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Notes d'auteur :
---- N'hésite pas à nous écrire un petit message d'encouragement ici, ça nous fera plaisir.---- "Mais tu veux pas te taire ? On dirait une mouette qui braille en haut d'mon mât. Tu sais c'que j'en fais des mouettes !"

– Capitaine ! J’ai la berlue ou la mer est devenue rouge ?


– Rends-moi la longue-vue, Narvalo !


– Narwal, pas Narvalo, capitaine… insista-t-il de sa bouche pleine de dents qui poussaient dans tous les sens.


Korshac ne répondit ni de la bouche ni de la main. Il était trop occupé à vérifier ce que son coq venait d’annoncer. L’œil droit collé à la longue-vue, il fut stupéfait de voir en même temps autant de voiles à l’horizon. Il abaissa son instrument et resta la bouche ouverte à réfléchir.


– Comment l’Empire peut-il avoir autant de navires de guerre dans cette mer ? réfléchissait-il à haute voix.


Pour en avoir le cœur net, il remit sa longue-vue en activité et observa plus encore.


– C’est p’tète les Conquérants qu’ont triché ? lui souffla Narwal en se grattant les peaux mortes sur le front.


Aussitôt, il prit une frappe derrière la tête.


– T’en as dans la caboche pour dire des perrucheries pareilles. Non, ce sont bien les navires de l’Empire. Allez, on met les voiles ! hurla-t-il à toute la galère.


Larlh Vecnys, qui était encore là à parler avec l’orkaim, fut surprise de la rapidité avec laquelle pouvait s’éveiller un navire. À la voix de Korshac, tout le monde s’affaira à sa tâche. Le capitaine revint vers la femme-araignée.


– Je voudrais pas vous presser, mais si vous ne décampez pas sur-le-champ, c’est un aller simple pour Daïkama, ma p’tite dame.


Si Larlh Vecnys avait fait grand effet sur Korshac, autre chose de plus effrayant venait de lui piquer les yeux. Cela souleva en elle une inquiétude.


– Qu’est-ce qui vous chasse ? Une invasion ? lui demanda-t-elle. 


Korshac, même s’il aimait être taquin, ne voulut pas effrayer la femme-araignée avec qui il était en affaires.


– L’Empire a appelé des renforts. La guerre est loin d’être terminée. Apprêtez-vous à quitter cette cité pour le bien de nos affaires.


Larlh Vecnys prit la nouvelle avec anxiété et tourna de suite les talons. Une fois sur le quai, elle s’attarda un instant pour regarder au loin. Mais, sans un outil adéquat, elle ne vit que les brillances de la Mer Déchirée.


– Allez, bande d’uruks, on se tortille le cul, plus vite. Faut déguerpir d’ici ! hurla à maintes reprises Korshac pour être sûr d’avoir été entendu par tout le monde. 


– Narwal, on va lécher la côte comme une bonne chatte de panthérès. Ça nous évitera de croiser cette horde de galères.


Narwal aimait autrement plus le capitaine Korshac quand ils étaient en mer. Car en plus d’être sérieux dans ses paroles, il l’appelait bel et bien par son vrai nom.


– Entendu capitaine, lui répondit fièrement Narwal.


Rapidement, la galère largua les amarres et déploya ses avirons pour gagner les eaux dangereuses des hauts fonds. 


Un pont en dessous, dans le logis des rameurs, Kwo ne s’était pas fait attendre et avait tant bien que mal manœuvré la rame, copiant ses homologues. Malheureusement, le fait d’être seul assis à son banc lui donnait quelques difficultés. Ici une femme, armée d’un fouet, le faisait claquer dans l’air pour donner du cœur à l’ouvrage. En plus de lui avoir frappé la tête, Kaïsha venait de le caresser d’un peu trop près avec son chat à neuf queues. Une fois qu’elle l’eut dépassé, elle partit s’occuper des autres esclaves. 


Il prit un instant pour chercher de visu son ami Morgoth. Il était là sur le quai, attendant dans sa cage, la sentence, seul, avec la conviction d’avoir été abandonné par son compagnon aomen. Kwo aurait aimé pouvoir lui dire un dernier adieu, mais le fouet le rappela à ses priorités.


La galère filait droit maintenant sur les eaux salées. Il n’avait pas fallu longtemps à l’équipage pour quitter le port d’Ildebée. C’était tout l’art des gens de contrebande que de savoir prendre la fuite au plus vite. 


Korshac, sur le château arrière, observait toujours l’armada rouge qui approchait, heureux d’avoir pu filer avant d’être pris au piège. 


« Quelle est donc la raison de cette démonstration de force ? se demandait Korshac, quand il vit, seul et droit sur le pont, l’orkaim qui tanguait en tentant de ne pas tomber. » 


Tout le monde s’était attaché à remplir son contrat, mais personne ne s’était occupé de l’orkaim. Korshac vit le timonier depuis la poupe qui sondait les récifs. Un de ses hommes de garde prenait une louche d’eau.


– Eh toi, amène l’orkaim aux rames.


Le guerrier qui n’était pas non plus taillé comme un freluquet, à la vue du colosse, en laissa tomber sa louche. Aucunement rassuré, il s’approcha à pas feutrés du monstre et lui ordonna :


– Suis-moi. Allez, suis-moi.


Malheureusement, l’orkaim n’entendait rien aux paroles du marin. Il restait planté là. Le marin se mit à attraper les chaînes qui lui attachaient les mains et les pieds et tenta de tirer. Mais là encore, l’orkaim ne bougea pas d’un décimètre. Un autre soldat du navire vint lui porter main forte et poussa sur le derrière musclé du sauvage. Mais rien ne voulait aller dans leur sens. L’orkaim était décidé à ne pas se laisser amener quelque part. 


Kaïsha qui les voyait se fatiguer à déplacer la brute de cent-soixante kilos bien tassés, s’approcha et lui dit un mot qu’elle avait entendu déjà par deux fois de la bouche de l’épérite aux six bras :


– Mayama, mon enfant, entendit l’orkaim dans sa langue. 


C’était d’une autre voix, celle d’une jolie femme qui ne pouvait pas encore être sa mère. Au travers des petits trous de son bassinet lui recouvrant le haut de la tête, il s’attarda sur les traits du visage félin qui lui parlait. Elle lui répétait ce mot avec douceur, de la voix qui parle à un animal apeuré et effrayé de cette maison dont le plancher bougeait sans cesse. Il s’avança vers elle, la seule qui semblait vouloir lui venir en aide.


Elle l’emmena plus bas, dans un lieu où d’autres hommes et des créatures humanoïdes maniaient, en rythme, des branches d’arbres ornementées d’anneaux métalliques. Elle le fit assoir aux côtés d’un plus frêle au visage allongé. Ce dernier lui fit la grimace pour l’accueillir et râla. On lui mit la branche entre les mains. C’est à ce moment que l’aomen en finit de grogner. Puis, il rumina dans son coin des paroles dans une langue incompréhensible. 


L’orkaim, espérant se faire un ami de son voisin, lui sourit de sa large mâchoire aux grosses dents. En réponse, l’aomen se colla au bastingage afin de garder la distance. Apprivoiser un étranger n’était pas dans ses attributs. À nouveau abandonné par sa mère, mais plus seul, il se prit d’amusement à faire comme les autres. En suivant la cadence, il rama.

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