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Notes d'auteur :

Ce texte a pour thème l'image Forest Tales : https://www.deviantart.com/pajunen/art/Forest-tales-764386635.

Un petit texte de fantasy pour changer un peu, ça vous dit ? :D

 

Lys observa calmement les deux enfants humains être expédiés sans ménagement dans la cage, où elle séjournait depuis maintenant deux jours. Une petite fille et un garçon un peu plus âgé. La fillette avait une vilaine entaille sur la joue. La dryade se demandait vraiment ce qui poussait les hommes à être aussi cruels entre eux, même avec les plus jeunes. Certes les types qui l’avaient capturé était clairement des esclavagistes sans foi ni loi, mais même les créatures de sa forêt étaient bien moins cruelles entre elles. Et pourtant c’étaient bel et bien les siens que l’on qualifiait de bêtes sauvages. Bon son ami Torgnole était un cas à part, mais les nains était de toutes façons tous d’un naturel bagarreur, d’après ce qu’avait compris Lys. Puis elle n’arrivait pas toujours à comprendre la mentalité des créatures des montagnes.

- Et fermez-là, sinon la dryade pourrait bien avoir envie de vous dévorer, fit la femme qui avait emmené les enfants, avec un horrible sourire édenté. Je vous apporterais à manger plus tard. Si j’y pense.

Les deux petits regardèrent Lys d’un air effrayé. Celle-ci observa l’humaine, d’un air sceptique. Vraiment, depuis quand les dryades mangeaient les enfants ?

Elle attendit que la geôlière soit partie puis se tourna vers les deux petits. Ils étaient manifestement frère et sœur. Le garçon semblait courageux, il observait déjà les alentours pour trouver un moyen de s’échapper. La fillette elle, n’arrivait pas à ravaler ses larmes mais pleurait silencieusement. D’un autre coté, elle ne pouvait s’empêcher d’être curieuse et observait l’étrange femme à la peau verte et aux longs cheveux rouges qui partageait leur cage. En détournant régulièrement le regard, sans doute par crainte de croiser celui de Lys.

Lys ne put s’empêcher de lui sourire. Malgré la gravité de la situation, elle trouvait cette dernière amusante et surtout instructive. Les humains méritaient vraiment le titre de fléau, qu’elle leur adressait, avant même d’en croiser un seul. Ils ne pouvaient évidemment pas tous être aussi moisis, que les brigands, mais quand même. Bien que ses minuscules voisins semblaient même être l’exact contraire.

 

Elle n’aurait aucun mal à s’échapper. Ceci dit dans l’immédiat, elle devait encore attendre un peu. Être certaine qu’elles étaient bien là était impératif.

On leur apporta à manger un peu plus tard, un ridicule morceau de viande salé et un bout de pain par prisonnier. Et un peu d’eau aussi. Les enfants commencèrent à manger. Lys leur tendit son écuelle.

- Tenez, partagez-vous ça.

- Vous êtes sûre ? demanda le frère.

- Ce n’est guère mon alimentation, expliqua-t-elle, avant de prendre d’un air espiègle. Alors manger des gnomes dans votre genre, hors de question.

Elle vit un premier sourire éclaircir le visage de la fille. Le garçon, lui, semblait toujours très méfiant.

- Comment tu t’appelles ? Moi, c’est Mira. J’ai huit ans.

- Mon vrai nom de dryade est bien trop long et incompréhensible alors tu peux m’appeler Lys. Et j’ai environ trois cents ans.

- Waah !

- Et toi, mon petit, comment t’appelles-tu ?

- Dalan.

- Vous êtes vraiment une dryade ? demanda Mira timidement.

- Tu vois bien que c’est pas de la peinture, grommela son frère, avant de soupirer.

- Oui bah excuse-moi de poser la question, mais les dryades sont bien plus effrayantes dans les histoires de maman, répondit la fillette en fronçant les sourcils dans sa direction.

- On ne mange pas les enfants et on les enlève encore moins, si ça peut vous rassurer, résuma Lys. Je dois toujours me justifier comme ça. C’est agaçant à la fin.

- Je suis rassurée, alors.

- Bonne petite, fit Lys en adressant un clin d’oeil à Mira. Les miennes ont juste le droit de vous jouer des sales tours. Et de vous guider gentiment à l’orée de la forêt. Et le lendemain, les vilains garnements que vous êtes oublient tout. Parce qu’on tient quand même à notre tranquillité, vous comprenez ?

- Oui.

Les enfants finirent de manger en silence. Lys observait Mira avec attention. La coupure sur sa joue n’était pas très profonde, mais elle risquait de s’infecter vu leurs conditions de vie, à tous les trois. C’était trop tôt pour s’attacher à eux, et de toutes façons pas question de se lier avec ces petits singes . Mais la dryade préférait éviter un futur drame.

- Approche-toi, tu veux bien ? On va soigner cette méchante entaille.

- Mais on a rien sous la main pour me soigner.

