Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :


Alors, des fois ça fait du bien d'écrire sans réfléchir à ce qu'on veux en faire :D J'en ai eu la preuve avec ce texte. J'aime bien détourner le sens d'un thème acessoirement x)

On est donc parti avec le thème " Le Sphinx"

Enjoy

Le Sphinx, petit pub de Belfast, n’avait d’égyptien que son nom. Ou peut-être était-ce du Sphinx grec dont il s’agissait. Depuis toujours, les rares curieux qui avaient poséla question à la taulière de l’endroit, avaient oublié la réponse de Fiona, le lendemain. Quand ils n’étaient pas trop cuits pour simplement ouvrir la bouche. Cette chère Fiona avait dû trouver l’idée comme ça. Oui c’était plus son genre, tout compte fait, se dit-il. La vioque n’était pas non plus vraiment fan d’Histoire ou de mythologie.

Enfin vioque... Norman devait reconnaître qu’il ne connaissait pas d’autres femmes dans la cinquantaine qui étaient aussi belles qu’elle.

- Norm ! Ça fait longtemps dis-moi, l’accueillit joyeusement Fiona. Comment vas-tu ?

- On a eu énormément de boulot sur les chantiers depuis deux semaines, pour changer. Au point que j’ai fini par arrêter de compter mes heures.

- C’est bon pour la boite j’imagine.

- Oh, pour mon compte en banque aussi. Je suis loin de m’en plaindre. Même si je dois reconnaître que la fatigue est bien présente.

- Bon, pour la peine, je peux bien t’offrir la première pinte.

- Chouette, je suis preneur, alors. Merci.

- De rien

La bière était parfaite, Fiona avait répété ces gestes des milliers voire des millions de fois depuis vingt ans. Norman la dégusta tranquillement. Il enchaîna une deuxième pinte, puis une troisième tout en jouant aux fléchettes, avec certains piliers de bar. À un moment il beugla un prénom totalement aléatoire et Fiona le rappela gentiment à l’ordre. Après la sixième, il fit un long passage aux toilettes pour se soulager. Mais aussi pour terminer sa gravure de pénis sur les murs du cabinet, armé de son canif. Une entreprise de longue haleine qu’il avait entamé le mois dernier. Puis l’homme décida qu’il était temps de freiner un peu sa consommation. Même s’il se sentait plutôt bien.

Norman retourna au bar, mais seulement pour discuter avec la patronne. La plupart des clients avaient déserté, mais il lui restait bien une heure avant la fermeture. Il lui vint alors à l’esprit qu’il ne l’avait jamais demandé à Fiona. Pourtant il la côtoyait tous les jours depuis pratiquement douze ans.

- Je me demandais un truc. Ça fait longtemps que t’es célibataire ?

- Bon te connaissant, c’est pas pour me draguer, gamin, comprit Fiona amusée, les coudes sur la table. Mais pourquoi cette question ? Même si ce ne sont pas vraiment tes oignons, conclut-elle en lui faisant un clin d’oeil.

- Ben, ça fait un sacré paquet d’années qu’on se connaît, maintenant...

- Oui c’est vrai, tu étais encore mineur d’ailleurs à l’époque. J’aurais dû refuser de te servir. Même si tu t’en sors mieux que beaucoup des clients du pub, disons-le franchement. Enfin je te laisse finir.

- Et du coup, je me dis que je t’ai jamais vu dans les bras d’un mec. Ou d’une femme d’ailleurs, on s’en fout. Pourtant, et je le dis sans arrières pensées, mais t’es sacrément jolie fille.

- Je suis mariée à cet établissement en quelque sorte.

- Ouais je m’en doute.

- Et puis j’ai un caractère de cochon, tu le sais bien

-C’est gentil un cochon pourtant.

Fiona se met alors à ricaner légèrement.

- Bien sûr, je lui ai fait quelques infidélités, au Sphinx hein. Mais tu sais quoi ? Je crois que je suis tout simplement pas faite pour être en couple. Ou disons, plus faite pour ça.

- Donc t’as déjà eu quelqu’un.

- Oui.

- C’était sérieux ?

- Oh que oui, répondit-elle avec un air mélancolique. C’était il y a pile trente ans de ça, quand j’habitais encore à Derry. Puis il est mort maintenant. C’était une autre vie.

- Attends… janvier 1972 du coup ?

- Ouais. Tu percutes vachement vite pour un mec ivre.

Le Bloody Sunday, évidemment, se dit Norman.

Il n’intervint pas par la suite. Il laissa Fiona raconter ce qu’il s’était passé, même s’il la connaissait par coeur cette histoire. Mais la femme parvint à le maintenir éveillé. Puis L’Irlande du Nord était un petit pays et Norm connaissait un nombre de personnes de son entourage qui avaient connus la tragédie de près ou de loin. Fiona raconta comment les soldats anglais avaient commencé à tirer dans la foule. Son amour de l’époque n’était pas mort sur le coup. On lui avait tiré dans le dos, alors qu’il cherchait à secourir les blessés. Un soldat l’avait ensuite achevé d’une seconde balle à bout portant. Pour autant elle ne semblait ni triste ni en colère. Norman supposait qu’elle avait suffisamment connu ce genre d’émotions, en trente ans.

- C’est drôle, j’ai tellement l’habitude d’écouter les problèmes et la vie des autres, que raconter la mienne m’a toujours un peu effrayé. Mais avec toi, c’est plus facile.

- Pourquoi donc ?

- Je ne sais pas. T’es beaucoup plus futé que t’en as l’air, je pense, ça aide énormément. Du coup, merci.

Elle regarda sa montre.

- Je vais pas tarder à fermer. À force de parler, je n’ai pas fait attention à l’heure.

- Pas de soucis. Tu veux de l’aide ?

- Non ça ira, mais c’est très gentil de proposer.

- Vaut mieux que je rentre de toutes façons, je travaille demain. Bonne nuit, ma bonne dame.

Il enfila sa veste et se dirigea vers l’entrée, en titubant légèrement. Mais avant il avait une dernière idée derrière la tête.

- Fiona ?

- Hmm ?

- Tu fermes toujours le lundi ?

- Oui, bien sûr.

- Alors je t’invite à dîner lundi soir, si tu n’as rien de prévu. En toute amitié, hein !
 
Son sourire n’avait jamais paru aussi éclatant. Et celui-là il n’était pas prêt de l’oublier, même avec tout le sang présent dans son alcool.

Note de fin de chapitre:

Et non la dernière phrase n'est pas une bourde :P

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.