? Je la connais et je sais que demain, lorsqu’elle aura retrouvé son calme ; la semaine prochaine, lorsqu’elle aura reçu une bonne note ; dans un an, lorsqu’elle aura son année ; dans dix, lorsqu’elle rencontrera quelqu’un qui la mérite véritablement, elle me remerciera.

Paul en avait assez entendu. Il attrapa sèchement son manteau et sa bière.

— Ouais. Mais si elle n’est pas trop conne, elle vous en voudra seulement d’être un putain de connard.

La demi-Corona fut abandonnée sur le comptoir de Kiki dont le regard était soupçonneux et un peu inquiet.

— Un problème avec ce type ? demanda-t-elle à voix basse. Tu veux que j’intervienne ?

La gentillesse de la matrone le toucha. Il nia avec une douce résolution.

— Je rentre. Mon rendez-vous ne viendra pas. Merci pour la bière. Désolé, je n’ai vraiment pas le cœur à la terminer.

Elle balaya ses excuses.

— C’est qu’une bière. T’es sûr que ça va aller ?

— Oui. Merci, Kiki. À une prochaine fois.

Il passa la porte dans l’autre sens et sut que cette prochaine fois ne viendrait pas avant très longtemps, si elle venait un jour. Dès à présent, Pic avait Le Bord du Monde en horreur. Il ne voulait plus voir son enseigne, plus entendre ses musiques, plus boire sa bière et ses cocktails. Il ne voulait plus y penser. Il voulait l’éradiquer de ses souvenirs tout ce qui y avait trait. Et Laurelene. Laurelene, il voulait…

Paul ne put formaliser sa pensée. Il se sentait trahi, ressentait une haine féroce, mais pire que cela : du dégoût. Il était profondément dégoûté. Rien n’était juste. Le père de Laurelene n’était qu’un fils de pute injuste. Laurelene était injuste. Et sa putain d’existence était foutrement injuste.

Pic s’éloigna à pied, les yeux brûlants. Il n’allait pas lutter. Même avec toute la mauvaise volonté de la Terre, il était impossible de croire que Laurelene n’avait pas approuvé le comportement et les choix archaïques et tyranniques de son père.

En définitive, le monde était peut-être juste manichéen. Juste machiavélique. Et foncièrement arbitraire. Peu importait le blanc délayé dans le noir. On débutait en basculant dans l’antre du « mal », on restait mauvais. On commençait « bien », on finissait bon.

 

Désenchanté, écœuré, Pic retourna à sa voiture et rentra chez lui. Jamais le Général Pierre Delouis sonna chez lui. Jamais il ne revit Laurelene. Il trouva un travail trois mois plus tard où il rencontra Eléonore. Il se confia sur ses démons, les exorcisa définitivement, et l’épousa cinq ans plus tard.

Note de fin de chapitre:

 

Voilà, voilà... ! Une fin en demi-teinte.

Laurelene se sera fait manipuler par ses parents et aura perdu Pic, mais je ne tenais pas à terminer cette histoire sur un sad-end pour lui. Finalement, il est bien plus heureux avec Eléonore qu'il ne l'aurait jamais été avec Laurelene malgré le lien très naturel qui s'était créé entre eux.

J'espère que cette fin vous aura surpris et plu. Comme à chaque fois, je vous invite à me faire part de vos impressions !

 

Je vous remercie de m'avoir suivie jusqu'à la fin de cette histoire. :)

À bientôt pour de nouvelles aventures !

MCB

 

PS : pour les intéressés, vous pouvez suivre mes actualités sur ma page FB d'auteure et mon compte Twitter.

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