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Notes d'auteur :
Oh là là je suis tellement désolée d'avoir mis autant de temps à publier ce chapitre ! Cette fic m'est totalement sortie de la tête après avoir posté le prologue...

Le titre du chapitre signifie "Adieu" en gaélique irlandais.

Bonne lecture, j'espère que ça vous plaira et que je ne vais pas vous perdre avec les noms et lieux de la mythologie :)
Une main lui secoua l’épaule, d’abord doucement puis plus vigoureusement. Airmid entrouvrit les yeux, éblouie par la lumière qui inondait sa chambre. Il était déjà si tard ? Elle se redressa et cligna des paupières pour s’habituer à la luminosité. C’est alors que la mémoire lui revint : elle n’était pas dans sa chambre, elle avait passé la nuit près de la fontaine de Santé. Son frère Miach lui avait confié la veille plusieurs plantes à incorporer à l’eau, afin d’entretenir sa magie qui guérissait les blessés que l’on y plongeait.

Elle se redressa totalement et sourit à Cairdre, son plus proche ami, assis près d’elle. Son sourire s’effaça lorsqu’elle remarqua son air soucieux et son teint blême.

- Je t’ai cherchée partout, murmura-t-il. Airmid, il s’est produit quelque chose d’épouvantable, et je ne sais pas comment te l’annoncer…

Maintenant parfaitement réveillée, Airmid sentit son coeur battre plus vite et ses mains trembler. Cairdre était poète, il savait toujours comment annoncer les nouvelles, comment trouver les mots et les assembler, c’était son don. S’il était si démuni en cet instant…

- Je t’écoute, souffla Airmid en tâchant de garder une voix ferme.

- Tu te souviens du bras de Núada, commença-t-il.

Oui, évidemment. Lors de la première bataille de Mag Tuired plusieurs années auparavant, Núada avait perdu son bras lors d’un combat singulier contre Sreng, un Fir Bolg. Afin qu’il pût rester roi des Túatha, le père d’Airmid, le dieu-médecin Dian Cécht, le lui avait remplacé par un bras d’argent, qui avait valu à Núada le surnom d’« Airgetlám ».

Mais peu de temps avant la seconde bataille de Mag Tuired, Miach, le frère d’Airmid, avait fait du bras d’argent un bras véritable, de chair et de sang. Cet exploit lui avait valu le respect et la reconnaissance de son roi. Malheureusement, Núada avait perdu la vie lors de la seconde bataille, tué par Balor, le roi des Fomoires que les Túatha combattaient. Lug l’avait vengé en tuant Balor, et était devenu roi à son tour, mais l’exploit de Miach n’avait pas été oublié et Lug le tenait en aussi haute estime que Núada avant lui.

- Où veux-tu en venir ? demanda-t-elle avec angoisse.

- Ton père… n’a jamais vraiment accepté que Miach l’égale auprès de nos chefs.

- Mais si enfin, il était fier de lui, tout comme moi !

Airmid se souvenait du sourire éclatant qui avait illuminé le jeune visage de son frère lorsqu’il avait fait montre de ses connaissances et de son savoir auprès des dieux. Elle-même, qui se contentait d’étudier l’herboristerie et de veiller sur la fontaine de Santé, était fière que son petit frère se hissât au niveau de leur père dans le savoir de la médecine.

- Airmid, écoute-moi s’il te plaît. Ton père… reprit Cairdre d’une voix où perçait l’anxiété.

Elle sentit la joie de ces souvenirs s’envoler à ces mots. Elle l’enjoignit à poursuivre d’un signe de tête.

- Ton père a tué Miach, énonça-t-il d’une voix hachée. Ça s’est passé cette nuit, je t’ai cherchée partout en espérant que tu pourrais arrêter sa folie…

Airmid mit quelques instants à comprendre ce que lui disait Cairdre. Elle se sentit vaciller, sa vue se troubla. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait. Son père ne pouvait pas… Quelle raison… Son père était un dieu ! Il ne pouvait pas avoir assassiné son propre fils, pas de sang-froid, c’était impossible. C’était un accident, c’était forcément un accident, il n’aurait jamais fait cela.

- Je ne peux pas le croire, murmura-t-elle, presque pour elle-même.

- La jalousie fait faire des choses abominables, répondit Cairdre en prenant sa main dans la sienne. Miach a accompli un exploit que ton père n’aurait jamais pu réaliser, et nous connaissons l’orgueil des dieux…

- Je ne peux pas le croire ! s’écria-t-elle en se levant brusquement. Tu mens, tu mens ! Père n’aurait jamais fait cela !

Cairdre se leva à son tour, l’air si grave qu’il ressemblait à un vieux druide.

- Airmid, je l’ai vu faire… De mes propres yeux, je l’ai vu.

- Tais-toi ! hurla-t-elle en se laissant tomber sur le sol, la tête dans les mains. Tais-toi, tais-toi…

Elle sentit la main de Cairdre sur son épaule et éclata en sanglots. Elle ne voulait pas y croire, pas Miach, pas lui, pas son petit frère… Cairdre ne lui avait jamais menti, elle savait qu’il disait vrai, mais c’était tellement douloureux ! Elle agrippa la main sur son épaule et la serra dans la sienne, si fort qu’elle lui faisait probablement mal mais elle avait l’impression de chuter dans le vide et la main de Cairdre l’empêchait de complètement sombrer.

- Je veux le voir, dit-elle d’une voix éteinte au bout d’un moment de silence.

- Airmid, Miach a été décapité…

- Ça m’est égal, je veux le voir ! s’exclama-t-elle. Tu crois que ce genre de chose me fait peur ? À chaque bataille je vois arriver des guerriers mutilés ici, il y a longtemps que ça ne m’impressionne plus.

Décapité… Une bouffée de haine à l’égard de son père la submergea. Miach pouvait soigner toute mutilation sauf celle-ci. Un coup d’épée, une lance en plein coeur, il y aurait survécu en se guérissant lui-même. Mais Dian Cécht s’était assuré qu’il ne pût pas y survivre. La scène s’imposa à son esprit et Airmid sentit son sang bouillir. Elle se redressa, les yeux secs et la gorge serrée, elle était prête. Cairdre la prit par la main et ils retournèrent au Cairn Baile, le lieu sacré attribué à Dian Cécht où ils avaient grandi, elle et Miach.

Le corps de Miach était étendu sur un monticule de rondins de bois recouvert d’un linceul. Sa tête avait été replacée comme si elle n’avait jamais été tranchée. Si elle n’avait pas eu connaissance des faits, Airmid aurait pu croire qu’il était mort paisiblement. Surmontant sa peine, elle se pencha vers lui et l’embrassa sur le front en un adieu silencieux.
Note de fin de chapitre:
Voilà, j'espère que ce premier chapitre vous a plu ! Quand j'ai commencé à écrire ce texte pour l'appel à texte il y a 4 ans, j'ai hésité à partir sur un ton vraiment "légende", mais ça devenait très vite lourd et pompeux tel que je m'y prenais, alors j'ai choisi de garder mon style habituel, plus classique mais moins casse-gueule ;)

Il y a 5 chapitres + le prologue au total sur cette histoire, je publierai les 4 suivants dans le courant du mois d'août :) Et merci à tous ceux qui ont reviewé le prologue ♥♥♥
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