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Larlh Vecnys s’était réfugiée tout en haut d’une tour située non loin des portes sud de la cité d’Ildebée, une bâtisse appartenant à sa maîtresse. La tour avait la particularité d’être, en son sommet, surmontée d’une terrasse. De là-haut, elle ne pouvait se soustraire aux bruits de la bataille. Et pourtant, c’était ce qu’elle avait escompté, mais en vain.


Alors, elle se résolut à supporter ce vacarme terrifiant, espérant que les Conquérants soient une bonne fois pour toutes arrêtés aux portes d’Ildebée. S’ils devaient cette nuit être victorieux, le risque était grand qu’ils saccagent la cité. Mais, le vieil homme qu’elle avait croisé dans un lupanar six nuits plus tôt semblait être certain des défenses de l’Empire, ce même vieil homme qui lui avait payé une avance pour un service coûtant fort cher. 


Car Larlh Vecnys n’était pas une commun des mortels. Elle était tout d’abord une femme-araignée, une femme presque en tous points humaine, hormis les six bras qui embellissaient son corps élancé et sublime. Elle portait des soies fines, une sorte de combinaison de voiles habillant son corps par endroit et laissant entrevoir habilement ses courbures, une façon simple, mais particulièrement efficace d’attirer le chaland. 


Entre ses seins et son nombril, était finement tatoué le symbole d’une araignée. Elle coiffait son crâne rasé le plus souvent d’un bijou, une araignée de bronze, dont les pattes retombaient sur les joues. Au-dessus de ses yeux noirs, si l’on s’y attardait, on pouvait discerner six petits yeux ronds comme des billes. 


Tous les atours rappelant les araignées, c’était en l’honneur des Sétèkes, son pays d’origine. Là-bas, on la vénérait comme une princesse. En effet, ses six bras témoignaient du sang pur qui coulait dans ses veines, sinon elle n’en aurait eu que quatre. Mais cela, peu de gens qu’elle croisait, ici, dans les terres du Sud, le savaient. Ils la considéraient comme une keymée, une mi-homme mi-bête et elle s’en contentait. 


Ici, le climat était fort propice à ne porter que des voiles. Ce qui convenait à la couverture qu’on lui avait choisie et qui lui allait à merveille. En effet, la nuit, elle arpentait les alcôves d’un lupanar, nommé Les bulbes de Vérunys, le plus réputé d’Ildebée. Elle s’adonnait aux plaisirs des massages et autres voluptés. De jour, elle ramenait souvent un de ses clients dans la tour, pour lui apposer un souvenir dessiné. Le tatouage, voilà dans quel art Larlh Vecnys excellait. 


Les tatoueurs étaient très répandus dans le Monde des Trilunes. Les plus grands venaient alors des Sétèkes où il était de coutume de porter son histoire sur la peau. Dans cette multitude d’artistes, une infime minorité de femmes y incubait de la sorcellerie et Larlh Vecnys en faisait partie. Elle était une invocatrice de Chaèm, déjà tisseuse du troisième fil. 


Toute petite, on lui avait raconté des quantités d’histoires sur les cités du Sud, sans aucun doute pour déjà l’habituer à ce qui devait devenir son pays adoptif. Mais ce soir, les histoires de conquêtes et de batailles des Conquérants sonnaient bien trop proches à ses oreilles. Bien que magicienne, elle n’était que de chair face à une dague. Aussi, tout en haut de sa tour, après avoir fait barricader les doubles portes d’accès par ses deux esclaves, elle patientait, tremblante, la  fin des hostilités.

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