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Un homme de la taille d’un enfant, les yeux noirs, au visage allongé d’un rat, tira sur le tabar rouge d’un énor de la garde d’Ildebée. Énor représente le premier grade de l’armée de l’Empire et ne commande pas plus de trente hommes quand ce sont des soldats. Or là, l’énor de la porte sud d’Ildebée ne dirigeait que quinze hommes, mais des gardes rouges. Il retira sur le tabar dans le dos de l’énor afin de capter son attention. L’énor se retourna et, pour se mettre à portée de voix de l’homme-rat, dut s’accroupir. 


Le brouhaha ambiant prenait de l’ampleur au fur et à mesure que la foule affluait. Ils échangèrent quelques mots et pour finir, le petit homme-rat, plus communément appelé ratrid, indiqua avec son doigt une direction à l’intérieur de la cité.


– Je ne m’imaginais pas Ildebée rouge comme ça, dit à voix haute Kwo.


– Moi non plus. C’est la première fois que j’y mets les pattes, répondit Morgoth.


Kwo tenait d’une main la chemise entortillée autour des poignets du zèlrayd, plus grand d’une bonne tête, mais surtout deux fois plus large que lui. Les gens s’écartaient pour les laisser passer. Morgoth, par moments, lançait des yeux noirs et faisait mine d’être mécontent de son sort de prisonnier. 


Kwo ne jouait pas trop son rôle. Il découvrait cette ville aux milliers de maisons de brique rouge. Quand la rue principale commença à descendre, la vue dégagée permit d’apprécier toute l’étendue de la cité construite à flanc de vallon. La rue du Magnus Kéol, rebaptisée ainsi depuis deux sillons, descendait jusqu’à la rivière. Cette dernière coupait la cité en deux. Ensuite, de l’autre côté, les maisons avaient aussi conquis le flanc qui remontait pour leur faire face.


– C’est immense. Je n’ai jamais vu de cités aussi grandes.


– Mouais, ça ne sera pas simple de trouver le temple que je cherche.


– Tiens donc, tu cherches un temple ? le questionna Kwo.


– En plus, c’est une petite maison. Vu l’entendue, va falloir demander notre chemin, précisa Morgoth.


– Bon, il y a un nombre conséquent de divinités représentées dans ce genre de grande cité, alors c’est lequel pour commencer ?


– Hmm… Ana… rine, Anoride… un nom comme ça.


Légèrement irrité, Kwo s’arrêta net.


– Ta tête fait presque deux fois la mienne en taille et t’es même pas fichu de te souvenir du nom du dieu que tu cherches ? commençait à s’énerver Kwo en balayant des bras la cité.


– Mais, c’est celle qui soigne, ajouta Morgoth presque pour s’excuser.


– Alors, c’est ANhouRyn, prononça Kwo en insistant sur les syllabes.  


Morgoth plissa les yeux pour mieux se protéger des mots de Kwo qui fendaient l’air en plein vers son visage.


– Hep vous ! 


Kwo tenta d’interpeller un passant, mais la vue de la brute qui l’accompagnait lui fit faire demi-tour.


Il se retourna et en apostropha d’autres machinalement, espérant que l’habit qu’il portait, le tabar rouge, ferait le moine.


– Tu crois qu’en priant Anhouryn, ça va sauver notre chef Surn Kairn ? demanda Kwo tout en continuant d’appeler les citadins à l’aider.


Morgoth ne répondit point. Il regardait les passants s’écarter et fuir les invectives de Kwo, jusqu’à ce qu’une petite unité de deux gardes rouges soit en face d’eux, prête à leur répondre.


– Oh oh ! interjecta Morgoth.


Kwo ne perdit pas son sang-froid. Il avait fait cela des dizaines de fois auparavant. Il prit son plus beau sourire et alla droit sur les gardes qui attendaient.


– Salut à vous ! Je cherche la maison d’Anhouryn.


L’un des gardes fut quelque peu surpris de la demande et du salut peu conforme à celui de l’armée.


– Gloire éternelle, répondit-il en appliquant sa main gauche à plat sur son pectoral droit. Et pourquoi donc y mener un prisonnier ?


– Gloire éternelle, ajouta Kwo en répétant le signe de la main, mais avec moins d’assurance. Eh ben… on m’a dit que la prison était juste à côté.


– La maison d’Anhouryn, tu ne peux pas la rater. C’est la plus grande bâtisse là, dit-il en pointant du doigt un amas de tours hautes, surmontées d’une statue de prêcheuse encore plus haute.


– En effet, je ne pouvais pas la rater. 


Kwo les regardait. Ce n’était pas très loin. Il fallait encore descendre la rue du Magnus Kéol puis à mi-chemin tourner vers la gauche. Le temple gigantesque était dans ce quartier.


– Y’a pas de prison dans ce coin, dit l’autre garde.


– Si… euh, enfin non. C’est pour un marchand… C’est un marchand d’esclaves qui l’a acheté et je suis en charge de régler la transaction pour l’Empire, enfin vous comprenez.


– Le marché aux esclaves, c’est là-bas au port : faut descendre jusqu’à la rivière et passer par la porte ouest. T’es pas d’ici toi ? ajouta le garde.


Alors que la discussion commençait à s’enliser dans un imbroglio de détails et de questions, tous entendirent une petite troupe courir, arrivant par le haut de la rue principale. C’était une unité de quinze gardes rouges, menée par un énor. Les gardes s’arrêtèrent en voyant Kwo et Morgoth, l’homme-lézard.


– Ce sont eux, attrapez-les, cria l’énor !

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