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La bataille faisait rage. Les heurts de métal s’unissaient aux râles des mourants. À chaque fois qu’un Hurleur tombait, les Conquérants criaient haut l’exploit. Dans le ciel, sa mantias en vol, le méphénor suivait de près l’évolution des combats. Voyant le fleuron de l’armée de l’Empire ainsi livré en pâture aux Conquérants, il enrageait de cette sotte décision.


Et pourtant, ils n’étaient que cent-onze et avaient déjà fait des ravages dans les armées adverses. Le méphénor vit un autre des colosses d’acier tomber. Alors, il ne tint plus et retourna à la Coupole des Trilunes auprès du Magnus Kéol. Ce dernier était toujours en compagnie de Chèl Mosasteh, le devin impérial, qui avait aujourd’hui plus de pouvoir que lui. 


La mantias agrippa avec ses tarses les madriers de bois et s’ancra à la tour, au bord du balcon. Le Magnus Kéol, qui était absorbé par la bataille, fut surpris de la soudaine arrivée du méphénor. Quant au devin, il avait cette fâcheuse habitude de toujours s’y attendre.


– C’est un moment décisif, Khalaman. On peut encore infliger une défaite cuisante et sauver les Hurleurs.


– C’est bien parce que nous sommes entre nous que je tolère ces familiarités, Trakémis ! déclama haut et fort le Magnus Kéol. 


Le devin avait ce recul, de faire mine de rien, de ne laisser échapper aucune expression de son visage, ne voulant s’attirer les foudres de personne. Mais, ce visage de marbre, vieux et fripé, Trakémis Erestha le toisait d’entre la visière de son heaume. Car tout ce massacre, qui se perpétrait cette nuit, était le résultat de ses seules manipulations. 


– Regardez, ils tombent les uns après les autres. Le nombre, c’est le nombre qui les submerge.


– Les uns après les autres… Qui sera encore debout dominant ce charnier luisant de sang ? ajouta le Magnus Kéol, les yeux brillants d’excitation.


– Une volée de flèches semi-lestées ne transpercerait pas les harnois lourds des Hurleurs, mais ferait de nombreuses victimes chez nos ennemis. Nous l’avons déjà pratiquée ! 


– NON ! Comment dois-je vous le dire ? Cette nuit est la dernière des Hurleurs. Il va falloir vous y faire.


– C’est absurde, insensé, rétorqua le méphénor.


– Oh que si, ça a un sens… Oh que si, ajouta le Magnus Kéol en croisant le regard de Chèl Mosasteh toujours muet.


– La victoire, nous passons à côté de la victoire. Des mouvements de renforts ont été repérés dans les terres du Ventre de Gaslog. Il faut ce soir les exterminer et couper court à toute envie de nous assiéger. Qui sait combien de troupes arriveront les prochains jours ? continuait le méphénor.


– Je le sais moi. Et prochainement, nous annoncerons des négociations de paix.


– Vous rêvez. Les Conquérants ont repris quatre des cités de notre jeune empire. Ils ne s’arrêteront pas là, pas si près des portes d’Ildebée ! Leurs armées sont encore nombreuses. Peut-être des dizaines de milliers d’hommes avancent pour demain nous écraser. Et, sans les Hurleurs, nous…


– Il suffit ! Quand le regard d’un homme croise celui d’un dieu, il faut savoir faire quelques sacrifices, déclama l’empereur.


À ces derniers mots, le méphénor ne put répondre. Il était consterné par ce qu’il entendait. Le devin avait une complète emprise sur Khalaman et il n’y pouvait plus rien.


– Ce sera selon votre volonté, mon Magnus. Ce soir, les Hurleurs tomberont sous les armes des Conquérants, conclut le méphénor.


– Oui tous, sauf un ! termina Khalaman.

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