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Notes d'auteur :
Et cette fois, je n'attends pas 8 mois pour poster le chapitre suivant !

Le titre signifie "Révélation" (au sens un peu de révélation divine, épiphanie), et se prononce à peu près [faïltchu].

J'espère que ça vous plaira, bonne lecture !
— Nous combattrons ! rugirent les trois rois en brandissant leurs épées, montés sur de gigantesques chevaux.

Le soleil se levait sur la plaine de Tailtiu, baignant les deux armées d’une lueur rougeoyante, qu’Airmid ne put s’empêcher d’assimiler à un mauvais présage.

A la grande satisfaction des Túatha, les Goidels eurent un mouvement de recul face à ces puissants souverains animés de fureur. Érémon sortit son épée, aussitôt imité par ses guerriers, qui s’étendaient derrière lui comme un flot humain ininterrompu. Du haut de la colline de Tara, dominant la plaine de Tailtiu, Airmid contemplait ce spectacle avec horreur. Les Túatha avaient la magie de leur côté, mais face à tous ces guerriers, avaient-ils la moindre chance ? Elle assista, figée de désespoir, à la charge des deux armées et au choc frontal qui fit retentir un grand fracas de métal, de cris, de hennissements. Airmid ne put en supporter davantage et retourna à ses réserves de plantes qu’elle avait fait venir près de la bataille, pour soigner les blessés puisque le combat avait lieu loin de la fontaine de Santé, restée à l’ouest de l’île.

C’était un cauchemar, entendre sans voir était peut-être encore pire. Elle tâchait de se distraire en récitant les propriétés de chaque plante, ses vertus et les remèdes où l’on pouvait l’employer. Mais comme toujours, elle bloqua sur cette mystérieuse fleur bleue, dont elle ne parvenait pas à percer le secret. Pourquoi avait-elle l’impression que c’était une si grave lacune en cet instant ? Avec tout ce qu’elle possédait, elle pouvait guérir presque toutes les blessures. Elle songea avec amertume que son père avait été libéré de son dolmen pour la bataille, les Túatha ayant besoin de tous leurs guerriers. Il devait lui rester assez de pouvoir pour remédier à une grave mutilation si c’était nécessaire… En désespoir de cause, elle s’en remettrait à lui.

Airmid dut plus d’une fois descendre de sa colline et se mêler au champ de bataille afin de soigner les blessés. Elle n’avait pas peur pour elle mais pour ses compagnons. Elle faisait confiance à son savoir, mais la cruauté des Goidels lui laissait présager les pires blessures, qu’elle craignait de ne pas pouvoir guérir. Elle ne sentait pas la fatigue, gravissant et dévalant sans cesse la colline de Tara, ses plantes dans les bras. Les blessures guérissaient sous sa main, le sang cessait de couler, et les guerriers repartaient au combat aussitôt.

Et toujours cette fleur, dont pour l’instant il ne lui semblait pas avoir eu besoin, qui paraissait la narguer au milieu des autres plantes. Lorsqu’elle avait un instant de répit sur sa colline, entre les cris et les chocs métalliques, elle puisait dans toutes ses forces pour percer son rempart, mais la fleur résistait.

Pour l’énième fois, Airmid remonta au sommet de sa colline, sa robe tachée de boue, déchirée en de multiples endroits, du sang maculant ses bras blancs. Il lui semblait être devenue un fantôme, errant d’un endroit à l’autre, détachée du monde qui l’entourait. Elle ne connaissait pas la fatigue, les feuilles de laurier qu’elle mâchait lui redonnaient des forces et son cœur s’accélérait. Ses plantes étaient en sécurité là-haut, elle ne pouvait pas les descendre sur le champ de bataille au risque qu’elles soient piétinées.

— Ne fais pas un pas de plus, Túatha, dit une voix glaciale derrière elle.

Airmid se figea. Elle fit volteface et ne put retenir un cri de terreur en se retrouvant nez-à-nez avec un guerrier Goidel dont le tranchant de l’épée était plaqué sur la gorge… de Cairdre. Le jeune dieu avait une entaille sur le front, dont le sang avait maculé toute sa joue, et son vêtement était tâché de rouge en plusieurs endroits. Son sang ou celui d’un autre…

— Non ! hurla-t-elle. Lâchez-le, je vous tuerai si vous osez…

— Je sais qui tu es, tu n’es pas une guerrière, tu es une guérisseuse ! Et je t’ordonne de me soigner, ou il mourra !

Airmid vit alors le bras droit du Goidel, couvert de sang, la chair en lambeaux.

— Je ne vous soignerai pas, rétorqua-t-elle en se tenant bien droite. Vous vous viderez de votre sang bien assez tôt.

La lame de l’épée s’appuya davantage sur la gorge de Cairdre qui eut un hoquet. Airmid esquissa un mouvement vers lui mais le Goidel l’en dissuada aussitôt en faisant bouger l’épée.

— Je serais toi, je ne prendrais pas ce risque… ricana-t-il.

