Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

L’ascension avait débuté et heureusement pour Kaïsha, la galerie avait de la largeur et suffisamment de hauteur pour qu’elle ne se sente pas trop oppressée. Toutefois, plus elle s’y enfonçait et plus elle serrait la main de Korshac qui prenait ce geste pour de l’affection.


 Le cortège était éclairé, devant et derrière, par des torches en possession des gardes rouges. Les marches n’étaient pas très hautes, mais profondes, nécessitant parfois deux pas pour arriver à la suivante. L’air, passant de bas en haut, ventilait les embruns salés, asséchant les marches et les murs, laissant parfois des dessins blanchâtres sur la roche noire et rugueuse.


Tout le monde montait d’un bon pas quand Kaïsha sentit la laisse se tendre, signe que le barbare commençait à peiner. Elle tira dessus, à la manière d’un maître sur son âne, pour le faire avancer. Yurlh ne dit mot et souffla plus fort, comme pour puiser en lui et se forcer à accélérer. Cela ne dura qu’une vingtaine de marches, les cent kilos d’herbe eurent vite raison de ses derniers efforts.


– Allez… avance, lui cria-t-elle en se retournant.


L’amour est comme un équilibriste entre l’euphorie et la haine, se disait Kwo, voyant son ami couvert de sueur, affrontant celle, qui ce soir, avait décidé de porter l’habit du bourreau.


– Il n’a mangé que des demi-portions depuis dix jours, lança Kwo, dans l’espoir d’un retour à la pitié de la panthérès.


D’abord, il vit, dans ses yeux marron clair, l’éclair du feu de la colère qu’elle nourrissait depuis plusieurs jours. Kwo ne sut pas ce qui la fit soudain se calmer. Était-ce la nuit tous deux ensemble à le chercher qui avait créé une complicité ? Ou peut-être le simple fait qu’il soit revenu avec l’orkaim, comme convenu ? Quoi qu’il en soit, elle lui tendit la laisse et pour ne pas perdre la face devant Korshac, ajouta :


– Si tu crois faire mieux, occupe-t’en. Je ne vais pas m’éterniser ici !


Kwo saisit la laisse et observa une pause. Étrangement, Yurlh ne posa pas la caisse, comme si elle n’était pas le poids le plus lourd à porter. Le sarénor, le soldat, Korshac et Kaïsha continuèrent de grimper, car ils n’en étaient même pas arrivés au tiers de l’escalier. Restèrent derrière Kwo et Yurlh, suivis de deux soldats dont l’un portait une torche.


– Pose la caisse et reprends ton souffle. On va la porter à deux, lui dit Kwo en lui mimant des bras ce qu’il venait de dire.


Yurlh tourna la tête, mais ne répondit pas. Il réfléchissait d’où pouvait bien venir cet affaiblissement soudain. Son corps, contrairement à son habitude, ne répondait pas à l’effort qu’il lui demandait. Quelque chose de plus gourmand que cet escalier aspirait sa force.


– On n’a pas toute la nuit. Allez, on remonte, parla, avec une voix portante, l’un des deux gardes.


Et puis, la seconde, celle qui portait la torche, ajouta des paroles qui restèrent dans l’oreille de Kwo.


– Ici ou là-haut, le résultat sera le même.


Enfin, Yurlh reprit la montée des marches, toujours encombré de son lourd fardeau. Kwo tenait, quant à lui, la laisse, mais son souci s’était déporté de la fatigue de Yurlh vers les gestes des gardes. Plus ils foulaient de marches et plus Yurlh était gagné par la lenteur. Kwo n’en était que moins rassuré, car si les soldats nourrissaient de noirs desseins à leur égard, Yurlh ne serait nullement en état de combattre. Et lui, avec pour seule armure sa chemise jaune et comme arme la laisse, son sort était déjà scellé. Quand ils entendirent, provenant de plus loin là-haut, comme une porte grinçante se fermer, ses sens commencèrent à faire battre son cœur de nervosité.

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.