- Ne sous-estime jamais le pouvoir des plantes, ma chère Mira, devisa Lys. Et comme je tiens plus de cette catégorie que de l’être de chair et d’os, cela tombe très bien.

- D’accord.

La petite fille la rejoignit discrètement, de peur de se faire voir par les gardes. Lys la laissa s’asseoir sur ses genoux et rabattit ses cheveux blonds en arrière. La coupure saignait toujours.

- Dalan, passe-moi l’eau, s’il te plaît.

Le garçon encore méfiant obéit malgré tout et lui tendit le pichet. Lys observa le liquide un moment et le toucha du doigt. Au moins l’eau était pure.

Alors la dryade mordit son pouce jusqu’à ce que celui-ci saigne et fit tomber le sang violet dans l’eau. Elle mélangea le tout du doigt jusqu’à ce que cela forme une sorte de mousse. Très vite, le baume fut prêt à être appliqué.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-elle à la petite après le soin.

- Je n’ai pas mal, mais c’est désagréable parce que ça brûle un peu

- Alors mon petit tour de magie fonctionne. Ne t’en fais pas, la sensation de brûlure ne durera pas très longtemps. Il faudra sans doute en remettre d’ici une heure.

- On devrait pas profiter de la tombée de la nuit pour s’échapper ? demanda l’aîné.

- Si toi ô grand guerrier, tu parviens à passer entre les barreaux de cette cage, je veux bien que tu me donnes le secret de ton tour de passe-passe, le nargua Lys, en soutenant son visage avec une main.

- Ça va, j’ai compris.

Le garçon se mit à bouder et cela dura quelques heures. L’après-midi avançant peu à peu, sa cadette s’accorda une longue sieste, la tête tranquillement posée sur les genoux de Lys. Profitant du fait que Mira dormait, la dryade rompit le silence et entama une discussion sérieuse avec son frère.

- Arrête de bouder, mon garçon, nous allons sortir d’ici, je peux te l’assurer. Comment vous vous êtes retrouvés là ?

Le garçon parut hésiter puis accepta de raconter leur histoire.

- Notre village a subi une attaque, il y a six mois. Nos parents parvenaient à peine à nous nourrir, après le pillage. Alors ils nous ont forcés à quitter la maison. Et ce matin, ces salauds nous ont attrapé. Et vous ?

-Je cherchais des amies à moi qui avaient disparues, et ils me sont tombés dessus. Penses-tu, rare, belle et raffinée comme je suis, je serais sans doute vendue comme trophée à un riche seigneur local.

- À quoi bon sortir d’ici en fait, Mira et moi n’avons nul part où aller et aucun avenir

- Je pourrais peut-être vous garder avec moi.

- Vraiment ?

- Au moins quelques temps, oui.

Dalan perdit sa mine sérieuse pour la première fois depuis que Lys l’avait rencontré. Il semblait même presque à un petit garçon normal.

- Les dryades n’ont pas vraiment d’instinct maternel, prévint cependant Lys. Alors ne vous attendez pas à avoir une vraie mère de substitution avec moi. Ceci dit, je veux bien m’occuper de vous un moment. Au moins jusqu’à ce que tu sois suffisamment grand pour protéger ta vie et celle de ta sœur. Si ça ne fonctionne pas, ce qui est tout à fait plausible, je vous confierais à Torgnole et son épouse. Ce sont des nains, il ne devraient pas être trop embêtés avec vous deux et ils vous accepteront sans problèmes, les connaissant. Et avant que tu me demandes, non, les naines n’ont pas de barbe.

- Ce serait bien. Mais je dois y réfléchir.

Elle regarda cependant Mira qui dormait toujours paisiblement contre elle.

- Bon vu que je suis déjà adoptée par cette jolie souris, je pense que la proposition lui plaira, poursuivit-elle amusée en dégageant délicatement les cheveux de la petite, de son front. Mais je peux comprendre ton besoin d’y réfléchir. Mais quoi que vous choisissiez tous les deux, je vous aiderais au moins à sortir d’ici.

Le soleil disparaissait à l’horizon, Lys n’avait plus beaucoup de temps avant de passer à l’acte.

- Mais il faut d’abord que je t’explique ce qu’il va se passer durant les prochaines heures, se rappela-t-elle soudain.

La seule raison pour laquelle la dryade ne s’était pas déjà échappé, était qu’elle n’avait pas encore trouvé les licornes capturée par les humains. Elle étaient au nombre d’une demi-douzaine. En trois jours de captivité, Lys ne les avaient pas encore vues. Cependant, elle avait surprit une conversation entre deux gardes. Les licornes devaient être déplacées ce soir-là. Lys attendait un contact visuel avec elles pour en être certaine.

Elles ne tardèrent pas à passer devant les prisonniers.

Mira était réveillée depuis quelques minutes, la sieste lui avait fait du bien. La blessure avait cicatrisé. Cependant la fillette allait seulement garder une très légère marque.

- Ce sont des licornes ? demanda-t-elle avec une légère excitation.

- Oui.

- Elles avaient l’air plus jolies dans les histoires que mère nous racontait, on dirait juste des chevaux normaux avec une corne, trouva Dalan.