— Ne le fais pas Airmid ! s’exclama Cairdre. Ne leur donne pas cet avantage…

La jeune déesse contemplait la scène avec horreur. Elle ne pouvait pas le soigner… Mais voir Cairdre mourir sous ses yeux… Elle avait perdu Miach, elle ne pouvait pas le perdre lui, elle n’y survivrait pas. Elle se baissa vers ses plantes, les mains tremblantes et un goût de bile dans la bouche face à ce qu’elle s’apprêtait à faire.

Sa main se posa sur la fleur bleue. C’est alors que quelque chose d’étrange se produisit. Alors que d’ordinaire elle ne percevait rien, que les pétales sous ses mains demeuraient froids et muets, ils dégageaient en cet instant une forte chaleur. Airmid se figea, stupéfaite. Avait-elle rêvé ?... Elle posa ses deux mains sur la fleur, le cœur battant d’un fol espoir. Alors il lui sembla qu’une épaisse brume s’emparait de ses sens et la seule chose qui lui parvint fut une petite voix, presque un murmure… « Poison ». « Poison ». « Poison »…

Airmid revint à elle si brutalement qu’elle en perdit l’équilibre. La voix du Goidel l’assaillit aussitôt :

— Je n’ai pas toute la journée, Túatha ! À moins que tu n’aies fait le choix de la loyauté à ton peuple contre la vie de ton ami.

Airmid se releva, les fleurs bleues dans les mains. C’est à cet instant qu’elle remarqua la forme singulière de ces fleurs, qui ne l’avait jamais alertée auparavant, comme si cette révélation attendait patiemment son heure. On aurait dit de petits casques miniatures. Il lui vint à l’esprit qu’elle tenait dans ses mains une armée peut-être aussi puissante que celle des Tuatha, que celle des Goidels. Une armée redoutable qui avait attendu la plus grande bataille menée par les Tuatha pour se manifester.

— Non, répondit-elle d’une voix étonnamment calme et froide. Je choisis sa vie.

Elle croisa le regard horrifié de Cairdre mais l’ignora. D’un geste instinctif, elle détacha les racines de la fleur, prit dans sa réserve des baies de genièvre et une feuille de mûrier qu’elle réduisit en pâte dans un mortier. Puis elle tendit le petit récipient au Goidel.

— Mangez cela, votre bras cicatrisera aussitôt.

Le guerrier ne se le fit pas dire deux fois. Jetant Cairdre au sol, il engloutit le contenu du mortier. Puis il le laissa tomber et regarda son bras. La blessure restait la même et alors qu’il levait vers Airmid un regard haineux, il porta sa main valide à sa gorge, les yeux soudain exorbités. Il émit un râle de douleur, essayant en vain de respirer. Ses yeux s’injectaient de sang, sa langue devenait noire et, sous le regard d’Airmid et Cairdre, le guerrier ennemi s’effondra sur le sol, sans vie.

— Airmid… souffla Cairdre.

— J’ai réussi, dit-elle le cœur battant. Cairdre, j’ai réussi. Je connais les propriétés de cette plante, la seule que je n’avais pas. Je connais tout, Cairdre !

Elle poussa un cri de joie mêlée de surprise avant de se jeter dans les bras de son ami et d’éclater en sanglots.

— Je l’ai fait, je l’ai fait, je l’ai fait, répétait-elle comme une litanie.

— Airmid, tu l’as tué. Je ne t’ai jamais vue tuer quelqu’un par ton savoir.

Elle se détacha de lui, le visage grave.

— Je n’étais pas prête. C’est pour ça que cette fleur ne s’est pas révélée à moi plus tôt. Elle attendait le bon moment, celui où, par-delà la vie que je peux rendre en guérissant, je choisirais de la prendre.

Fascinée par sa nouvelle découverte, elle ne pouvait détacher son regard de cette fleur, qui se révélerait aussi létale qu’une épée si elle tombait en de mauvaises mains. Ou si elle était utilisée à de mauvaises fins. Cairdre posa sa main sur sa joue et l’incita à détourner ses yeux.

— Tu n’es pas la déesse de la mort, Airmid. Ce n’est pas ton rôle de faire usage de ce poison.

— Je le sais, Cairdre, murmura-t-elle. Si je m’en servais, notre victoire serait déloyale. Ils ont l’avantage du nombre, nous avons l’avantage de la magie. Mais l’usage du poison… Nous sommes un peuple droit, fier, juste. Nous les vaincrons par les armes, par la force. Pas par la ruse.

Les bruits de la bataille leur parvenaient d’ores et déjà plus diffus, comme si elle se calmait. Airmid sentit son cœur se gonfler d’espoir. Elle y était arrivée. Son travail était accompli, elle pourrait transmettre toutes ses connaissances aux générations à venir. Comment les choses pourraient-elles mal tourner après cela ?
Note de fin de chapitre:
Et voilà, la quête d'Airmid est accomplie, elle a enfin trouvé les propriétés de la dernière plante qui lui manquait pour avoir la connaissance complète de toutes les plantes sur terre.

Le prochain et dernier chapitre arrivera très bientôt, j'espère que celui-ci vous a plu en tout cas :) Il y avait enfin un peu de baston !

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ♥
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