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Notes d'auteur :
Le marquis invisible.
Le portrait fatal.
Une infâme adorée.
Les enseignements d'un monstre.
Le monde sous-marin.
Une ville dans une ville.
Le déserteur.
Bonus : LA LICORNE d'Extraa


Le poète Charles Baudelaire a laissé des « plans et projets de romans et nouvelles » qu’il n’a malheureusement pas pu écrire avant de mourir. Aidez Monsieur Baudelaire à sécher ses larmes et réalisez pour lui un de ses plans secrets !

- Votre nouvelle devra avoir comme titre l'un des projets ci-dessus, et s'en inspirer.
- Vous devrez insérer dans votre texte une citation d'un auteur contemporain de Baudelaire Merci de bien noter la référence (oeuvre, auteur, etc.) en note de fin ou dans votre note d'auteur.
- Votre texte comprendra au moins une référence à un oiseau.
- Votre texte devra contenir CINQ mots par sens, soit 5 mots pour l'odorat, 5 mots pour l' ouïe etc. Cinq sens, cinq mots donc 25 mots. Merci de mettre en évidence les 25 mots choisis (gras, soulignés) !
- Contrainte de mots : 800 mots minimum


J'ai choisi le poème, "Colloque Sentimental", de Paul Verlaine, du recueil "Fêtes galantes".
Le château n’avait rien d’accueillant, et le temps grisâtre à l’odeur de pluie annonciateur de tourmente ne le rendait qu’un peu plus sinistre.
Les petites bottines à talons d’Agathe claquaient contre la pierre, résonnant dans les couloirs vides de touristes en ce mois glacial de février. De légers nuages de buée sortaient de ses lèvres à chacune de ses respirations et ses bras étaient résolument serrés autour de son torse dans une piètre tentative pour se réchauffer.
Elle ne savait quelle mouche l’avait piquée de visiter cet endroit. Sa voiture était passée en contrebas de la colline et sans même y réfléchir elle avait ordonné au cocher de l’y conduire. Elle déambulait désormais seule de pièce en pièce, l’atmosphère devenant de plus en plus lugubre à mesure que le ciel s’assombrissait. Elle ne sursauta pas lorsque le grondement du tonnerre retentit, faisant brusquement s’envoler une nuée d’oisillons nichant sous les combles. Mais les poils de ses bras se hérissèrent lorsqu’une longue complainte s’éleva dans son dos.

« Il se peut que vous entendiez des voix » avait dit l’homme installé au guichet, « ce château est réputé pour être hanté par l’un de ses derniers propriétaires, le Marquis de Bouchet-Valgrand, on raconte qu’il attend désespérément le retour de sa fiancée, enlevée la veille de leurs noces. »

Mais il n’y avait rien derrière elle, juste une vielle porte qui grinçait un peu à cause du vent. Elle la poussa par curiosité et entra dans ce qui devait être un ancien boudoir ou un petit salon. L’odeur de renfermé et les émanations de poussière lui piquant la gorge indiquaient que la salle n’avait pas pour habitude d’être ouverte au public.


« Leonor… »


Agathe se figea et tenta de discerner d’où venaient les mots, certaine de ne pas les avoir rêvé. Elle n’avait jamais cru aux fantômes, à vrai dire, elle n’avait jamais vraiment prit le temps de réfléchir à la question, mais peut-être que cette histoire de marquis éploré avait un fond de vérité. Elle écarquilla subitement les yeux. Au fond de la petite pièce, prenant presque la totalité du mur, le portrait d’une femme souriante et élégamment vêtue semblait la dévisager.


« Te souvient-il de notre extase ancienne ? »*


Son coeur accéléra et elle fit un tour sur elle-même pour constater que la pièce était bel et bien vide, puis posa à nouveau le regard sur le visage de la femme. Son visage. Le même ourlet de la bouche, les mêmes sourcils arqués, les mêmes boucles blondes semblables à celles d’une poupée. Tous leurs traits étaient parfaitement semblables, se dit-elle en effleurant sa joue. Un miroir n’aurait pu reproduire son image avec une plus grande perfection.
Un écriteau était encadré sous verre à côté du tableau et elle s’approcha.


« A Léonor, la plus douce des promises.
Avec toute mon affection,
Charles »



« Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? »*



Cette fois Agathe distingua clairement une forme translucide dans un coin de la pièce, et fit quelques pas en arrière en tournant la tête vers le portrait.


- Je… je ne suis pas elle, bégaya-t-elle, je suis désolée, ce n’est pas moi.


L’orage éclata pour de bon au dehors, et une pluie diluvienne vint frapper les carreaux de l’unique fenêtre.


« Leonor… »


Un éclair illumina un instant la pièce d’un éclat blafard, et Agathe remarqua que la forme avait changé de place et semblait se rapprocher d’elle. Elle eut un petit cri de stupeur et ses mains tâtonnèrent derrière elle afin de trouver la poignée de la porte, mais seule la texture rêche de la tapisserie mangée aux mites se faisait sentir sous ses doigts.


« Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignons nos bouches ! »
*


La poignée s’abaissa brutalement et elle manqua de perdre l’équilibre en se ruant dehors. Un goût de sang lui envahit la bouche lorsqu’elle se mordit la langue en trébuchant. Elle dévala les escaliers, manquant à plusieurs reprises de se prendre les pieds dans sa robe, et ne pensa même pas à rabattre la capuche de son grand manteau lorsqu’elle émergea enfin sous la pluie battante, inspirant simplement une grande goulée d’air chariant des effluves de terre mouillée.


- Gustave ! Gustave ! hurla-t-elle à l'attention de son cocher, je veux partir d’ici, ramenez-moi à Paris immédiatement !


Elle ne remarqua pas la silhouette, flottant parmi les courants d’air, derrière la fenêtre du petit salon au portrait.


« L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. »*
Note de fin de chapitre:
Les astérisques correspondent aux vers du poème.
Merci beaucoup d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un commentaire, même si ce n'est que quelques mots ça fait toujours très plaisir !
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