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Notes d'auteur :

 

Bonjour à tou(te)s !

 

Je m'excuse pour le retard. J'ai écrit les deux derniers chapitres mais mes bêtas étaient overbookées, d'où le fait que le chapitre ne soit en ligne qu'aujourd'hui. Mais, bonne nouvelle : le suivant est déjà écrit, il devrait donc arriver vite !

Trêves de blablas, je vous laisse tout de suite à votre lecture ! Comme toujours : merci à mes bêtas : Mariye et Mojack pour leur travail ! :)

 

Chapitre 5 : Univers contraires

 

 

— C’est quoi cette tête ?

— Quelle tête ?

— Cette tête, là ! À qui écris-tu, Mademoiselle Delouis ?

Laurelene n’eut pas le temps de fermer la page Internet ou son MacBook. Tiffany grilla magistralement un bout de la conversation qu’elle entretenait avec Pic.

— Qui est Pic ? Il vient… ouuuh ! Il vient te chercher, aujourd’hui ! s’exclama sa camarade prenant une voix haut-perchée aux accents à la fois moqueurs et étonnés.

— C’est personne. Veux-tu baisser d’un ton ? On va nous demander de sortir ! la rabroua Laurelene en captant le regard réprobateur de la bibliothécaire sur leur table.

En ce mercredi matin, elle était installée à la bibliothèque universitaire depuis deux heures avec Tiffany Dumoire. Tiffany était la fille de la plus proche amie de la mère de Laurelene. De deux ans plus âgée, elle avait été d’une aide précieuse pour répondre aux questions de la jeune étudiante et l’aider dans son intégration à la faculté de droit.

— Personne ? Ça m’étonnerait qu’il s’agisse de son nom.

Laurelene ne releva pas et pria l’univers pour que Tiffany oublie ce qu’elle avait vu.

 

Indisponible le week-end suivant et ne pouvant se résoudre à attendre une semaine supplémentaire pour le voir, Laurelene avait arrangé une sortie avec Pic ce soir-là. Elle avait menti à ses parents, prétendant vouloir rester travailler avant d’assister à la conférence donnée dans les locaux de l’université qui s’achèverait certainement assez tard compte tenu du nombre d’intervenants.

Laurelene avait effectivement pensé rester travailler jusqu’à l’heure du dîner avant de prendre un sandwich quelque part puis de rejoindre Pic. Celui-ci avait néanmoins insisté pour venir la chercher à la fin des cours et l’inviter au restaurant.

À partir de cet instant, Laurelene fut saisie par un sentiment auquel elle s’accoutumait. Celui qui lui tortillait délicieusement le ventre dès lors qu’un moment avec Paul Picault était planifié.

 

Dès lors, la journée lui sembla interminable. Ne supportant plus d’attendre, elle passa même son dernier cours à grogner mentalement contre le professeur d’histoire du droit. Elle rata plusieurs informations capitales, mais cela ne lui fit ni chaud ni froid. Elle fut la première à quitter la salle, courant presque vers la sortie en sachant que Pic l’y attendait. Sa surprise et son plaisir furent immenses en voyant sa silhouette sombre se détacher du flot des étudiants qui se précipitaient, eux aussi, à l’extérieur. Habillé de noir de pied en cape, il portait ses fameuses rangers ainsi qu’une veste longue qui reflétait parfaitement son style détonnant. Laurelene avait néanmoins fini par s’y habituer et ne voulait pas le voir vêtu autrement. Après tout, c’était ainsi qu’elle l’ai… appréciait.

— Coucou ! s’entendit-elle pépier en dérapant presque dans ses derbies, près de lui.

— Bonsoir, l’accueillit-il avec un large sourire. Je suis rentré, il pleut des cordes dehors !

— Ah oui ? Je n’avais même pas remarqué !

Laurelene jeta un coup d’œil derrière lui, par-delà les hautes portes vitrées, et fut surprise d’apercevoir un déluge s’abattre d’un ciel obstrué par d’épais nuages. Il faisait d’ailleurs presque nuit. Laurelene fit la moue.

— Ça change nos plans ? s’enquit-elle en enfilant son trench-coat.

— Pas du tout ! J’ai pris un parapluie.

— Parfait !

— Tu as l’air de bonne humeur, releva Pic avec amusement.

