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Au matin, alors que les rayons du soleil éclairaient les parois calcaires à tribord, reflétant sa lumière sur le fleuve devenu plus étroit, Korshac qui n’avait pas dormi de la nuit, scrutait, toujours et encore, l’horizon au moyen de sa longue-vue. La silhouette, qu’il avait vue poindre aux premières lueurs du jour, avait maintenant des allures de galère. Même s’il n’en était pas sûr, au fond de son âme, il espérait que ce soit la cage de son félin amour.

– Navire toujours en vue, capitaine ? demanda Narwal, en lui portant un bol de soupe et un morceau de pain frais qu’il avait préparé pour l’équipage.

Korshac opina du chef, avec le rictus déterminé de prendre sa vengeance.

– La coque tient bon. On écope à deux seaux, mais faudra penser à la mettre en cale sèche… continua Narwal en mordant à pleines dents dans le pain encore moelleux.

– T’as eu le temps d’en acheter à Taranthérunis ? le félicita Korshac.

Les miches, pour sûr, redonnaient à tous la volonté bienvenue après une nuit sur la brèche.

– Les hommes fatiguent. Un peu de repos ne serait pas de trop, si vous voyez ce que j’veux dire… en profita Narwal, après le compliment qu’il avait eu.

Mais Korshac, l’œil derrière la longue-vue, venait d’apercevoir un détail qui le conforta dans ses espoirs. Le reflet d’un verre, rencontrant le soleil, confirmait que le capitaine de la galère poursuivie l’observait.

– T’as fait l’erreur de ta vie, mon ami, murmura Korshac, tout juste assez fort pour que Narwal reprenne de se gratter les squames entre les deux yeux.

Korshac abaissa son outil de laiton et de verre pour parler avec son ton grave, dont personne n’allait discuter les ordres. 

– On redouble la cadence. Ennemi en vue !

Il fallait en avoir dans les bras pour ainsi ramer toute une nuit, après une journée à œuvrer sur la mer. La force des galériens résidait dans la cohésion d’équipe. Il suffisait que l’un d’eux démontre de l’enthousiasme pour faire oublier la fatigue aux autres. Korshac le savait bien. Et quand il donna l’ordre de reprendre à ramer plus fort encore, toutes ses paroles partaient en direction du seul qui partageait, comme lui, le désir de retrouver Kaïsha. Car pour l’heure, Yurlh était son allié. Et, à le voir aussitôt souquer comme un brave, son calcul était bien joué. La machine aux soixante-six pistons se remit à gronder. Et à chaque fois que le capitaine replongeait ses yeux dans sa longue-vue, c’était pour en contempler l’écart qui se réduisait.

– J’arrive, Kaïsha. J’vais te sortir de leurs sales pattes crochues, marmonnait lentement Korshac, la façon qu’il affectionnait pour savourer ses mots.

Les falaises devenaient des escarpements de plus faible hauteur, signe qu’ils ne tarderaient pas à arriver à la cité d’Osestrah, la porte du désert. Le visage balayé par le vent chaud qui s’engouffrait jusqu’à la rivière, Korshac s’étonna de voir disparaitre, sous ses yeux, la cible qu’il poursuivait. Il était impossible qu’ils s’évaporent ainsi. Était-ce le fruit d’un mirage ? Fronçant un peu plus ses sourcils noirs et velus, Korshac résista à l’envie de se résoudre à cette conclusion farfelue. L’explication n’était qu’à quelques encablures. Le capitaine fit signe à Narwal de ralentir la cadence afin de ne pas dépasser ce qu’il pensait être une cache située dans la paroi à bâbord. 

La petite galère venait de passer près d’être abordée par la Squale. Arrivé sur les lieux où Korshac supposait l’existence d’une grotte, il découvrit une fente naturelle, un défilé, où seul un navire pouvait passer de front. Même si l’endroit était parfait pour une embuscade, Korshac décida de s’y enfoncer.

L’homme-lézard qui gisait encore sur le pont, ne les avait-il pas invités ? Les craintes furent de courte durée puisqu’ils débouchèrent sur un grand cirque où les parois blanches reflétaient les rayons du soleil, sur une végétation, qui au regard de sa géométrie, n’était autre que des plantations. Devant, un port de fortune habillait les contours d’une crique aux eaux turquoise.

Sur les pontons, un comité d’accueil de zèlrayds armés ne laissait présager rien de moins que la fin des hostilités. Korshac, les dénombrant, se convint de ravaler sa vengeance. Le clan des dragons de feu avait gagné de rencontrer le Grand Blanc. Alors plutôt que d’arriver dépité, debout sur sa proue, il décida de se poser en conquérant. Les avirons furent levés, une fois la galère amarrée au pont. De tous les galériens, on entendait la plainte et le soulagement. Seul l’un d’eux ne renâclait pas de fatigue, mais plutôt d’énervement.

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