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Notes d'auteur :
Voici ma participation au défi 4 d'AVC3 dont les contraintes étaient les suivantes :
- Une chanson : In the end de Linkin Park
- Une langue morte : le latin
- Un.e artiste : Auguste Rodin et Camille Claudel
- Une science : l'archéologie
- Une époque : Empire Romain
- Un vêtement : un débardeur
- Une ville : Pompéi
devront être mentionnés. L'un de ces sept éléments devra avoir une importance capitale.

- Un personnage devra briller par son absence
- Le texte sera écrit à la troisième personne
- Le texte fera 1000 mots minimum
- Dans la première ou la dernière phrase le mot fin devra apparaître.

Pomp?i
Photo personnelle modifiée par mes soins

Clic. Une nouvelle photo du forum dans la boite. Clac. Voilà le temple de Jupiter immortalisé. Le sourire aux lèvres et les yeux émerveillés, Elsa mitraille tout ce qu’elle voit. Enfin, elle foule les pavés de Pompéi. Depuis le temps qu’elle en rêve. Elle se souvient de ses cours de latin en collège et de sa fascination pour cette cité ensevelie de l’Empire Romain. Puis, l’espoir d’un voyage en Italie trop vite envolé faute de financement. Pompéi attendra.

24 août 2018, Pompéi est toujours là, Elsa est émue d’être enfin ici. Elle se retourne pour observer le Forum sous un autre angle. Les groupes de touristes ne désemplissent pas de l’ancien centre de la vie quotidienne de la ville. Anglais, japonais, espagnol, allemand, français et même des langues qu’elle ne reconnaît pas. Elle observe les vestiges des colonnes qui se dressent de part et d’autre de la place. Elle imagine le travail colossal d’archéologie que cela a demandé pour mettre à jour les 22 hectares visitables aujourd’hui. Elle tente d’esquisser dans sa tête, le Forum, tel qu’il devait être en 79 ap. J.-C. juste avant l’éruption. Très certainement marqué par le tremblement de terre de 62, mais moins endommagé qu’aujourd’hui.

Elle se retourne une nouvelle fois et immortalise le temple de Jupiter avec en arrière plan le Vésuve endormi qui veille depuis tant d’années. Le Vésuve qui observe son chef-d’oeuvre.

- Maman, il fait une chaleur à crever, se plaint la mélodieuse voix d’Ophélie.

Elsa pose les yeux sur sa fille de 15 ans qui tient sa casquette à la main. Oui, il fait chaud, oui, il est difficile de trouver des coins d’ombre à Pompéi. Elle a bien conscience de tout ça, mais ce n’est certainement pas son adolescente de fille qui va lui gâcher ce moment. Son moment avec sa ville.

- Remets ta casquette ma chérie ! lui intime-t-elle.
- J’ai trop une tête de gland avec !
- Tu as le choix entre la tête de gland et l’insolation.

Ophélie bougonne mais repose sa casquette sur sa tête au grand soulagement d’Elsa.

- Maman, on peut aller voir l’amphithéâtre ? quemande son fils Léo.
- On te suit mon chéri, on cherchera un coin là-bas pour s’installer et manger nos sandwichs.

Le jeune garçon de 10 ans ouvre le plan de la ville, ses yeux font des allers-retours entre ce dernier et les différents vestiges des monuments qui se trouvent autour d’eux.

- Il faut aller là-bas, désigne-t-il en pointant un endroit à l’autre extrémité du Forum. Il faut prendre la via dell’ab…bon…danza et tout au bout à droite le vicolo dell’ anfiteatro. Ah ça veut dire amphithéâtre, j’suis sûr !

Elsa ignore les yeux d’Ophélie qui se lèvent vers le ciel et sourit tendrement à son fils.


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Leur pique-nique englouti, ils restent quelques instants allongés sur la pelouse pour se reposer avant de reprendre leur escapade dans l’ancienne cité romaine.

- Maman, pourquoi papa il n’est pas venu avec nous aujourd’hui ? se renseigne Léo.
- Il a beaucoup de travail tu sais mon chéri.
- Il est pas censé être en vacances ? s’étonne Ophélie les écouteurs vissés sur ses oreilles.

Elsa ne répond pas à cette question qui n’en est pas vraiment une. Si Léo est encore trop petit pour percevoir tout ce qui se joue entre ses parents, elle sait que sa fille n’est pas dupe. Elle a perçu les tensions croissantes qui entachent leur séjour. Stanislas ne cesse de se plaindre depuis leur arrivée à Naples. La ville est trop sale, les gens conduisent mal, les Napolitains parlent trop fort. Tout est un prétexte pour geindre.