— Je suis d’excellente humeur ! J’ai vraiment hâte d’aller au restaurant, ajouta-t-elle avec nettement plus de timidité.

— Moi aussi.

Il avait passé un bras derrière elle pour la conduire vers la sortie quand Laurelene fut hélée. Tiffany marchait vivement dans sa direction. Son amie nota que le regard bleu de la jeune femme passa assez sèchement d’elle à Pic où il s’attarda pour le détailler, puis à la main de ce dernier, à présent sur sa taille.

— Oui ?

Tiffany fixa de nouveau Paul qui finit par la saluer. Dans un accès d’impolitesse qui choqua Laurelene, elle ne répondit pas et se tourna vers elle.

— Tu n’as pas oublié notre rendez-vous à huit heures, demain matin, pour le tutorat ?

— Non, bien sûr, assura Laurelene. Pourquoi tu…

— À demain.

Elle jeta un regard condescendant, presque dégoûté, à Paul et s’en alla.

— Euh… ok.

Pic eut un petit rire nerveux auquel Laurelene ne sut répondre. Profondément embarrassée, elle ne savait plus où se mettre. Finalement, le jeune homme se remit en mouvement et l’entraîna à sa suite, jusqu’à sa voiture. Il tenta de faire la conversation en se rendant au centre-ville, mais Laurelene n’y parvenait pas et ne se sentit mieux qu’après lui avoir présenté de plates excuses au nom de Tiffany.

— Tu n’as pas à t’excuser, réfuta-t-il en posant brièvement sa main sur la sienne avant d’enclencher une autre vitesse.

 

L’incident fut vite oublié alors qu’ils arpentaient les rues au pas de course pour éviter la pluie qui tombait à seaux et leur fouettait les sangs. Et, ainsi, gagner le restaurant qu’ils avaient choisi ensemble : le classique italien.

 

Même installés à la petite table pour deux, ils ne réabordèrent pas le sujet de l’impolitesse de Tiffany. Laurelene retrouva sa tranquillité d’esprit, et la douceur de Pic apaisa la pointe d’anxiété qui pouvait encore couler le long de ses veines à l’idée qu’il s’agissait de leur premier tête-à-tête.

Pic avait un petit appétit alors Laurelene jugula le sien. C’était stupide mais elle se força à laisser trois pâtes dans son assiette et refusa un dessert quand tout ce qui lui faisait envie était d’en parcourir la carte. Pic, lui, commanda un café. Laurelene sut qu’elle était démasquée lorsqu’il lui tendit le petit chocolat qui accompagnait la boisson avec un sourire entendu.

— Merci…, souffla-t-elle, les joues rosies.

Il ne l’embarrassa pas davantage et se contenta de boire à petites gorgées en poursuivant leur passionnante conversation autour de l’Égypte, puis il alla régler.

— Tu as envie de faire un détour par Le Bord du Monde ? Si tu as le temps, bien entendu, je ne t’oblige à rien. J’aurais voulu proposer une balade digestive mais, sous ce déluge, ça ne sert à rien.

Il pleuvait toujours fortement, dehors, et ils étaient agglutinés sous le minuscule avant-toit du restaurant.

— Bien sûr, j’ai le temps ! Et merci, pour le dîner, c’était délicieux.

— Avec plaisir.

Sans crier gare, il déposa un baiser sur la joue de Laurelene. Sa barbe la picota légèrement mais ses lèvres étaient très douces. L’eau glacée de la pluie n’eut plus aucun effet sur elle à partir de cet instant. Tout son corps irradiait d’une agréable chaleur. Pressés sous le parapluie noir de Pic, Laurelene finit par glisser son bras gauche sous celui du jeune homme dont le parfum frais et masculin et la proximité lui embrumaient les sens. Il l’accepta aussitôt, la tenant un peu plus près de lui encore jusqu’à franchir la porte en bois fermée du Bord du Monde.

La pluie battante avait découragé les clients. Ils furent totalement seuls depuis leur arrivée jusqu’à leur départ, une heure et demie plus tard. Une fois n’est pas coutume, Pic et Laurelene ne commandèrent que ce que le métalleux nomma des « softs ». Il fallait comprendre par-là une boisson non-alcoolisée.

