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Notes d'auteur :

Thème : L'avare

Ce texte est le plus long de tout mon calendrier, après l'avoir écrit, j'ai décidé d'écrire des textes plus courts ;)

 

L’obscurité paraissait interminable devant Claude. Depuis plusieurs heures, il n’y avait que du noir, depuis longtemps l’entrée effrayante de la caverne était oubliée. Ici, on ne voyait rien, c’était d’autant plus terrifiant, puisque l’imagination lui jouait des tours. On pouvait facilement halluciner des ombres, des monstres, car le cerveau ne semblait pas comprendre ou être heureux de perdre le plus utilisé de ses sens. Les hallucinations sonores pouvaient arriver aussi, à plusieurs reprises Claude s’était demandé si l’eau entendue était réelle ou le reflet de sa tête perturbé par le silence. C’était peut-être ça le plus dérangeant : on ne savait plus si l’on devait de fier à nos sens si loin du soleil. Sa main droite sur la paroi à ses côtés, sa main gauche face a elle et ses pieds qui tâtaient le sol étaient pour l’instant ses seuls repères crédibles. Pourquoi avait-il décidé de s’aventurer dans cette grotte ? Et pourquoi s’acharner à avancer plutôt que de retourner sur ses pas ? Claude connaissait très bien la réponse.

 

Le désir d’aventure, le désir de trouver quelque chose qui ferait disparaitre tout le reste. La caverne commença à serpenter si les perceptions de Claude étaient bonnes. L’explorateur avait l’impression de marcher tantôt vers la droite, puis de revenir vers la gauche, il fallait parfois fournir plus d’effort comme si le sol était en pente. Puis parfois, il fallait retenir ses enjambées pour ne pas aller trop vite, perdre pied ou risquer de tomber dans un précipice. Après de longues minutes à serpenter, Claude crut commencer à percevoir mieux autour de lui. Était-ce son cerveau qui lui jouait des tours encore ? Mais plus il progressait, plus l’obscurité disparaissait. On pouvait apercevoir les parois de la caverne légèrement, devant, un peu plus claires, derrière, s’enfonçant dans une noirceur profonde. L’inégalité du sol devient visible, puis la paroi opposée à la sienne. Bien sûr, avec tous ces tournants, il était impossible de voir d’où venait la lumière, mais c’était un bon début.

 

Claude lâcha le mur de pierres, s’en tenant toujours près, mais n’ayant plus la nécessité de maintenir un contact. Il fallait quand même se méfier, il n’y avait aucun indice sur ce qui l’attendait. Enfin, si, mais les légendes ne comptaient pas comme une source valable. Même si c’étaient ces légendes qui l’avaient poussé à explorer la grotte. Des rumeurs de trésor merveilleux et de fortunes éternelles avaient fait leur chemin dans l’esprit de Claude qui avait épluché tous les textes anciens qui en parlaient. Les légendes tournaient toutes autour des mêmes éléments : une richesse infinie au bout de la caverne sans fin. On la disait sans fin, car quiconque avait tenté de s’y aventurer avait vécu d’étranges événements. Les premiers avaient essayé d’y entrer quelques heures, sans succès, ils y étaient retournés mieux préparés, prêts à y passer des jours. Certains s’y étaient risqués et n’étaient jamais sortis, on les avait crus morts longtemps jusqu’au moment où d’autres aventuriers et aventurières, disparus depuis autant d’années, étaient finalement ressortis. Ils avaient avancé pendant des mois et des mois sans jamais attendre la fin. Le faisceau de leurs torches s’était perdu dans l’obscurité, sans jamais atteindre l’ombre d’un point final. Les légendes disaient que les survivants et survivantes étaient embrouillés, l’obscurité autour d’eux - à l’exception de leurs torches et plus tard de toute technologie lumineuse - les avait rends fous.