- Tu sais pas apprécié ce qui est beau de toutes façons, affirma sa sœur.

- Les histoires des humains ne tiennent définitivement pas beaucoup compte de la réalité, j’ai l’impression, se moqua Lys. Elles n’en restent pas moins des habitantes de ma forêt au même titre que Torgnole le nain, ou un troll. De ce fait, j’ai l’obligation de les libérer.

Lys devait appeler du renfort. Le vent fit justement tomber des feuilles d’un arbre et celles-ci s’envolèrent droit vers la cage. Elle en attrapa entre ses doigts, la plia en deux puis souffla dedans. Mais ce fut une étrange et envoûtante mélodie qui en sortit et pas un simple sifflement.

- Maintenant patience les enfants.

Ils n’eurent toutefois pas à attendre très longtemps.

- Ah et fermez les yeux, conseilla Lys.

Un bruit se fit d’abord entendre dans la forêt. Puis une horde de créatures diverses se déversèrent sur le camp. Les trolls brandissaient leurs masses, les centaures piétinaient les tentes et les hommes. Torgnole le nain, dans une cotte de mailles trop grande pour lui et d’un épais casque laissant dépasser sa longue barbe brune tressée, fondait sur ses ennemis, avec sa hache. Il visait systématiquement le bas-ventre comme à son habitude.

Les doigts de Lys s’allongèrent alors et se recouvrirent d’écorces. Les branches, tout en continuant de grandir s’enroulèrent autour des barreaux de la porte de la cage. Lys serra sa prise et y mit toute sa force, et la porte finit par céder.

- Venez.

Elle les prit par la main et les fit courir. Deux centaures les attendaient. Lys aida Mira à monter et en fit de même. Dalan monta sur le second centaure.

- Les licornes ? questionna Lys.

- Déjà dans la forêt, madame, répondit le centaure. Et aucune victime à déplorer dans nos rangs. Juste un bouc avec une corne brisée.

- Alors en avant.

Les assaillants se ruèrent dans les bois, laissant le camp en ruines. Très vite, le groupe ralentit sa course. Torgnole rejoignit Lys au milieu du convoi, monté sur un âne. Il était aspergé de sang, et sa hache trônait fièrement dans son dos.

- Ils nous suivent ?

- Oh non, je crois qu’on leur a foutu la frousse pour de bon. Et j’ai coupé suffisamment de bourses pour être heureux un moment. C’est qui, les deux bambins ?

- Je te présente Mira et Dalan.

- Enchanté, mes petits. Je suis le terrible Torgnole. Vous allez voir, la forêt peut paraître rude les premiers jours, mais au final c’est la belle vie.

- Leur décision n’est pas encore prise, Torgnole.

- Ah.

- En fait, si, je me suis décidé, répondit Dalan. Mira, tu veux rester vivre avec Lys ?

- Oui !

- Alors on reste.

- Bwahahahaha, tant mieux alors. Regardez-là, elle en a presque la larme à l’oeil.

- N’importe quoi, s’offusqua Lys

Elle semblait malgré tout assez émue.

- Hésitez pas à venir nous voir, si vous avez vraiment la dalle, par contre. Le ragoût de lapin de Madame Torgnole va vous requinquer comme il faut.

- Meurtriers, tonna Lys.

Le nain partit à l’avant en rigolant de nouveau, grassement.

- On ne devrait pas tarder à arriver à la Couronne d’Etoiles, dit alors le centaure qui emmenait Lys et Mira.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Mira à la dryade.

- Tu comprendras très vite, assura-t-elle.

Quelques minutes plus tard, le groupe atteignit une grande clairière peuplée seulement de rochers. Les arbres reprenaient leurs droits une centaine de mètres plus loin.

- On y est, Mira, dit Lys.

- Mais il n’y a rien.

- Oh que si. Levez la tête. Vous comprendrez.

Les deux enfants obéirent et restèrent ébahis. Jamais ils n’avait vu autant d’étoiles. Encore moins aussi distinctement. Lys les observa amusée. Il y avait probablement plus d’étoiles dans leurs yeux que dans le ciel à cette instant.

- Cette forêt est un royaume sans rois, sans tyrans, dit-elle alors. Elle est là depuis l’origine de la vie, et y restera encore longtemps, temps qu’on la protégera. Il n’y a pas non plus de château fort ni même de vraie couronne. Mais il y a la couronne d’étoiles. Chacun des habitants de cette forêt y est donc sujet, prince et roi à la fois. Ce n’est certes pas votre vrai milieu de vie, mais cela vaut également pour vous deux.

Mira fit un bisou sur la joue de la dryade et se blottit un peu plus contre elle. Lys ne pouvait s’empêcher de lui sourire affectueusement. Les dryades ne pouvait pas avoir d’enfants. Seul la nature décidait de leur venue au monde, et elles naissaient déjà adultes.

Sauf que maintenant elle avait une famille sur laquelle veiller. Ce qu’elle avait recherché durant des siècles.

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