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Notes d'auteur :


Il s'agit d'un texte sur le thème de la chute du Mur de Berlin. J'ai eu bien du mal à pondre quelque chose dessus mais bon moi et l'histoire du XXème siècle, ça fait trois :D

Bonne lecture !

 

- Bon je pense que vous avez tous en tête les événements de ses dernières heures. C’est l’occasion de faire la fête. Mais ça tombe bien, on est là pour ça de toutes façons.

Ben soupira. C’était bien le genre de Tommy de partir dans ce genre d’envolée juste avant le début du concert. Mais ça n’avait à ses yeux pas sa place dans un concert de metal. Non pas que lui-même s’en foutait. Il était presque sûr d’avoir de la famille à l’est. Mais il savait pas encore lire quand ces idiots avaient construit le mur de la honte. Ses parents n’en avaient jamais trop parlé. Sans que le sujet soit tabou, ils avaient essayé d’oublier cette séparation douloureuse avec leurs proches, supposait Ben. Mais avec les années qui s’écoulait, il avait tout simplement oublié. Sans oublier qu’il était en froid avec sa famille depuis ses dix-huit ans et la dernière fois qu’il avait parlé à ses petites sœurs c’était à l’enterrement de leur père, que le cancer avait lentement emporté, deux ans plus tôt.

Le show débuta. Ben connaissait ses lignes de guitares par coeur, les jouait presque mécaniquement et hurlait dans le micro quand c’était à son tour de le faire. Leur show était bien rodé maintenant. D’autres aurait trouvé répétitif de toujours jouer la même chose dans les mêmes salles paumées. Mais ça lui plaisait. Puis ce groupe était un passe-temps plus qu’une vraie vocation.

Le concert terminé, le groupe se joignit au public agglutiné au bar. Un seul et même sujet de discussion. Les gens affluaient de Berlin-est depuis le début de la matinée. La frontière de béton n’avait plus lieu d’être et toute la ville, tout le pays était en fête.

Fatigué et légèrement ivre, Ben prévint ses amis qu’il allait rentrer chez lui.

Il ne savait pas vraiment ce qu’il en était dans le reste de la ville, mais partout où il passait tout n’était que fête, bonne humeur et alcool. Les flics étaient de sortie mais même malgré ça l’ambiance restait légère. Ben, sans particulièrement partager leur joie, comprenait le besoin des berlinois de l’exprimer. Pour lui c’était une journée comme une autre, même si ce jour marquerait sans aucun doute l’Histoire. Et probablement la fin de l’URSS dans quelques temps, si tout se déroulait de façon logique du moins.

Après une vingtaine de minutes de marche, il tomba sur un collègue de travail et resta boire un verre avec lui. À un moment, une fille totalement ivre lui tomba dessus et insista pour l’embrasser sur la bouche. Agacé, Ben finit par accepter pour qu’elle lui foute la paix, mais il se fit la réflexion qu’elle paraissait quand même vraiment jeune.

Arrivé chez lui, il mit directement un vinyle en route, et se fit un truc à manger. Le son était suffisamment fort pour couvrir les bruits de l’extérieur agaçant à la longue et il ne risquait pas de déranger le voisinage. Personne n’avait l’air d’avoir envie de dormir, cette nuit.

Il était minuit quand le téléphone sonna. Qui pouvait avoir le culot d’appeler à cette heure ?

- Ouais ? Je sais pas si vous avez vu l’heure, mais…

- Ben ? C’est Andrea.

- Soeurette ?

- T’en connais beaucoup d’autres des Andrea ?

- Pourquoi t’appelles ? demanda froidement Ben.

Même si ce n’était pas vraiment le ton qu’il voulait employer.

- Tu peux arrêter de faire ton ours cinq minutes ? C’est toujours aussi désagréable.

- Excuse-moi. La journée a été longue. La nuit aussi en fait.

- Mouais, excuse acceptée, on va dire. En fait c’est maman qui cherchait à te joindre à la base mais elle n’a plus ton numéro. Oncle Karl a passé la frontière ce midi. Il loge chez maman. Et elle souhaiterait que tout le monde vienne à la maison, dimanche.

- Le frère de papa ?

- Oui. Tu ne t’en rappelle pas ? Carolina et moi c’est normal, on na savait pas encore marcher, je veux dire. Mais t’avais cinq ans en soixante et un.

- Il s’est passé pas mal de truc depuis, fit remarquer Ben. Puis tu te souviens de tout ce qu’il t’es arrivé à cinq ans ?

- Oui pas faux.

Peut-être était-ce l’occasion de recoller les morceaux pour de bon avec sa famille. Mais si même l’enterrement de son père n’y avait pas aidé, Ben doutait que le reotur de son oncle y parvienne. Sauf que d’introspection en introspection, Ben avait bien compris que le problème venait en grande partie de lui et son incapacité à pardonner. Mais pardonner quoi exactement ? Ses parents n’avaient jamais été d’accord avec ses choix de vie, mais quel parent l’était vraiment, au fond.

- Ecoute, dis à maman, que je ne peux rien promettre pour dimanche, mais j’essayerais de venir.

- Chouette. Et hésite pas à passer à la maison. Les petits me demandent tout le temps quand tonton Ben va venir. Les gobelins ne sont toujours pas couchés d’ailleurs, et hors de question qu’ils profitent de la situation trop longtemps. N’empêche, c’est super tout ce qui se passe. Le retour d’oncle Karl et la fin de cette abomination de mur.

- Oui.


- Bon, on se voit, dimanche, frérot !

- J’ai dit à l’instant qu’il n’y avait rien de sûr.

- Je sais mais moi, je ne te laisse pas le choix ! lança-t-elle gentiment. Alors à dimanche !

Ben avait presque envie de rire. Il reconnaissait bien là l’innocence et le caractère de sa petite sœur. Caractère qu’elle n’avait jamais vraiment perdue en grandissant.

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