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Yurlh tenta d’empoigner le collier d’acier attaché à son cou, mais les pointes, dont il était hérissé, lui en empêchèrent. Alors, il saisit la chaîne aux maillons épais. Et, sous les yeux curieux de l’étrange Kaïsha à la voix maternelle, il banda tous ses muscles pour tenter d’écarter un maillon.


– Tu pourrais y arriver si tu avais la volonté de te séparer de moi. 


Mais cette voix et ce corps, c’était ce qu’il connaissait de plus agréable en ce monde. Et aucun des deux ne lui avait fait de mal, au contraire. Sa force l’abandonna alors, sous les yeux connaisseurs de la femme qui le regardait. Rassurée, elle tira sur les draps pour redevenir une ombre chinoise, ondulant sur l’écran tendu entre elle et l’orkaim.


– Tu resteras ici, sagement assis, comme l’enfant que tu es. Peut-être que ce que tu y verras fera de toi un homme.


Yurlh alla s’assoir, obéissant aux paroles de celle qui avait repris, dans son esprit, l’image de sa mère. Même si elle lui inspirait la peur, sa voix restait rassurante à ses oreilles. Mais, le bruit d’un mécanisme qu’on remonte couvrit ses pensées. La chaîne, qui était jusqu’alors distendue, commença à se déplacer au sol, tel un serpent.


Dem, qui avait de suite compris que ce n’était qu’une autre machine actionnée par des mains, suivit des yeux les maillons. Encore assez lâches, ils disparaissaient dans le mur par un trou. Yurlh ne tenta pas de les retenir, toujours sous le charme de son illusoire mère. Demnukys avait saisi tout ce qui se tramait ici-bas. Elle attendit que l’assassine la quitte du regard. Puis, elle chercha alors un objet qui pourrait, en le glissant dans un maillon, bloquer l’inéluctable réduction de liberté de son ami attaché.


Mais, autour de ce grand lit arrondi, entouré de draps sur les quatre côtés, nul meuble portant un bibelot ne pouvait lui venir en aide. Seulement d’autres chaînes sortaient des murs par des trous, elles aussi terminées par un collier d’acier, orné de pointes. Ici, ce n’était en fait qu’une prison où les condamnés attendaient, le cou attaché, la tête collée au mur, à regarder danser la silhouette de leur geôlière.


L’assassine venait de quitter la pièce par un autre couloir que celui emprunté pour entrer. Demnukys, si elle n’avait vu aucun objet au sol pouvant lui venir en aide, avait toutefois une idée.


– Yurlh, va t’assoir contre la colonne. 


Le barbare la regarda, étonné par sa demande. À chaque fois qu’elle lui parlait, il reprenait un peu pied dans la réalité, même si la voix le berçait toujours. N’y voyant aucun inconvénient, et la chaîne lui laissant encore ce loisir, Yurlh marcha à quatre pattes jusqu’à la colonne. Sans aucun ménagement, plutôt soucieuse d’arriver au plus vite à son but, Demnukys lui monta debout dessus. Heureusement, son poids de fillette ne pouvait que masser son dos, mais nullement le blesser.


Une fois en hauteur, elle tenta d’enlever la torche éteinte, utile à d’autres usages que d’éclairer la pièce. En la déplaçant, elle vit qu’un autre objet était caché juste derrière. La chance venait de lui resourire. C’était une grosse clef. Elle la saisit et cela lui rappela qu’elle en avait encore une, rescapée du trousseau qu’elle avait donné à Yurlh pour les coincer entre ses doigts. D’instinct de voleur, elle remplaça l’une par l’autre et redescendit aussitôt son méfait terminé. 


Yurlh, tiré par la chaîne qui se réduisait, se déplaçait maintenant à l’aide de ses bras, tout en restant assis, toujours sous le charme de la voix, aucunement investi par l’envie de s’enfuir. Ce fut au moment où il restait moins d’un mètre que Dem glissa la clef dans l’un des maillons. 


Arrivant lentement au trou, la clef se bloqua contre le mur et stoppa net le mécanisme. Demnukys entendit grommeler de l’autre côté. La personne qui tournait la roue tenta par deux fois d’enrouler plus encore la chaîne. N’y parvenant point, elle dut se dire que finalement elle était arrivée au bout. 


Certes, Dem n’avait réussi qu’à garder moins de cinquante centimètres de mou sur la laisse d’acier, mais c’était plus que suffisant à Yurlh pour y user de sa force. Et puis, une plus grande longueur de chaîne aurait risqué d’éveiller les soupçons de celui qui avait l’habitude de l’enrouler.


Demnukys connaissait déjà depuis plusieurs sillons l’existence des trois spectres. Yurlh n’était pas leur première prise. Satisfaite, elle dissimula la longueur qu’elle avait gagnée dans le dos du barbare. Fatiguée de cette journée d’émotions, elle se colla à lui pour bénéficier d’un peu de sa chaleur. Yurlh n’en était pas avare. Elle le regarda alors, soucieuse du charme qui planait encore autour de lui. Il fixait toujours la silhouette sur le drap blanc, illuminée par-derrière, comme hypnotisé, écoutant les phrases que parfois elle déclamait de sa voix charmeuse. 


Dem aussi la regardait faire, mais c’était avec de tout autres yeux. Les yeux d’une enfant, emplis de tristesse, pouvant enfin voir quelle était la chose. La chose qui avait transformé son père, au point de rendre sa fille étrangère à ses yeux.


Demnukys était bel et bien décidée qu’elle ne sortirait pas seule de cette blanche prison. Elle amènerait avec elle son ami, pour qu’encore en lui son image illumine ses souvenirs.

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