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— Je me souviens de cette soirée. Léa devait normalement m’accompagner, explique Jack en ajoutant du lait dans son thé.

 

Alexander et lui discutent des événements où ils se sont croisés. En regardant Eleanore jouer avec ses poupées dans un coin de la pièce, je me rends compte que depuis cette nuit qui a changé notre vie, nous avons failli nous croiser à plusieurs reprises Alexander et moi.

 

— Je crois que la seule fois où tu as bien voulu me remplacer, c’était au Children in Need de l’année dernière.

 

J’acquiesce en croquant dans un sablé. Les sourcils froncés, Alexander se tourne vers moi et m’observe quelques secondes.

 

Quoi ?

 

J’avale rapidement le bout de biscuit pour lui demander pourquoi il me regarde comme ça lorsqu’il me dit :

 

— Je ne t’ai pas vue là-bas.

 

— C’est parce que tu es arrivé en retard. Je suis passée au tout début de la soirée et suis partie assez rapidement.

 

 

 

Alexander ne se souvient pas de moi parce qu’il ne m’a pas vu, mais moi si. Nous nous sommes croisés dans un couloir des coulisses de l’émission. Il était entouré de beaucoup de fans en délire qu’il tentait de semer poliment. C’était impossible qu’il me voit. Et bien sûr, je n’ai rien fait de plus pour que ce soit le cas. J’ai filé droit devant moi aussi rapidement que possible. Je me souviens juste d’avoir pensé qu’il était très séduisant dans son smoking noir.

 

A la base, je ne voulais pas remplacer Jack. Chaque année, il crée des tenues qui sont vendues aux enchères. Malade, il m’a supplié d’y aller à sa place. Cet événement est très important pour lui. J’ai fini par céder ce qui arrangeait la production qui voulait aussi que je sois présente ce soir-là. Je suis donc arrivée morte de trac de passer à la télévision et presque malade en apprenant de la bouche d’une assistante que la grande star mondiale Alexander Wills serait aussi présent.

 

— Je n’en reviens pas, murmure Alexander. Tu étais si près de moi.

 

Je jette un regard à Jack qui dépose sa main sur son cœur. Je parie qu’il trouve ça très romantique.

 

 

 

Je me souviens de nos réactions mutuelles quand nous nous sommes revus en Écosse, et je suis contente d’avoir évité de le faire devant des milliers de téléspectateurs à l’affût.

 

— C’est que ce n’était pas encore l’heure de vous retrouver.

 

Jack et ses théories sur le destin et le karma.

 

 

 

Alexander l’écoute avec attention. David, mon père participe de temps en temps à la conversation. Il est plus terre à terre. A ses yeux le destin n’existe pas. Je suis un peu comme lui. Pendant qu’il discute avec mes parents, Alexander qui est assis juste à côté de moi sur un fauteuil identique au mien, dépose sa main sur la mienne. Ce geste semble tellement naturel pour lui. Il continue de parler comme s’il n’avait rien fait. Son pouce caresse ma main. Je frisonne. Je sens le regard perçant de Jack analyser chacun de nos mouvements et notre comportement mutuel. Je suis certaine qu’à ma prochaine visite, j’aurais le droit à un rapport complet et détaillé.

 

 

 

Un peu trop vite à mon goût, il est l’heure de partir si nous voulons arriver à l’heure chez les parents d’Alexander. Il y a encore un peu de route.

 

C’est à mon tour de stresser. Mon cœur bat rapidement. Mon estomac se contracte.

 

Au moment de partir, Jack qui me serre contre lui me murmure à l’oreille :

 

— C’est un amour. Tu verras que cela va bien se passer chez ses parents.

 

Je l’espère. J’ai vraiment envie que cela se passe bien avec sa famille. Surtout que je suppose que nous allons devoir nous voir assez souvent.

 

 

 

Sur le perron, nous remercions Jack et papa pour leur accueil. Alexander tient Eleanore dans ses bras. Le vent d’automne souffle fort. J’ai peur qu’elle attrape froid et me fasse une otite. Elle y est sujette depuis sa naissance. Je m’approche d’eux et tente de mettre sa capuche pour protéger ses oreilles. Je n’y arrive pas, Alexander est beaucoup plus grand que moi. Avec un sourire en coin, il s’amuse de mes tentatives infructueuses.

 

— Alexander, je le supplie en tirant sur son bras pour le forcer à se baisser. Fais-le toi, elle va avoir froid.

