Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes :

Pour ceux et celles qui préfèrent lire des textes joyeux, voici ceux qui le sont le plus :

5 décembre

7 décembre

8 décembre

14 décembre

15 décembre

16 décembre

20 décembre

Notes d'auteur :

Thème : 1939
À la manière d'un journal intime, voici mon premier texte

1er janvier
Tante Anne est venue de Montréal pour nous voir et célébrer la nouvelle année. Toujours célibataire malgré les remarques de la famille, ça semble lui être égal. Elle profite plutôt de la fête pour danser avec chacun d’entre nous, ces neveux et nièces. On rit, on mange, on s’amuse. Mes cousines et moi en profitons pour échanger les dernières nouvelles depuis Noël. La fête dure jusqu’aux premières lueurs du jour. Quand je me couche dans mon lit, j’ai encore la tête qui tourne d’avoir trop dansé, mais je ne tarde pas à m’endormir sous le coup de la fatigue et de l’excitation qui est finalement retombée.

16 février
L’hôpital Saint-Michel-Archange a pris feu aujourd’hui. Il faisait beau et on pouvait voir l’épaisse fumée monter au ciel. Mère a un cousin qui y séjourne. C’est la première fois que j’entends parler de lui. Elle dit que sa famille n’aime pas parler de lui et sa maladie. Heureusement, il va bien comme tous les autres, ils ont réussi à évacuer à temps.

28 avril
Aujourd’hui, j’ai quinze ans, je suis presque une adulte. Tout le monde m’a souhaité un bel anniversaire et a voulu me faire plaisir. Mes parents m’ont gâtée plus que de raison, je crois qu’ils remarquent enfin que leur plus jeune enfant vieillit. Ma Mère a cuisiné mon repas préféré et personne n’a protesté. Jean-Marie est même revenu à la maison avec sa femme et leur enfant d’à peine un an pour «voir sa soeur préférée». Mes autres soeurs ont toutes protesté sous les rires de notre grand-frère. J’ai pu prendre dans mes bras Marcel, mon neveu, la première. Ses yeux écarquillés comme s’il voulait découvrir le monde et ses courts cheveux bouclés m’ont fascinée. Étais-je comme ça moi aussi à son âge?

11 mai
En me rendant à l’école, j’ai croisé Lucien et sa soeur qui se rendaient au marché. Lucille a dû arrêter l’école il y a deux ans lorsque ses parents ont décidé qu’il était temps qu’elle apprenne à s’occuper d’une maison. Elle n’est pas la seule, la plupart de mes amies ont été retirées des classes dans les dernières années. Nous ne sommes plus que trois dans ma classe. Ça me fait réaliser la chance que j’ai d’avoir des parents aussi ouverts. Même si Lucille dirait qu’il s’agit bien plus d’argent que de générosité, j’avoue que je ne sais pas. Qu’est-ce que l’argent a à voir dans mes études ?

1er juin
Je ne pouvais pas cacher ma joie aujourd’hui. Pas après avoir lu la nouvelle dans le journal. Presque quarante femmes vont prendre part au congrès du Parti Libéral pour la première fois. Ma grand-mère dit qu’elle ne pensait pas, quand elle avait mon âge, vivre assez longtemps pour que ce genre de chose arrive. Il y a de mauvaises langues qui critiquent bien sûr, mais je les ignore. C’est un grand pas pour les femmes et j’en suis fière! Je ne peux qu’imaginer ce qu’elles pourront faire pour nous toutes.

1er septembre
Je me réveille un matin au son de la radio qui crachote des mots bien trop horribles pour que je puisse les répéter, pour que je puisse y penser. Tout ce qu’on craignait depuis plusieurs mois est maintenant à nos portes, menaçant de nous engloutir nous aussi dans un flot de violences. J’ai peur de ce qui pourrait nous arriver, je ne peux qu’espérer qu’on soit épargnés de ce côté de l’océan. Mais je sais très bien que c’est du déni. L’Allemagne a envahi la Pologne… la guerre nous rejoindra bien assez tôt.

7 septembre
On n’est pas encore officiellement en guerre, mais le gouvernement a approuvé hier la censure en temps de guerre. Je ne suis pas certaine de ce que ça signifie. Père dit que c’est pour empêcher de dévoiler des informations sur les décisions militaires et ne pas détruire le moral de nous tous. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi, cette nouvelle m’a bien déprimée.

10 septembre
Ça y est. On est en guerre contre l’Allemagne. C’est ce dont tout le monde parle, c’est ce qui est dit en boucle à la radio. Au cas où on vivait dans un espace reclus, je suppose. Plusieurs parlent d’enrôlement. Ils disent que ça deviendra obligatoire, qu’on va obliger nos frères à aller à la guerre. Je crois qu’ils ont peurs, ils ne veulent pas perdre les leurs. Le journal La Patrie a déjà choisi son clan : pour l’enrôlement. Les autres journaux, je ne sais pas, je ne veux pas savoir, ils pourraient dire la même chose. Ils doivent être tous mariés et sans fils en âge pour penser ça. Moi je ne veux pas, j’ai peur pour Lucien : il aura dix-neuf ans bientôt, ils pourraient venir le chercher.

14 octobre
Jeudi, le Canada a fait son « premier emprunt de guerre ». À qui ? J’ai l’impression que tout le monde est en guerre. Les autres n’ont pas besoin d’argent? Je ne comprends rien. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je déteste ce genre de nouvelles. Ça rend les choses plus concrètes.

24 octobre
Il y a des élections provinciales aujourd’hui. Père et Jean-Marie sont allés voter pendant que Mère restait à la maison, elle n’a pas le droit de voter au provincial, juste au fédéral. Elle dit qu’elle aura peut-être le droit un jour, mais qu’elle espère surtout que moi et mes soeurs gagnions ce droit. Mon frère et mon père disent que Duplessis est celui qui devrait gagner et tout le monde à la maison semble d’accord. J’espère qu’il va être élu.

26 octobre
C’est Godbout qui a gagné. Tout le monde était déçu en apprenant la nouvelle. Au moins, on parle d’autre chose que de la guerre.

11 novembre
Il y a eu un attentat contre Hitler plus tôt cette semaine. Il était déjà parti, d’autres sont morts et encore plus ont été blessés. Est-ce que c’est mal de me sentir déçue qu'ils aient échoué?

15 décembre
J’ai l’impression que chaque jour ont reçoit des nouvelles. La plupart, je ne les comprends pas. C’est peut-être mieux ainsi.

31 décembre
Cette année, tante Anne n’est pas venue pour le réveillon. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est à cause de la guerre. On est loin, mais ça nous affecte tous. On ne sait pas quand ça va nous tomber dessus et c’est probablement le pire. Les rires sont plus forcés, mais alors que la soirée avance les gens y pensent un moins. Ou alors on s’y habitue. Dans une minute, ce sera une nouvelle année. Peut-être celle qui réglera tout. Du moins, je l’espère. Je m’appelle Madeleine Pelletier et l’année de mes quinze ans j’ai vu la guerre commencer.

Note de fin de chapitre:

À l'exception des proches de Madeleine, tout ce qui a été mentionné sont des événements réels de l'année 1939. J'ai tenté de représenter l'ambiance qui régnait parmi les Canadiens Français à l'époque, j'espère que vous aurez apprécié!

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.