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Lancer par-dessus bord le corps du répugnant homme-lézard qui transportait le doigt de Kaïsha avait été une formalité réconfortante pour Yurlh. En plus, cela avait eu la vertu de lui détendre les muscles, trop congestionnés dans la même position à ramer. Il fallait montrer, à ces sales tortionnaires, qui étaient les maîtres. C’était là la leçon de Korshac. Et, à en croire les gueules égarées sur le pont, elle ne semblait pas avoir porté ses fruits.


Qu’à cela ne tienne, Yurlh était bien décidé à leur faire comprendre même s’il devait les fracasser tous, un par un. Après tout, pourquoi Korshac l’emmenait-il avec lui, sachant ce qu’il avait fait subir à l’agilis dans la taverne de la mère poilue ? La réponse résidait en ses poings serrés. Yurlh en était convaincu.


Il suivit le capitaine, juste derrière ses épaules, seule barrière à sa sauvagerie sanguinaire qui n’attendait qu’une seule chose pour se déchaîner. À chaque face de lézard qu’il croisait, Yurlh les foudroyait du regard. À leur attitude désinvolte, les sales bêtes ne semblaient pas comprendre qu’ils jouaient, en ce moment même, leur vie. Mais pour l’instant, Korshac menait la marche et, en aucun cas, Yurlh ne souhaitait, à nouveau, l’entendre lui crier dessus, comme dans la taverne, après avoir brisé le messager.


Alors, derrière son casque de fer, à l’abri des rayons trop lumineux du soleil qui toujours l’incommodaient, Yurlh se retenait de leur retourner la tête. Qu’étaient-ils tous sinon de trapus êtres écailleux qui, à voir la taille de leur ventre, ne devaient pas si souvent se battre ?


À l’entrée, dans la grotte aux murs blancs, les lézards guerriers avaient, derrière eux, d’impressionnantes barres à pointes, des armes à deux mains avec, en leur extrémité, une longueur de métal hérissée de pointes, à en faire pâlir un orkaim. Yurlh n’en fut aucunement perturbé. Il la voyait plutôt entre ses mains, écrasant la tête, faisant voler les dents pointues des deux hommes-lézards jouant aux osselets.


Après l’escalier, mal adapté au combat, il fut rassuré d’arriver dans un couloir sombre où ses pupilles pouvaient à nouveau s’agrandir pour en contempler tous les détails. Il vit encore deux komodors ici, trop distraits à mettre leurs pattes griffues entre les seins d’esclaves.


Avançant dans la salle aux puits de lumière, les notes de la corne firent ressurgir, l’espace d’un instant, des sons enfouis dans sa mémoire, ressemblant à l’olifant joué de son village natal. Le visage de sa mère, qui maintenant avait les traits de la femme-araignée, le rendit distrait un instant de sa colère, jusqu’au moment où il la vit là, assise à quatre pattes, à la manière d’une chienne. Tremblante de fatigue et de douleur, Kaïsha semblait si faible devant la crapule allongée de tout son long qui avait l’audace de sourire.


Ses poings se serrèrent à en faire craquer ses phalanges. Tout son buste se raidit pour bientôt exploser, mais Korshac lui attrapa les épaules et, pour freiner ses ardeurs, l’installa juste derrière lui. Yurlh comprit qu’il fallait se contenir. Le maître n’avait pas encore sonné l’hallali. Bien au contraire, il lui demandait d’attendre.


À en croire la disposition de la couche, la grosse bête au ventre coulant de graisse devait être le maître des lieux. Il débuta de parler. Même si elles lui étaient incompréhensibles, les paroles de Baba Yorgos semblaient captiver l’attention de sa cour de fainéants. Pour Yurlh, les paroles, sortant de la bouche de l’énorme homme-lézard, n’avaient de signification que l’odeur méphitique qui l’accompagnait. Cette créature sentait les égouts d’Ildebée. Et comme toutes celles qu’il y avait rencontrées, Baba Yorgos devrait souffrir d’avoir amputé d’un doigt son amie. 


Mais encore et toujours, les épaules de Korshac lui rappelèrent où sa place était. Même quand un frêle agilis rit sur ses oreillers de soie, Yurlh qui, à ce moment, eut l’envie de détendre son poing dessus, reprit de se concentrer sur celui où toute sa rage devait se déchaîner.


Et là, vinrent les mots qu’il attendait. Korshac était bien de son avis. Il n’était nullement question de pardonner. Mais dans l’esprit de Yurlh, Faire des excuses avait une tout autre couleur que celle de simples mots. Alors, le capitaine s’assit par terre en tailleur, offrant une totale liberté d’assaut sur la cible. Yurlh, avant de céder à ses pulsions, croisa le regard de Kaïsha, cerné de larmes, avec au fond des yeux, la même soif de faire payer à la brute, le supplice qu’elle avait enduré. Il n’en fallut pas plus pour commander aux derniers nerfs qui l’inhibaient de capituler.