 

D’autres s’étaient aventurés en bande et pour une raison qu’aucun ne comprenait ils s’étaient retrouvés séparés alors qu’ils pensaient se suivre et certains étaient revenus d’autres pas. Il y avait même des gens qui disaient avoir toujours suivi le tunnel, sans jamais retourner sur leurs pas, et s’étaient retrouvés à l’entrée même de la caverne où ils étaient entrés. Plusieurs avaient donc soupçonné que la caverne tournait sur elle-même. Ceux qui étaient sortis étaient simplement tombés par hasard sur le couloir qui les avait d’abord conduits à la caverne circulaire, mais ça n’avait pas tout à fait du sens. Bien sûr, ça pouvait expliquer pourquoi certains étaient prêts à jurer que la marche pour le retour avait été extrêmement brève et aussi que plusieurs criaient l’inverse. Comment expliquer toutefois que personne depuis toutes ses années n’avait rencontré quelqu’un vivant ou mort ?

 

Mais Claude avait cru remarquer une similitude dans les histoires, tous ceux qui y étaient entrés et avaient témoigné ensuite avaient une source de lumière quelconque. Il était impossible de vérifier si les gens qui y étaient encore étaient entrés sans lumière ou si leur lumière s’était éteinte, mais Claude avait confiance en sa théorie, aussi drôle soit-elle. Car, bien sûr, ceux qui n’avaient pas de lumière avaient bien plus de chances de se perdre ou de paniquer. Et il fallait être un peu fou pour s’aventurer dans le noir complet sans luminosité.

 

C’était donc pour ça que Claude avait tenté sa chance les mains vides. Pas même de nourriture, il y avait dans cette caverne une atmosphère qui semblait détester qu’on tente d’être vainqueur sur elle. Il fallait s’offrir à elle et espérer que tout aille bien. Avoir confiance dans les forces de la grotte.

 

La luminosité augmentant de plus en plus, Claude en vint à se demander s’il n’avait pas, comme plusieurs avant lui*, malencontreusement pris le chemin qui le ramenait sur lui-même*. Il ne voyait pas comment c’était possible, il s’en serait rendu compte non ? Mais en fait, c’était bien possible puisque la désorientation était forte. Mais il fallait espérer que ce ne soit pas le cas.

 

Et cet espoir dut porter ses fruits, car, après un tournant où la lumière était si forte que Claude dû fermer ses eux, une montagne énorme se dévoila. On aurait pu croire que la lumière venait directement de la pile gigantesque de joyaux, d’or et de bijoux tant leurs couleurs contrastaient avec le noir qu’il venait de quitter. En fait, chacun des articles reflétait la lumière venue du plafond la dupliquant dans une myriade de couleurs. Ledit plafond était illuminé par un énorme chandelier tout aussi doré que les lingots d’or sous lui. De longues flammes orangées montaient des chandelles effleurant les pierres justes au-dessus.

 

Claude s’approcha doucement, avec déférence et crainte. Pouvait-il réellement être le premier à rejoindre cet endroit ? Ça ne faisait que quelques heures depuis son entrée après tout. Mais il n’y avait pas d’autres explications à sa présence et ce qui se dévoilait sous ses yeux. D’autres avaient dû se rendre, mais n’avaient pas pu en sortir. Ce n’était guère rassurant. La montagne de richesses était à portée de bras maintenant, mais Claude n’osait pas y toucher, il commença à faire le tour lentement, l’observant de tous ses angles avant de prendre une décision. Il était venu pour ce moment, pourtant l’hésitation était là. Maintenant qu’il faisait face à tout ça, il doutait.

 

La décision s’imposa toutefois à lui quand il trébucha sur un gobelet orné de saphirs et s’affala sur le sol. Sa main droite amortit le choc tandis que sa gauche s’enfonça dans les pièces d’or. Le bruit résonna dans tout l’immense espace. Mais rapidement, un autre bruit se joignit au reste. Cela ressemblait à un sifflement d’air et cela venait de la direction opposée à l’endroit où Claude était entré. Un autre tunnel qui faisait face au premier, mais bien plus large et haut que celui d’où il venait. Il chercha des yeux un endroit où se dissimuler, s’enfoncer dans la montagne ne lui semblait pas être une idée excellente, mais retourner tout de suite dans l’obscurité lui aurait paru comme un échec. L’hésitation lui fit perdre les quelques secondes qui lui auraient permis de se cacher et il dut faire face à l’immense ombre qui sortit du tunnel. Au départ, il crut que les ténèbres se jetaient sur lui, mais des yeux jaunes lui firent vite réaliser qu’il s’agissait d’une créature bien vivante.