 

Il rit et me donne accès à la capuche de notre fille que je glisse doucement sur sa tête.

 

Je cligne des yeux, lorsqu’un éclair illumine le ciel gris. J’ai pourtant vérifié la météo avant de partir. Stupidement, je lève les yeux vers le ciel. Il n’y a aucune trace d’orage.

 

Lorsque j’entends Alexander grogner en marchant, je tourne la tête vers lui en essayant de ne pas me faire distancer. Il est en colère. Sa mâchoire est serrée. Son visage est grave. Il regarde droit devant lui. Je ne comprends pas pourquoi. Il y a encore quelques minutes, nous nous amusions tous les deux.

 

— Ne traînes pas, marmonne-t-il en me prenant la main pour que je marche plus rapidement.

 

Je sais que nous ne sommes pas en avance. Mais nous ne sommes pas non plus en retard ! Alors pourquoi courir à présent ?

 

 

 

Il sort ses clés de la poche de sa veste et déverrouille la voiture en appuyant sur le bouton. Les sourcils froncés, je m’installe sur le siège passager. Je ne comprends pas ce qui se passe.

 

Je le laisse installer Eleanore dans son siège auto. Ce n’est pas simple car elle gesticule dans tous les sens. Patient, il arrive quand même à l’attacher.

 

Cela me rassure que ce soudain changement d’humeur n’affecte pas sa façon d’être avec notre fille. C’est quelque chose que je ne pourrais pas supporter !

 

Alexander fait le tour de la voiture par l’arrière et vient s’installer derrière le volant.

 

— Alexander, tu vas me dire ce qui se passe, dis-je en le regardant.

 

Il regarde autour de nous comme s’il cherchait quelqu’un. Pourtant, je suis certaine de n’avoir vu personne dans la rue. Il marmonne quelque chose que je ne comprends pas et démarre la voiture sans mettre de musique.

 

— Alexander ! j’insiste doucement pour ne pas le brusquer.

 

Même si j’ai très envie de le secouer pour le faire parler et lui demander de stopper la voiture pour que je prenne moi le volant.

 

 

 

Il soupire plusieurs fois et marmonne tristement :

 

— Bienvenue dans mon enfer personnel !

 

Je fronce les sourcils. Je ne comprends rien !

 

Parle-t-il de son changement d’humeur si soudain et injustifié ? Je soupire.

 

— Explique-moi.

 

Je dépose ma main sur la sienne. Je veux lui faire comprendre qu’il peut se confier à moi.

 

Alexander ricane sans quitter la route des yeux. De temps en temps, il vérifie quelque chose dans le rétroviseur central, pince les lèvres et se concentre à nouveau sur la route. Il soupire et murmure :

 

— Tu ne peux rien faire Léa. Tu n’as pas vu les deux paparazzis cachés derrière la haie en face de chez tes parents ?

 

Je secoue la tête en essayant de me remémorer la scène. Il n’y avait rien d’anormal à part cet éclair. Car maintenant que j’y pense, il n’y en a pas eu depuis. Ce n’était donc pas un orage.

 

— Je n’y ai pas fait attention.

 

— C’est parce que tu n’es pas encore habituée. Tu verras que bientôt, tu vas réussir à les voir avant qu’eux te voient.

 

Alexander semble vraiment malheureux et en colère.

 

 

 

Je ne sais pas quoi faire pour l’aider à part l’écouter me parler de ces gens qui gagnent leur vie en traquant les autres. Souvent dans les pires situations. Ils n’hésitent pas à vendre leurs clichés à des tabloïds qui ont soif de scandales. Les plus glauques sont les plus vendeurs !

 

Ils se moquent bien de briser un ménage, de détruire une carrière sur une rumeur. Eux, ce qu’ils veulent c’est prendre la photo qui fera vendre et qui pourra leur rapporter le plus d’argent possible.

 

— Merci !

 

Je tourne la tête vers lui et le questionne du regard. Pourquoi me remercier ? Je n’ai rien fait.

 

— Merci de ne pas avoir profité du feu rouge pour t’enfuir avec Eleanore. Je suis sincèrement désolé de vous embarquer toutes les deux là-dedans.

 

Alexander sert ses doigts contre les miens.

 

 

 

Je ne dis rien parce que je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Peut-être juste que je n’ai même pas songé à quitter la voiture. Je suppose qu’il y a des moyens de vivre avec ces vautours qui rôdent autour de nous.

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