Dans un élan farouche, Yurlh prit appui pour sauter par-dessus Kaïsha, dans l’unique but de frapper, de tout son poids, la grande gueule du maître du clan des dragons de feu. Ses deux poings s’abattirent en même temps dessus, faisant craquer la mâchoire, pourtant solide, de l’homme-lézard. Son genou s’enfonça dans la poitrine épaisse, lui faisant recracher la moitié de serpent à peine avalée.


Tous, dans la salle, restèrent figés, comme si le temps venait de s’arrêter, devant cette impensable attaque. Après deux coups terriblement violents qu’il encaissa, l’un dans l’œil et l’autre sous la bouche, Baba Yorgos parvint, de son bras gauche, à repousser l’audacieux orkaim. Et soudainement, il se releva avec une aisance surprenante au vu des dizaines de kilos de chair pendante qui l’enrobaient. 


– Arrière, arrière ! cria Baba en direction des deux costauds qui, dans l’ombre, avançaient, armés de sabres du désert.


C’étaient deux gardes que Yurlh avait discernés lui aussi et dont il attendait l’assaut pour dérober l’arme.


– C’est entre lui et moi, puisque Korshac se sent trop vieux pour se battre, ajouta Baba pour reprendre son personnage d’arène.


Il était debout, les deux bras couverts d’écailles en avant, faisant mine à son adversaire de venir l’embrasser. Yurlh ne lui aurait pas laissé placer un seul mot s’il n’avait pas compris le sens. 


– D’abord, j’vais tellement éclater ta gueule, qu’ensuite, tu me supplieras de te tuer, ajouta-t-il, avec une dent qui pendait d’avoir été décrochée par les précédents coups du barbare.


Yurlh, déjà, n’écoutait plus. Il observait les points d’appui de son adversaire, cherchant la faille dans cet être, dont les muscles, visiblement existants, étaient cachés par la graisse. Baba Yorgos, gladiateur émérite en son temps, guettait, lui aussi, le point faible dont il avait fort peine, dans le colosse, à déceler. Alors, pour gagner du temps, il reprit de parler, espérant par la colère, le pousser à la faute.


– Et après, ce sera la panthère que j’vais…


Mais Yurlh, dont la force était de sublimer l’énervement en adrénaline de combat, fonça pour lui asséner un coup de poing dans les côtes, visant à lui couper le souffle. Encore une fois, la graisse amortit le choc et Baba lui attrapa les deux bras.


Yurlh chercha à le faire basculer en arrière, mais sa longue queue de lézard, Baba s’en servait comme d’une troisième jambe, rendant impossible une telle manœuvre. La tentative de l’orkaim se solda par l’échec, ce qui donna à Baba l’opportunité de contre-attaquer.


À son tour, il chercha à le faire tomber. Mais, sentant sa force inférieure à celle du barbare, Baba Yorgos avança, espérant que son poids de vénérable goinfre ait raison de l’équilibre du jeune étalon.


Yurlh, surpris, ne put que reculer, voyant que le gros tas d’écailles et de graisse risquait de l’écraser au sol. Et, au lieu de tenter de freiner la charge, il l’accentua en accélérant et s’affaissa en roulant sur son dos, forçant de tous ses muscles pour soulever, avec les jambes, la masse graisseuse de maître Baba.


Le komodor se perçut d’abord aussi léger qu’un volatile, passant par-dessus l’orkaim, dont les grimaces d’effort ne correspondaient pas à la sensation de légèreté que lui éprouvait. Puis, il entendit craquer et se briser, sous son poids, divers os qui ne devaient pas être que les siens. En effet, il venait de s’écraser sur un de ses officiers, l’agilis qui, juste avant, avait ri des menaces du capitaine. 


Mais, une fois à terre, quelque chose d’autrement plus douloureux tira sur son épaule. Dans la chute, le barbare avait pris soin de maintenir, dans l’étau de son poing, le poignet de l’homme-lézard. Se relevant, l’orkaim amena le membre du zèlrayd dans son dos, dans une clef de bras fort douloureuse qui tirait sur les ligaments à les faire se déchirer. La main griffue de Baba se crispa, tellement la souffrance qu’il subissait dépassait les limites du supportable.


Yurlh, qui sortait vainqueur du corps à corps, n’en avait pourtant pas terminé avec les fluides qui coulaient dans ses veines. Il saisit, entre ses crocs de carnassier, le majeur de Baba Yorgos, et alors qu’il allait le sectionner, entendit Korshac crier  :


– Cesse ! C’en est terminé ! Tu as gagné !


Korshac s’était relevé, les poings tendus en V, expliquant, en langue de gladiateur, à tous autour, que leur maître en avait un autre dans la salle.


Mais quand on a été élevé comme une bête sauvage, il est difficile, sous un voile de haine, de reconnaître son maître. Yurlh arracha le doigt en remuant sa tête, comme une hyène affamée, et devant tous, sous ses dents puissantes, écrasa les petits os pour les faire disparaitre dans son gosier, accompagné d’un son de gorge retentissant.

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