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D’abord, les cornes rugissantes couvrirent la vallée d’un son grave. En face, les dix-mille Conquérants furent chacun transpercés par la vague résonnante. Ils partagèrent l’hésitation d’aller ainsi courir à la mort, affronter les monstres de métal. 

C’est alors qu’ils entendirent gueuler les Hurleurs, sortant comme des bêtes de leur tanière de bois. Les orkaims, caparaçonnés de leur harnois d’acier, hurlaient en dévalant les pentes devant les murs de la cité. 

Les Conquérants se regardèrent les uns les autres, cherchant dans le visage de leur voisin, la force d’aller une fois de plus, contre ces engins à tuer. Et puis, du haut de son destrier, le baron Surn Kairn leva son cimeterre et hurla aussi fort qu’il put :

– Archers, tirez !!!

Une volée de flèches partit dans un souffle bref, droit vers le ciel étoilé. Les Conquérants étaient des combattants aguerris qui avaient pour la majorité plus de dix sillons d’expérience des batailles. Aussi, les flèches s’abattirent en pluie parfaitement ciblée sur la nuée de métal mouvante. Elle fut de suite suivie d’une seconde, d’une troisième et d’une quatrième. Nombre de flèches transpercèrent les armures, dans le dos et les épaules, mais aucune ne tomba. 

Les brutes d’acier couraient vite et il fallait maintenant prendre aussi de la vitesse si les Conquérants voulaient faire des fauchards une arme redoutable.

– Chargez !!! cria le baron Surn Kairn. 

Le cimeterre droit devant, il lança le sorlh de guerre à la rencontre des Hurleurs. Derrière, une masse d’hommes se mit à bouger comme une vague qui déferle sur le sable, un jour de grosse marée. Les voix s’élevèrent, galvanisant les soldats. 

Du haut de la coupole, le devin et le Magnus Kéol observaient tous deux, avec appréhension, la rencontre des cent-onze contre les dix-mille. Khalaman Jugdar, particulièrement tendu, avait les deux poings fermés et fixait la collision imminente. Chèl Mosasteh était, quant à lui, plus serein. Les visions de la bataille avaient été assez claires, enfin l’espérait-il.

Soudain, le fracas du métal qui s’entrechoque remplit l’atmosphère de toute la vallée. On l’entendit jusqu’au nord de la cité. Ce fut un bruit assourdissant, terrible. Le Magnus Kéol s’en brisa une incisive. Chèl Mosasteh fronça les sourcils et écarquilla les yeux, impatient de voir les flèches métalliques percer la forêt de fauchards avançant. Ce fut heureusement le cas. Les armures animées ouvrirent en onze points les rangs des Conquérants, pourtant serrés. 

Une fois mélangés, les Hurleurs inaugurèrent un bal de corps à corps sanglant. Depuis la coupole, ils percevaient déjà la violence des affrontements. Mais, ce n’était rien comparé à ceux au cœur de la bataille.

Même si le baron Surn Kairn était assis sur son destrier au collier de corne, il était juste à hauteur d’orkaim. Il avait espéré stopper l’orkaim de pointe, mais ce dernier lui sauta par-dessus, alors qu’il était bardé d’un harnois d’acier pesant plus de soixante kilos. Leur masse musculaire permettait aux orkaims de faire encore ce genre de prouesse. 

Débordés, les hommes et les femmes formant les rangs des Conquérants se livrèrent corps et âme dans une bataille qui devait durer toute la nuit. Les orkaims fauchaient les hommes comme le blé un jour de moisson. Ils étaient plus farouches que jamais. 

Surn Kairn les avait combattus à maintes reprises et cette nuit s’annonçait tragique. Autour de lui, il voyait tomber ses hommes, à chaque fois sous des coups mortels. Les Hurleurs ne blessaient pas, ils tranchaient les bras, les jambes ou les têtes. Mais, s’attendrir sur la mort de ses proches, c’était s’exposer lui aussi aux bras armés de lames qui fendaient l’air sans fatiguer. 

Mourir cette nuit aurait été se défiler. Une action indigne des Kairn. Non, Surn Kairn était lui aussi plus implacable que jamais et c’est lui qui le premier empala un Hurleur. À ce moment, la fureur de la petite victoire se propagea dans les rangs. Les Conquérants redoublèrent de vigueur, oubliant leurs voisins décapités. Le sang et la lune rouge mêlaient leur couleur pour le plus grand des plaisirs du dieu Thurl, le seigneur de la destruction.

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