 

Un corps long et musclé qui se terminait par une queue d’abord large puis très fine, des ailes comme une chauve-souris et une tête… tout à fait terrifiante. Claude venait de se voir confirmer l’existence des dragons. La créature vola autour de la montagne, ce qui fit comprendre à l’explorateur pourquoi la pièce était aussi immense, puis se posa avec une étonnante grâce quelque part entre le sommet et Claude au sol.

 

— Que viens-tu chercher, petit humain ?

 

La voix rauque et forte fit grimacer Claude qui se boucha les oreilles.

 

— Je cherche à résoudre les légendes, dit-il toutefois.

— C’est la première fois que j’entends cette excuse, au moins sembles-tu assez brillant pour ne pas me mentir… Les menteurs ne survivent jamais longtemps.

 

Puis le dragon gronda dans ce qui ressemblait à un rire, des flammèches sortirent de ses narines et Claude s’éloigna doucement, craintif.

 

— Les humains sont tous les mêmes, cupides et avares… mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que je le suis encore plus.

 

Il souleva ses lèvres pour dévoiler l’intégralité de ses crocs. Un frisson parcourut le corps de Claude et il sentit la sueur lui couler dans le dos. Allait-il le manger ?

 

— Oh, je ne veux pas te dévorer, dit le dragon. À moins que tu m’y obliges. Les humains ne sont guère la meilleure source de nutriments et mon appétit se satisfait de lui-même si je reste près de mon trésor. Vois-tu, ma source vitale et mon honneur sont liés à mon trésor, c’est pourquoi je ne peux laisser des fourmis voler ne serait-ce qu’une pièce d’or. Et plus je vieillis, plus je ressens le besoin de grossir mes possessions qui ne sont jamais suffisantes et plus j’ai besoin d’humains naïfs comme toi…

 

À ces mots, Claude commença à reculer doucement vers la sortie, ne quittant pas l’énorme bête des yeux, prêt à courir s’il le fallait. À nouveau, le dragon émit un rire rauque.

 

— Petit être stupide, n’as-tu donc pas compris ? Je contrôle ces tunnels, je peux laisser errer les gens des décennies, les mener à moi ou les faire sortir… Je pourrais te laisser errer pendant des jours dans les entrailles de la Terre jusqu’à ce qu’elles te fassent oublier notre rencontre... Te faire retourner à la surface pour alimenter ces théories et ces rumeurs que vous semblez tous croire et mettre en application… Ou te ramener à moi et prendre ce qui m’intéresse…

— Qu’est-ce que vous voulez ?

— Il y a quelque chose dans ta poche droite, à ton cou et à ton poignet gauche qui m’attirent incroyablement…

 

Par réflexe, Claude porta ses mains à son cou, comme pour cacher ses possessions, mais il savait bien que c’était trop tard. Il repensa à tous ceux qui n’étaient pas ressortis et aux paroles du dragon. Il jeta un regard derrière lui, de là où il venait, regrettant d’avoir espéré être plus fort que les légendes. Il ne prendrait pas de risques, il allait coopérer. Lentement, il retira le pendentif de son cou, détacha sa montre en or et sortit le couteau cérémonial en argent. Il les déposa devant lui et soudain le dragon cessa de porter attention sur lui. Il observait plutôt les nouveaux objets de sa collection avec une lueur d’adoration dans ses yeux qui ne le rendait pas moins terrifiant. Sachant qu’il n’aurait pas d’autre chance de s’échapper s’il restait, il tourna les talons et s’enfonça avec rapidité dans l’obscurité.

 

Plusieurs heures plus tard, Claude ressortit de la grotte désorienté d’avoir passé autant de temps dans le noir. Il jeta un œil à son poignet pour regarder l’heure et constata qu’il n’avait plus sa montre. Il se maudit de sa maladresse. Il regarda dans la caverne et ressentit un profond malaise qui ne pouvait s’expliquer uniquement par l’obscurité. Assurément, il ne retournerait pas la chercher. Les métaux resteraient dans l’antre de la Terre, là d’où ils venaient.

 

 

Note de fin de chapitre:

Finalement, il y a 2 avares dans ce texte, même si l'un d'eux l'est plus que l'autre!

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