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Les mains dans l’eau chaude que Narwal avait rapportée après l’avoir fait bouillir sur le brasero de la cuisine, Kwo observait.


– Allez, Kaïsha. Prépare-toi à pousser. On va sortir ton marmot ! lui lança-t-il, bien décidé à la faire parler.


Afin de s’assurer de la tranquillité, il avait fermé la porte de la cabine du capitaine. Mais, ce dernier rodait toujours comme un requin autour d’un banc de poissons. Kwo devait donc avoir l’oreille fine pour anticiper toute intrusion indésirable de Korshac.


– Ppousser… ppour… quoi… ppousser ? divaguait la femme-panthère, avec des paroles mal articulées, comme si sa bouche était pleine de nourriture.


Visiblement, le poisson noir était un alcool très fort, car il ne lui en avait administré que deux bolées. Kwo saisit la bouteille en terre cuite et la secoua, histoire de voir si elle n’était pas vide. Car lui aussi en avait bu un peu, juste pour se donner du cœur à l’ouvrage. Ce n’était pas tous les jours qu’il trahissait les maîtres qu’il avait appris à côtoyer, comme des compagnons, durant les lunes où il n’était plus enchaîné. Car si Korshac l’avait rendu à l’esclavage, il lui avait aussi rendu la liberté. Et cela, c’était en partie grâce à Kaïsha. Pour chasser les remords et les mauvaises idées de ne plus les trahir, Kwo reprit une rasade de poisson noir.


– Ha !! Allez, ma belle. Pousse. Et si tu ne sais pas comment faire, eh ben dis-toi que t’es sur un seau à sortir ta merde du cul, héhé, lui cria-t-il, en lui pinçant les fesses, pour joindre les gestes aux paroles.


Répondant de manière instinctive, Kaïsha se contracta dans le mauvais sens. Bien que Kwo ne fût pas satisfait des mouvements du ventre de Kaïsha, cela eut un effet bénéfique, offrant au bébé la chance d’être dans la bonne position pour sortir.


– J’vais t’chier à la face, capitaine de pacotille.


Kaïsha devait confondre, mais cela la faisait travailler dans le bon sens.


– Parfait… Encore. Continue et, au passage, dis-moi où j’ai caché ma clef.


Kwo ne perdait pas le nord et même s’il était un peu attaqué par l’alcool, il parvenait à penser à deux choses en même temps. Soudain, le capitaine poussa la porte, toujours rouge de colère et de stress. Sans dire mot, juste avec ses gros yeux ronds à la pupille dilatée, tant il était encore énervé, il questionna Kwo et Kaïsha.


– Dégage, radin d’eau d’mer. J’t’ai jamais aimé, gueula Kaïsha en lui crachant dessus.


Kwo, sans se retourner et d’un air assuré, l’alcool l’ayant désinhibé de ses craintes, hurla :


– Dehors Narwal. Je pourrais pas la sauver si on m’dérange tout le temps ! 


Si la réponse de Kwo ne le touchait point, Korshac fut blessé, une fois de plus, par les paroles de sa femme. Il referma la porte, contenant sa colère, décidé à aller la déverser sur d’autres. 


– Il n’est plus là, ce gros dégueulasse. Maintenant, dis-moi où elle est cette clef ! insista Kwo.


Et, au fil des questions, mêlées aux insultes et aux déclarations d’amour pour l’orkaim, Kwo récolta peu à peu les indices promettant de trouver la clef. Le temps de la faire parler, Kwo se laissait aussi prendre dans le tourbillon de l’accouchement. À force de travail, qui dura le temps de voir disparaitre les premiers rameurs sous le navire, Kwo vit poindre la tête du bébé.


– Il est là. Il sera bientôt avec nous. Encore Kaïsha…


Kaïsha pleurait d’effort et de douleur. Mais au moment où elle vit, entre ses cuisses, la petite tête féline de son enfant pour la première fois, elle pleura de joie. Kwo l’accueillit et la déposa aussitôt entre les bras chauds de sa mère. C’était un beau bébé panthérès, ressemblant beaucoup à sa maman, dans les teintes de ses poils et même de ses yeux. Mais Kwo en finit vite de s’attendrir.


– Sous le pied du fauteuil ? C’est ça, hein ? lui dit-il à quatre pattes, comme un chien, marchant jusqu’au fauteuil qu’il renversa.


En effet, la clef était bien là. Il la sortit du creux dans lequel elle était glissée. Puis, avança jusqu’à la couche, la souleva et la soutenant avec son dos, il ouvrit la paroi de bois en tournant la clef dans la serrure. Une fois ouverte, il découvrit un coffre de bonne taille. À l’intérieur étaient entassées deux doubles sacoches en cuir. À la première qu’il souleva, il sourit du poids agréable de l’or qui pèse.


– Je ne l’ai pas volée, celle-là, marmonna-t-il en la sortant.


Toutefois, des scrupules lui empêchèrent de prendre la seconde, surement en reconnaissance de Korshac pour lui avoir prêté confiance. Rapidement, il se dirigea vers la petite fenêtre et se pencha par-dessus. Sous la lune rouge encore haute brillait le marécage, comme une prairie saupoudrée de rosée. 


Mais alors qu’il s’apprêtait à passer par l’encadrement du sabord, des vêtements brillants, en surface, attirèrent son attention. La vision idyllique du marécage prit des allures de cimetière. C’étaient des corps flottants, plus d’une dizaine, qu’il voyait, derrière, comme semés par la Squale


Kwo n’était pas de ceux qui ressentent de la pitié. Pour sûr, dans sa vie de soldat, il avait vécu nombre de batailles et foulé des charniers. Mais, après deux sillons passés sur un navire, en compagnie d’esclaves, cette fin lui dépeignait une autre vision de l’équipage et de son capitaine.


– Salaud, tu vas payer pour ça… grogna-t-il, du haut de la poupe.


Résolu à dérober le reste des sacoches, même s’il devait rester planté dans le marécage, tellement la charge serait lourde, Kwo se détourna du dehors, pour retourner à l’intérieur fouiller sous la couche. Mais, un point plus brillant que tous les autres interpella sa mémoire. Une brillance qu’il connaissait bien pour l’avoir contemplée deux sillons, durant chaque nuit de pleine lune. C’était le casque en fer de Yurlh qu’il avait vu flotter sans vie, à fleur de marais, là juste derrière, percuta-t-il dans son esprit.


Aussitôt, sans laisser place à la réflexion, Kwo fit volte-face, laissant en plan ce qu’il venait d’entreprendre. Il passa par la fenêtre et sauta.

Note de fin de chapitre:
La suite de Yurlh (ancien tome 2) est dorénavant publié à le suite de ce texte. Bonne lecture !
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