 

Comme ils en avaient convenu, Pic raccompagna Laurelene jusqu’au campus où la jeune femme avait garé sa voiture depuis le matin. Il coupa le moteur une fois sa C3 près de celle de Laurelene, mais aucun ne fit le moindre mouvement pour quitter le véhicule. Plus ou moins consciemment, chacun alimenta un peu plus la conversation de sorte que les vitres de la voiture étaient couvertes de buée et qu’ils avaient froids lorsque Laurelene regarda sa montre. Il était près d’une heure du matin ; le moment avait perduré bien trop longtemps.

— Je dois…

— … Y aller, je sais.

Laurelene lui présenta un sourire d’excuses.

— On se voit la semaine prochaine ? demanda-t-elle, pleine d’espoirs.

Paul ne répondit pas. Il avait le regard figé droit devant lui et son corps était aussi immobile et tendu qu’un arc bandé. Incertaine de l’attitude à adopter, Laurelene leva une main vers lui. Elle eut tout juste le temps de la faire dévier de sa trajectoire. Brusquement, Paul s’était tourné vers elle et avait bondi. Très surprise, il fallut plusieurs secondes à Laurelene pour comprendre que l’une de ses mains était dans ses cheveux et que sa bouche recouvrait la sienne. L’étonnement de Laurelene ne passa pas. Mais sa nature et son objet changèrent du tout au tout. Auparavant surprise par Pic, ce fut son propre comportement, dans les instants qui suivirent, qui la choqua.

Laurelene se projeta littéralement vers l’avant à son tour, repoussant Paul tout en se cramponnant violemment à lui. Sa bouche s’entrouvrit pour laisser passer la pointe d’une langue inexpérimentée mais avide. Lorsqu’il la toucha, de minuscules étoiles dansèrent sous les paupières closes de Laurelene. Ses papilles avaient le goût du cocktail à l’ananas qu’il avait bu et le mouvement de ses lèvres lui faisaient éprouver des sensations à un degré jusqu’à présent jamais atteint. Innocemment, elle se mit à sourire contre ses lèvres. Son cœur lui offrit le sentiment d’exploser en sentant Pic répondre. Il tenait à présent son visage et l’embrassa une dernière fois avec une infinie délicatesse avant de l’attirer contre son cou. Le nez de Laurelene se nicha sous le col de sa veste en cuir. Sa peau était toute chaude et sentait terriblement bon.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle l’attendait mais ce baiser sonnait comme une délivrance. Elle prenait peu à peu conscience d’à quel point elle avait eu mal que Paul ne l’embrasse pas ainsi. Pourtant, elle n’aurait pas souhaité qu’il le fasse plus tôt. Ce moment résonnait en elle comme le bon.

— Je crois que je suis amoureux de toi.

Laurelene fondit de bonheur. Un gazouillis s’échappa d’elle et elle se resserra un peu plus contre son torse qu’elle sentait musculeux. Elle répondit par un baiser assez audacieux juste au-dessous de son oreille avant de finalement se redresser, rappelée à l’ordre par son cerveau insensible.

— Je voudrais pouvoir rester.

— Je sais, murmura-t-il, serein, en replaçant ses cheveux dans lesquels il avait fourragé. Mais il faut que tu rentres. Tu dois revenir tôt demain matin.

— Franchement, je suis à mille lieues de penser à la fac ! rit Laurelene.

Pic eut un sourire très doux et décida de franchir le mètre qui séparait leurs véhicules pour la raccompagner. Spontanément, Laurelene passa ses bras autour de son cou et chercha encore un peu de sa chaleur. Il n’y eut pas d’autres baisers sur les lèvres, mais Pic embrassa tendrement son front au moment de la séparation.

— Dis-moi quand tu es rentrée.

— Toi aussi.

Le cœur gros, Laurelene ferma la portière et mit le contact. En s’éloignant à bord de sa Citroën, elle fut noyée sous un torrent de mélancolie très soudain. La perspective de ne revoir Pic qu’une semaine plus tard lui causa une vive douleur qui ne s’étouffa que lorsqu’elle passa le seuil de chez elle.