Et lorsqu’il ne se plaint pas de leur destination de vacances, c’est son travail, trop pénible, trop usant, qui revient sur le devant de la scène. Mais elle, elle ne peut pas comprendre, selon lui, puisqu’elle aime son travail. Elle aime être professeure d’arts plastiques. Elle adore emmener ses élèves au musée pour qu’ils s’inspirent des sculptures d’Auguste Rodin ou de Camille Claudel lors de leur cycle de céramique. Elle aime la spontanéité de ses sixième, un peu moins l’esprit contestataire de ses quatrième, mais elle les aime quand même.

Oui elle adore ses élèves, oui elle aime son métier, oui elle a droit aux vacances scolaires, et tout cela sonne comme un reproche dans la bouche de Stan. Elsa ne retrouve plus le Stan dont elle est tombée amoureuse 17 ans plus tôt. Elle n’en perçoit pas la moindre trace dans cet être aigri et blasé qu’elle croise au quotidien. Ils sont arrivés au bout de quelque chose, elle le sent. Elle le sait. Et ça lui fait mal.

Stan passe son temps au téléphone. Elle se demande encore, comment elle a fait pour le traîner jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle pour qu’il monte dans l’avion avec eux. Employé par un grand cabinet d’avocats parisien il s’occupe de grosses affaires. Quel père de famille fantastique il fait à préférer avoir le nez plongé dans ses dossiers plutôt que de passer du temps avec ses enfants ! Cela ne peut plus durer comme ça !

Et il ose dire qu’il fait cela pour sa famille. Mais ce n’est pas d’un fantôme de père qui les inonde de cadeaux pour se faire pardonner dont leurs enfants ont besoin.

- Tu écoutes quoi ma chérie ? - Tu vas connaître, c’est une vieille chanson !

Ophélie retire l’un de ses écouteurs pour le glisser dans l’oreille de sa mère. « I tried so hard and got so far but in the end it doesn’t even matter I have to fall to lose it all but in the end it doesn’t even matter ». La voix de Chester Bennington résonne dans sa tête. In the end, une chanson vieille de 17 ans en effet. Elle remercie silencieusement sa fille de lui rappeler qu’elle n’est plus toute jeune. Stan était fan de Linkin Park lorsqu’ils s’étaient rencontrés. Ophélie doit certainement tenir sa passion du groupe californien de son père.


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A chaque nouvelle fontaine, Léo s’arrête pour s’asperger d’eau. Il fait tellement chaud que son débardeur a le temps de sécher entre deux points d’eau. Ces derniers sont nombreux dans la via di nola. Elsa se souvient que c’était les seules sources d’eau pour la ville. Elles coulaient en continu, et lorsqu’elles débordaient, l’eau s’écoulait dans les ruelles, emportant sur son passage les détritus abandonnés.

- Maman, comment on dit bonjour, merci et au revoir en latin ? questionne Léo.
- Ce n’est pas ce genre de choses qu’on apprend en latin Léo.
- Mais j’croyais qu’t’avais appris le latin quand t’étais au collège ?
- Hey franchement le gnome, t’es juste débile ou tu l’fais exprès ?
- Ophélie, ton langage !
- Non mais sérieux, il raconte n’importe quoi et j’devrais rien dire ?
- Tu veux vraiment que je te rappelle le nombre d’âneries que tu as pu sortir quand avais son âge ?

Cela a le don de clouer le bec d’Ophélie, ce qui permet à Elsa d’expliquer à son fils que le latin est une langue morte et qu’on ne l’étudie pas de la même façon que l’anglais. Ils longent un énième Thermopolium avant d’emprunter la via consolare pour rejoindre la Villa des Mystères.

Elsa regarde ses enfants et se dit qu’elle est heureuse comme cela avec eux. Elle culpabilise légèrement de se sentir plus heureuse quand Stan n’est pas là dernièrement. Est-ce de sa faute à elle si leur relation semble avoir atteint un point de non retour ? En partie peut-être, mais pas entièrement. Il n’a rien fait non plus pour réduire le fossé qui s’est creusé entre eux au fil des années. Toute conversation est source de quiproquos, d’incompréhensions, mais pourtant une dernière explication s’impose, elle le sait.

Sa relation avec lui est encore plus détruite que la ville qu’elle parcourt. Et ça lui fait mal quand elle y pense. Elle espère simplement qu’Ophélie et Léo se relèveront de tout ça.


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Le 24 août 79, Pompéi vivait ses derniers instants qui la figèrent à tout jamais.

Le 24 août 2018, la visite de Pompéi touche à sa fin pour le trio, tout comme leur séjour en Campanie et les vacances scolaires. Si tout cela rend Elsa un peu triste, c’est une autre fin, proche, qui lui laisse un goût amer dans la bouche.

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