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La musique pulsait dans toute la salle, forte et envoûtante dans l’obscurité. Morceaux populaires, mélodies étrangères, les refrains se fondaient les uns dans les autres dans un mélange déroutant qui représentait bien l’ambiance de cette soirée.
Derrière le bar, ou plutôt la rangée de tables qui faisaient office de, Octave observait la foule de danseurs d’un air détaché. De temps en temps, un étudiant ébréché venait se planter devant lui, une pièce d’un euro dans la main, prêt à s’enfiler sa énième bière de la soirée. Octave le dévisageait alors un instant, avant de soupirer et d’aller leur chercher leur boisson. Peut-être que s’il continuait de ruiner l’ambiance avec sa tête de rabat-joie, ses collègues du BDE accepteraient enfin de désigner quelqu’un d’autre à sa place. Mais compte-tenu des sourires qu’ils affichaient chaque fois qu’il croisait leur regard, quelque chose lui disait que sa misère avait l’effet inverse.
« Hey toi ! »
Ainsi interpelé, Octave n’eut d’autre choix que de se tourner vers le gêneur en question. Ou plutôt gêneuse, dans ce cas.
« Je peux te servir quelque chose ?
- Vous n’avez rien d’autre que cette bière dégueulasse ? demanda la nouvelle venue d’un air ahuri.
- T’as de l’eau aux toilettes, si tu préfères. »
Son interlocutrice leva les yeux au ciel, mais lâcha l’affaire. Allez, une de moins. Encore une petite centaine et il se serait mis à dos chaque personne présente.
Plus tard, alors que ses paupières commençaient à se faire lourdes, l’ambiance dans la salle commença à changer. La musique se fit plus lente, et les étudiants se mirent à abandonner la piste de danse. Pas tous, remarqua cependant Octave, seulement ses camarades de promo. Des étudiants étrangers, eux, s’étaient assis à même le sol pour former un cercle.
Tous ceux-là portaient des bracelets de la même couleur, bleu ciel, ce qui les identifiait comme des élèves de l’école Keiy. A son poignet, Octave portait quant à lui un ruban rouge avec les lettres LIMK inscrites en doré dessus. D’autres étudiants en provenance d’autres pays arborraient des couleurs différentes, mais Keiy était l’école avec laquelle LIMK avait les tissé le lien les plus fort. Chaque année, ces deux écoles s’échangeaient une vingtaine de leurs meilleurs étudiants, afin de favoriser la coopération internationale et le partage culturel.
Ce soir, Octave avait surtout pu voir à quel point des étudiants restaient des étudiants, peu importait leur pays d’origine. Mais c’était sans compter sur cette interruption de milieu de soirée.
Main contre main, paume contre paume, les élèves de Keiy semblaient indifférents à l’attention que leur ronde attirait. Les yeux fermés, chacun semblait marmonner une série d’incantations qui lui était propre.
Au bout d’une minute ou deux, Octave crut discerner une lueur émaner de leurs mains jointes. Il plissa les yeux, et fit un pas en avant, mais les tables devant lui l’empêchait de s’approcher davantage. Il songea à sauter par-dessus, mais l’instant d’après, la lueur avait disparu, comme soufflée. C’est alors qu’un des garçons assis sur la gauche du cercle s’exclama, le doigt pointé devant lui :
« Pam ! Action ou véritée ? »
Après ça, tout le monde dans la salle sembla retrouver ses esprits. Les gens se détournèrent du jeu qui venait de se lancer et reprirent leurs conversations comme si de rien n’était.
Octave, quant à lui, refusait de lâcher le cercle des yeux. Que venait-il de se passer ?
« La magie des contrats, énonca alors quelqu’un sur sa droite.
- Pardon ? »
La jeune fille qui avait parlé se tourna vers lui. A son poignet était noué un ruban bleu. Keiy. A quelques mètres de là, la dénommée Pam venait de terminer son gage et désignait une nouvelle cible.
« Tu ne sais pas ce qu’est la magie des contrats ? reprit-elle, perplexe.
- Si, si, bien sûr que si, s’empressa-t-il de répondre.
- Alors où est le problème ?
- Je pensais simplement que…
- Mmmh ?
- Je ne pensais pas que vous utiliseriez ce type de magie aussi librement, admit Octave.
- Tu pensais que seuls les businessmen et politiques y étaient autorisés ? raya la jeune Keiy, clairement moqueuse.
- Pas forcément, mais pour un Action ou Vérité ? Sérieusement ?
- Tu trouves ça ridicule ? As-tu déjà participé à une partie ?
- J’ai déjà été spectateur et c’était…
- Donc tu n’as jamais joué, le coupa-t-elle.
- Ça change quelque chose ? Ce n’est qu’un jeu ridicule où chacun raconte et fait des choses embarrassantes pour amuser la galerie.
- Et tu ne vois pas ce qu’un contrat pourrait à voir là-dedans ?
- Ils veulent s’assurer que personne ne mente ?
- Ça en fait partie, mais ce n’est pas la seule raison. Ce genre de jeu repose sur la pression sociale, sur ce que tu es prêt à renoncer, à vendre, en échange de l’acceptation du groupe.
- Tu es sûre que tu ne vas pas chercher trop loin ?
- Ha ! T’es bien un LINK…
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Chez vous pour réussir il vous suffit d’avoir des bonnes notes. Vous avez des devoirs et des projets qui vous aident à développer des compétences, et les notes que vous obtenez sont un signal pour vos futurs employeurs que vous maîtrisez le sujet. Chez nous, c’est plus compliqué, les notes ne suffisent pas. Il faut connaître les bonnes personnes aux bons endroits, repérer les bonnes occasions car sinon on n’a aucune chance.
- « Plus compliqué », bien sûr…
- Tout commence par ce genre de jeu. Ils sont en train de se tester mutuellement, de voir jusqu’où ils peuvent aller, qui ils peuvent duper…
- Je croyais qu’ils ne pouvaient pas mentir ?
- C’est là que tu as tout faux.
- Je ne comprends pas.
- Ils mentent. Tous. Peut-être pas tout le temps, mais le plus souvent possible. Tu penses qu’on peut survivre dans ce bas-monde quand on ne sait pas mentir ?
- Mais à quoi ça sert alors, s’ils ne font que mentir ?
- Parce que rares sont ceux qui peuvent reconnaître le mensonge. A chaque nouvelle Vérité, c’est à qui saura reconnaître le mensonge, et parmi eux, qui le révèlera. Si tu sais que quelqu’un a menti, vas-tu le dénoncer au groupe, ou garder cela pour toi ? C’est là que le contrat intervient.
- Pour t’obliger à dénoncer ?
- Obliger ? Et puis quoi encore… Le contrat est là pour enregistrer la faveur que tu devras à la personne qui a gardé ton secret.
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