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L’aube allait bientôt poindre à l’horizon. Du haut de la tour, Larlh Vecnys terminait son ouvrage sur le corps du devin. Elle avait tatoué une sorte de végétal d’où partaient des ramifications multiples lui couvrant surtout le tronc, les bras et les jambes. Le tatouage n’était pas très marqué en couleurs. Il avait été appliqué en demi-teintes et semblait dessiner un second réseau de veines.


– Je n’ai pas complètement terminé votre tatouage. Il faudra nous revoir la nuit prochaine.


Chèl Mosasteh, devin impérial, qui devait avoir des journées bien chargées, ne sembla aucunement gêné de bouleverser son agenda.


– Je suis votre patient et je serai ce soir en bas de votre tour à attendre que l’on m’ouvre.


– Je sais que vous devez être occupé, mais je n’ai pu irriguer votre corps dans son ensemble. Il nous faut absolument le terminer.


– Rien n’est plus important pour moi, répondit Chèl entendant le souci de la professionnelle qui parlait. 


– Et quant à mon bienfaiteur, vous allez aussi le tatouer ? questionna Chèl, très intéressé par cette magie qu’il ne connaissait guère.


– J’avais déjà commencé en journée à le lui appliquer et c’est avec la lymphe que j’ai recueillie de son corps que j’ai pu dessiner votre tatouage. Maintenant que mon alambic s’est à nouveau rempli d’une partie de la vôtre, je vais pouvoir terminer le dessin sur le corps de l’orkaim.


– Ah… c’est donc en quelque sorte un échange de fluides, commençait à comprendre le devin.


– Je vous trouve bien alerte après une telle nuit qui, je vous l’avoue, m’a épuisée.


Chèl Mosasteh ferma et rouvrit les mains en les regardant.


– Peut-être que déjà je ressens les bienfaits de votre magie, répondit-il.


Larlh Vecnys était véritablement fatiguée. La nuit à tatouer de ses six mains avait été très éprouvante. Il lui fallait maintenant prendre un peu de repos. Chèl Mosasteh le vit dans les traits tirés de son visage.


– Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps.


Il se releva avec plus de facilité que lorsqu’il s’était allongé. En effet, son corps était déjà sous l’influence des fluides de l’orkaim. Lui, plus que quiconque savait ô combien l’utilisation de la magie pouvait coûter, au point de parfois vieillir le corps du sorcier. Il posa une main compatissante sur l’épaule de la femme-araignée.


– N’oubliez pas de protéger mon bienfaiteur. Je ne veux en aucun cas perdre ma source de jouvence.


Chèl Mosasteh la fixa pour lire dans ses yeux. 


– Il sera invincible ? questionna-t-il.


– Je ferai de sa peau une armure plus dure qu’un harnois, tenta Larlh Vecnys de le rassurer.


Chèl Mosasteh détendit son visage crispé de questionnement.


– C’est amusant comme hier, j’avais peur pour ma personne et aujourd’hui, je crains pour ce… colosse. Ce jour, un coursier vous portera la seconde part du paiement, dit-il. 


– En or sonnant ? ajouta Larlh Vecnys.


– Bien sûr, comme cela était convenu. Je me souviens, lors de notre négociation, de votre aversion pour les lettres de sang, bien que je n’en comprenne pas la raison, répondit Chèl.


– Ces bouts de papier ne me rassurent guère. Je préfère l’or, ça ne brule pas.


– Ne vous inquiétez pas, Larlh Vecnys. En tant que devin impérial, je n’ai aucun souci de financement.


– Mais, je ne suis pas inquiète, se défendit-elle de l’embarrassante discussion.


– À la prochaine nuit, madame, termina-t-il en levant la main avec lenteur.


– Très bien, en espérant que la lune rouge soit toujours pleine, sinon cela risque de nous faire attendre quinze nuits de plus.


– D’attente, il n’y en aura point. Cela sera la troisième nuit de pleine lune rouge. Ne vous en faites pas. Au moins de cela, je suis certain.

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