 

La projection flavescente au bout du couloir d’entrée lui indiqua que ses parents n’étaient pas couchés. Très respectueux de leur sommeil, s’ils étaient là et non dans leur chambre, c'était parce qu'ils l'attendaient, elle le savait. Avant que son retour ne les attire, Laurelene envoya un SMS rassurant à Pic auquel elle greffa des remerciements et de nombreux cœurs rouges.

Son portable vibrait dans ses mains quand son père émergea du salon, les sourcils froncés et le regard sévère.

— Va te coucher. Immédiatement !

L’étudiante ne demanda pas son reste. Elle passa près de lui la nuque basse et alla se réfugier dans sa chambre. Peu habituée à un horaire aussi tardif en semaine, la fatigue la terrassa rapidement. La contrariété de son père ne parvint pas à altérer la beauté et le romantisme de ses rêves. Elle revécut le baiser, la soirée, ainsi que toutes celles qui avaient précédé.

Au petit matin, elle ne songeait plus qu’à cela et lambina tant dans la salle de bains sous l’effet conjugué de dizaines de pensées rêveuses qu’elle arriva en retard à l’université. Tiffany fut d’une humeur massacrante et n’hésita pas à l’admonester pour son air « de nunuche » et moquer le style vestimentaire de Pic qu’elle appela « le rebelle ».

Laurelene préféra passer au-dessus de ses propos. La fin de la journée fut difficile. Ses paupières étaient très lourdes lors du dernier cours et elle s’écoula sur son lit une fois rentrée chez elle, la tête pleine et douloureuse.

 

L’heure du dîner approchait à grands pas et elle ne s’était toujours pas mise à sa dissertation pour son cours de droit constitutionnel lorsque ses parents entrèrent dans sa chambre, la surprenant en plein massage de ses tempes endolories.

— Tout va bien, ma chérie ?

— Oui, maman. Je suis juste un peu fatiguée.

Elle savait qu’elle tendait le bâton pour se faire battre et le regard aigu de son père sur elle le confirma.

— Justement, nous voulions discuter avec toi de ta sortie d’hier. Et des autres, avant ça.

Laurelene déglutit avec un peu de difficulté.

— Où étais-tu hier soir ? demanda son père sans détour.

— À l’université, je vous avais envoyé un SMS pour prévenir. Il y avait une conférence. Avant, j’étais à la bibliothèque avec Tiffany. Elle est restée, elle aussi. La conférence s’est terminée assez tard, il y a eu beaucoup de questions pour les intervenants et quelques groupes de discussion à la fin.

C’était la première fois que Laurelene leur mentait aussi effrontément et avec autant d’aplomb. Paradoxalement, elle se sentit très mal à l’aise et n’accorda même plus d’attention à ses parents qui étaient toujours là. Déstabilisée par les émotions qui se pressaient désormais dans son esprit, elle n’écouta son père et sa mère que d’une oreille distraite avant qu’ils repartent finalement.

Au dîner, elle resta totalement silencieuse, n’accordant pas davantage d’intérêt aux dires de sa petite sœur qui racontait sa journée.

Définitivement trop épuisée et surtout piquée par la paresse, elle décida de s’installer dans son lit avec un roman et son portable. Elle rattraperait son retard le lendemain matin en partant plus tôt pour aller travailler à la bibliothèque. Derechef, cette décision fit naître un trouble profond chez la jeune femme.

Paul lui proposa de se téléphoner, mais elle déclina son offre, arguant qu’elle était trop fatiguée. Finalement, elle ne lut que quelques lignes et éteignit la lumière. La discussion avec Pic se poursuivit par SMS quelques minutes puis Laurelene lui souhaita une bonne nuit. Malgré l’angoisse qui lui crispait le ventre depuis la fin d’après-midi et son départ de la faculté, un sourire étirait sa bouche lorsqu’elle repensait au premier baiser avec l’homme qu’elle aimait. Il demeura imprimé sur ses paupières, mais, cette nuit-là, le pressentiment prédomina.

 

Note de fin de chapitre:

 

Sooo... Nous avons ENFIN eu LE premier baiser entre Laurelene et Pic.

Qu'en avez-vous pensé ? Qu'envisagez-vous pour la suite ? :)

Comme mentionné dans la note de début, ce chapitre est l'avant dernier de la nouvelle. Je vous retrouverai donc très bientôt avec la fin de cette petite histoire.

Merci pour vos lectures ! :)

MCB

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