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Notes d'auteur :

Citation : Victor Hugo dans ‘Mille chemins, un seul but' : ‘aimer, c’est avoir dans les mains un fil pour toutes les épreuves, un flambeau pour tous les chemins, une coupe pour tous les fleuves !’.

 

Alaric observait son tatouage dans le reflet du miroir en pied tout en affleurant du bout des doigts le contour du chiffre 13. Deux décennies à rechercher une personne avait épuisé sa patience. Ambre lui manquait terriblement et constater que son tatouage perdait progressivement son opacité le rendait fou de colère.

Les siècles qu’ils avaient passés en couple lui garantissait que la magie soit encore active quelques années mais l’idée même que le chiffre représentant Ambre au sein du clan soit en voie de disparition lui était insupportable.

Ce tatouage était la preuve de son lien avec sa moitié. Aussi longtemps qu'il porterait ce symbole, Ambre serait capable de venir le chercher dès le premier jour de sa prochaine réincarnation. Et lorsqu’ils étaient ensemble, le tatouage revêtait le même symbole qu’une alliance.

Alaric désespérait de contempler de nouveau le visage d'Ambre, certain que son apparence serait inchangée au moment de cette prochaine rencontre. Le numéro 13 était l’unique immortel au sens traditionnel du terme suivant la loi de l’équilibre, un gain contre un sacrifice.

Ambre n’avait pas gagné la capacité de se réincarner comme les 12 autres membres du clan mais la possibilité de les retrouver à travers le monde entier en échange de l’impossibilité de se reposer.

Les premiers siècles, ils avaient caché le numéro 13 mais le temps passant et le nombre de menaces diminuant, le clan avait relâché sa surveillance. Alaric avait alors commencé à voyager afin de participer à la fructification des affaires commerciales du clan.

L’homme n’avait alors pas compris qu’il mettait son union en péril, sa moitié chérissait sa petite vie casanière et sa patrie natale, la France.

Certains d’entre eux associaient le départ d’Ambre à de la désertion. La vérité était différente, c’était lui le déserteur. Alaric avait oublié de plus en plus souvent de revenir à la maison.

Et il ne lui restait plus que des souvenirs. Depuis des années, il rêvait que de pouvoir déguster de nouveau les petits plats d’Ambre, d’entendre son rire et de sentir son corps sous ses doigts.

Parfois, la nuit, il rêvait de sa première vie, de ces fois où il introduisait Ambre sous sa tente de soldat malgré l’interdiction de laisser entrer des civils dans le campement.

L’histoire entière était sa faute, la sorcière l’avait repéré et désiré pendant l’une de ses rondes dans le château de son seigneur. Devant ses refus répétés, elle avait l’avait asservi de force au cours d’une rencontre dans un village, entraînant onze personnes présentes par hasard ce jour-là en plus d’Ambre.

Alaric avait continué de lui résister même après l’enchantement, la magie de la sorcière avait ses limites, elle ne pouvait pas se passer de son consentement. Pendant des siècles, ils avaient été sa milice privée, avant qu’Ambre ne réussisse à détruire l’emprise qu’elle détenait sur eux.

Alaric revint à la réalité et se détourna du miroir lorsque son estomac se rebella une nouvelle fois. Alaric pouvait encore sentir le goût de ce plat japonais qu’il avait avalé au cours du dîner.

L’ancien soldat se dirigea vers son sac afin de pouvoir extraire un bonbon, le goût de la confiserie l’aidant à oublier sa brûlure d’estomac. Un frisson le traversa au moment où il remonta la fermeture éclair, attirant son attention vers la fenêtre.

Après s’être approché, il constata qu’elle était légèrement ouverte. Alaric scruta alors le jardin et surveilla plus particulièrement l’oiseau qu’il pouvait voir voler. Lui, au contraire, se sentait comme un oiseau en cage depuis la disparation d’Ambre. L’ex-soldat observait les rayures de l’épervier japonais lorsqu’il entendit un bruit.

Il ouvrit entièrement la fenêtre avant de se pencher, Glenn se tenait sous sa fenêtre, le frère d’Ambre semblant déambuler dans les allées du jardin. Alaric pensa alors à la réflexion de son compagnon de voyage. Effectivement, son anniversaire de mariage approchait.

L’ancien soldat se souvenait parfaitement de chacune de ces cérémonies. Retrouver la mémoire de toutes ses vies à chaque renaissance était réellement un trésor. Sans elle, il ne pourrait pas revenir complètement à chaque renaissance. Et c’était de nouveau grâce à Ambre qui sacrifiait à chaque fois une partie de sa propre mémoire en échange de ce gain.

De ces cérémonies, il se remémorait le sourire de sa moitié tandis qu’il avançait sur le sentier, chaque fois dans un corps différent tandis qu’Ambre demeurait identique.

Il y avait également le son provenant de la cascade, l’odeur parfumée des glaïeuls d’eau et la douceur de l’herbe sous ses pieds nus. Sur son assiette, il trouvait toujours une petite note d’Ambre contenant la même citation de Victor Hugo : ‘aimer, c’est avoir dans les mains un fil pour toutes les épreuves, un flambeau pour tous les chemins, une coupe pour tous les fleuves !’. C’était à chaque fois un merveilleux rappel qu’Ambre avait bien l’intention de venir le chercher dans sa prochaine vie.

Alaric vivait dans son corps actuel depuis quarante ans. Il voyait parfois ses parents qui avaient donné naissance à sa réincarnation actuelle, cependant sa fidélité allait à son clan, le lien avec sa famille de naissance étant par conséquent ténu.

Sur ses vingt-deux années de mariage, il n’avait connu Ambre qu’uniquement deux petites années. Il avait réellement déserté son foyer, se reposant sur ses souvenirs pour soutenir sa vie amoureuse. C’était sa plus grande erreur depuis sa rencontre avec la sorcière.

Alaric inspira avant d'expirer afin de revenir pour la deuxième fois de la soirée à la réalité, déçu de ne rien sentir ni de rien entendre de spécial mais certain qu’il n’arrêterait jamais les recherches.

 

 

 

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