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– Comment tu la trouves, cette petite panthère ?


– Hein, quoi laquelle, la noire ou la blonde ?


– La blonde. J’aime pas les noires. J’ai toujours l’impression, la nuit, qu’elles se sont fait la brasse.


– Mouais, jolie, mais y en a encore de la place à bord ?


– Y a toujours de la place et pis quand y en a plus, on leur apprend à nager… Ha ha !


– Hé hé !


Ils étaient deux assis à un bar extérieur à s’envoyer des demi-cornes de pétrum : le premier, un humain blanc de peau, trapu, à la mine patibulaire, aux traits marqués par le soleil et mal rasé avec une moustache entourant sa bouche ; l’autre plus fin, le teint blanc marqué de grosses taches rouges auréolées de peau desquamée et partageant le mauvais rasage de son comparse. 


Sous la tunique en cuir du trapu, blanchie par le sel, on pouvait voir des muscles massifs couverts de poils. Et sous le treillis de cuir, fait de bandelettes écartées et un peu lâches du second, on remarquait sa peau claire, aussi brulée par le soleil que son visage.


C’était un bar du marché des keymés, au port d’Ildebée. Sous la pleine lune rouge montante, se vendaient à bas prix des centaines d’esclaves, faisant la fortune de marchands peu regardants comme Korshac, le Grand Blanc.


– Vas-y, fais une offre. Il me la faut pour ce soir. On a encore au moins une ou deux nuits à tirer à Ildebée.


– Mais, pour la noire ou la blonde ?


Korshac lui envoya une tape lourde derrière l’oreille.


– La blonde, j’t’ai dit. T’écoutes jamais rien, spèce d’uruk à bec jaune.


– Aïe, ah ah, aïe, ah ah, ria dans la douleur en réponse, son fidèle cuistot.


– J’sais pas comment j’arrive à faire des affaires avec des benêts pareils. Heureusement que c’est le bordel sur toutes les côtes.


– Mais pourquoi on part pas ce soir ? questionna le gars couvert de coups de soleil, tout en se frottant l’oreille gauche. On a déjà fait le plein pourtant, ajouta-t-il avec un sourire de seulement trois dents.


Korshac l’avait entendu, mais repensait à la raison de l’attente, à celle qui était venue le trouver quelques jours plus tôt et avec qui il aurait aimé partager sa couche.


– J’attends un chargement de chair fraiche qui va m’rapporter gros, tête de perruche !


– Ah ah, ben ouais, répondit en rigolant le plus fin, en se tortillant l’oreille rougie par le coup.


– Bon, gueule de piaf, j’vais en ville voir les autres perroquets, histoire de savoir quelles autruches ils m’ont trouvées pour ramer.


Korshac descendit avec difficulté de la chaise haute du bar. Il n’était pas grand, un mètre cinquante, tout au plus. Il termina la demi-corne de pétrum et la planta dans le trou prévu à cet effet dans le comptoir même, puis alla pour partir, quand le tenancier chauve lui brailla de ne pas oublier de payer.


– C’est le Narvalo qui régale ! cria-t-il en regardant son coq avaler d’une traite le reste de sa demi-corne.


– Narwal, c’est Narwal. 


Même si à chaque fois de reprendre le capitaine Korshac lui coûtait une torgnole, Narwal n’aimait pas qu’on écorche son nom.


Korshac attendit qu’il dépose la demi-corne et lui en mit une seconde, cette fois sur l’autre oreille.


– C’est pour équilibrer, hein !


Narwal lui sourit, avec les deux mains cachant chacune de ses oreilles brulantes et endolories. Korshac ne tapait pas comme une fillette.


– Pas la noire, j’ai compris.


Puis, il quitta le bar et se fit un passage dans la foule qui criait pour qu’on déshabille plus les esclaves présentés. C’était un marché inhumain où les mi-bêtes étaient vendus plus comme des bêtes que des hommes. Ici, les marchands des mers pouvaient faire de bonnes affaires et devenir rapidement riches, s’ils avaient le courage de traverser la Mer Déchirée pour les revendre en des pays lointains comme Daïkama, là où les esclaves recevaient plus d’attention et valaient surtout leur poids en pièces. 


Mais, Korshac avait déjà fait les meilleures affaires qui soient, côté esclaves. Et puis, pourquoi payer quand on peut avoir de la main-d’œuvre gratuitement ? C’était l’une des devises du capitaine, qui marchait en direction du centre de la cité, voir quels beaux poissons ses hommes avaient pêchés dans leurs filets.

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