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Notes d'auteur :

Thème : La chemise à carreaux
Ce texte se déroule dans le même univers que La nuit était papier - nous étions encre, de hier, mais les personnages impliqués ne sont pas les mêmes ce n'est donc pas nécessaire d'avoir lu pour comprendre.

Rating : -16 ans

Gabrielle était en retard, très en retard. Et elle le serait encore plus si elle ne trouvait pas sa veste dans les cinq prochaines secondes. Elle l’avait reçue avant-hier et l’avait déjà égarée. Elle ne pouvait PAS partir sans elle. Les Flyers pourraient très bien en tirer de mauvaises conclusions. Elle devait montrer qu’elle était fière de faire partie de leur groupe. Fière d’être l’une des leurs et de montrer leurs couleurs. Même si elle n’avait pas le droit de la porter pendant les heures de classe ou de repas à l’école, elle devait l’avoir avec elle le reste du temps. C’est ce que tous les autres faisaient. Il y avait bien celle sans manches, mais non seulement il faisait trop froid pour la porter, mais elle était encore humide en train de sécher.

Gabrielle savait que Lolly Pop en avait au moins une supplémentaire. Elle pouvait peut-être lui envoyer un message pour qu’elle lui prête jusqu’à ce qu’elle retrouve la sienne. Aussitôt cette idée lui eut traversée l’esprit, elle la repoussa. Ce n’était pas ainsi qu’elle ferait bonne impression. Elle ne pouvait pas être certaine que la jeune fille l’aiderait ou garderait le secret. Même si elle lui avait paru sympathique, il ne fallait pas oublier qu’elle était une figure de proue du groupe, les autres lui demandaient son avis régulièrement et allaient dans sa direction. Lolly Pop connaissait les ficelles du métier et, malgré son air angélique, n’hésitait pas à se mêler aux sales besognes. Elle avait convaincu bien des voyous de la laisser tranquille que ce soit avec ses mots ou ses points et elle n’avait pas de scrupules à envoyer les autres réclamer les paiements des retardataires ni à vendre de la drogue. Pas que ça dérangeait Gabrielle, elle n’était pas responsable de ceux qui décidaient d’en prendre. Elle n’aurait pas joint les Flyers si c’était le cas. Non, Gabrielle ne se pensait pas responsable, mais en voyant Lolly on pouvait penser qu’elle avait des valeurs plus traditionnelles et il ne fallait pas que ça l’influence à aller lui demander de l’aide.

- Mais où est cette fichue veste ?

Elle s’allongea sur le sol pour regarder sous son lit. Elle y avait accumulé bien des choses au fil du temps. Des vieux carnets de notes, des jouets et des jeux de société, des souvenirs divers… Elle étira son bras pour fouiller à tâtons parmi le fouillis. Sa main sentit soudain un tissu entre la poussière et les objets abandonnés. Elle le tira rapidement, soulagée, même si elle savait être arrivée au point où même courir la ferait arriver après la cloche. Toutefois, ce ne fut pas la veste qui se trouvait entre ses doigts.

La chemise à carreaux qu’elle venait de redécouvrir la laissa pantoise. Les souvenirs lui revinrent d’un coup. Sa soeur riant à la table de cuisine après l’avoir battue aux échecs, sa soeur endormie sur le canapé pendant un film, sa soeur délaissant ses amis pour venir s’assoir à ses côtés dans la cafétéria alors qu’elle était seule à sa table, mais aussi les souvenirs plus durs. Sa soeur en boule sur son lit, pleurant toutes les larmes de son corps, sa soeur fumant pour se défouler seule sur le balcon, sa soeur qui déroulait les manches de sa chemise pour cacher les marques sur ses bras, sa soeur…

Gabrielle ferma les yeux tentant de chasser l’image atroce. Sa soeur, sachant à quel point sa cadette trouvait la chemise jolie, lui prêtant pour une soirée entre amis. La jeune Gabrielle, heureuse que sa soeur lui fasse confiance partant en la portant fièrement. Gabrielle revenant le lendemain pour découvrir sa soeur absente, un policier à sa place. Sa soeur morte. Suicide.

Malgré les trois années passées depuis, les larmes vinrent facilement. Elle enfouit sa tête dans le tissu à carreaux cherchant une odeur celle de sa soeur bien vivante, mais après tout ce temps, il n’y avait plus rien. Tant pis pour la veste. Tant pis pour le reste. Elle voulait que sa soeur passe la porte et lui reproche d’avoir gardé son vêtement aussi longtemps. Elle voulait que sa soeur soit là dans sa chemise à carreaux…

Note de fin de chapitre:

À demain!

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