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Assis au-dessus du heaume du Saint Juste, le cœur de Rulaskys se mit à battre, chassant rapidement les vapeurs de liqueur qui lui embrumaient encore l’esprit. Dans sa position vulnérable, il eut tout d’abord la crainte d’affronter l’assassin entrainé qui s’attaquait, par un froid glacial, à la paroi de la tour. Et, en un claquement de doigts, tout se remit en place dans sa tête. Le grappin devait avoir été placé ici par un traitre ou un autre de ces assassins déjà dans la place. Une organisation s’affairait à éliminer le devin, à n’en pas douter. Sa diarrhée soudaine était même peut-être le fruit d’un empoisonnement. Mais, le capitaine avait un avantage que celui qui déjà plaçait son gant de soie noir sur le rebord de la fenêtre ignorait. Il était ici dans la chambre du Saint Juste, à chier dans un casque et ça personne n’aurait pu le deviner.


Se relevant de toute sa hauteur, le capitaine, libéré des plus grosses douleurs abdominales, se préparait à recevoir son visiteur, sans arme en main. L’être était habillé de tissus sombres, moulant son corps comme dans un gant. Il enjamba l’encadrement avec l’agilité d’une danseuse, tira sur le rideau pour passer la tête et renifla à plusieurs reprises l’odeur pestilentielle, tout en dégainant un stylet à double pointe.


Rulaskys était maintenant debout, pile derrière, inquiet de voir le grappin s’animer de frottements. Un ou plusieurs autres montaient ; il fallait faire vite. Il saisit fermement le bras armé de l’assassine, conclut-il, à voir sa grâce dans les déplacements, et lui tira dessus violemment pour l’amener, tout en l’abaissant. En même temps, dans un geste parfait, il rabattit le heaume pour lui coiffer la tête avec, en ayant pris soin de le placer à l’envers. La surprise fut telle qu’il eut encore le temps de lâcher son bras pour ajouter un coup de poing d’homme des mers et sentit une côte céder sous sa force. Elle recula en mélangeant des cris de stupeur à des gargouillis de suffocation. Cela laissa le temps au capitaine de saisir le grappin pour tenter de le faire glisser sur la pierre où il était agrippé. Il parvint à le faire riper, mais ce dernier se figea dans l’encadrement de bois de la fenêtre ; on entendit un craquement.


L’assassine avait déployé ses bras, avec au bout de chacun une arme. Elle chassait, avec vélocité, le néant, repoussant l’ennemi invisible. Rulaskys qui ne portait pas d’armure savait bien qu’une seule blessure, d’une de ses armes, pouvait lui coûter la vie. Il projeta le mannequin en armure sur l’intruse qui recula plus encore et darda son arme vers l’endroit d’où venaient les attaques. Elle devait être expérimentée, car, aveugle et étouffant, elle parvenait encore à le tenir en respect.


Il est vrai que le capitaine était toujours entravé par sa culotte tombée sur les mollets. Il s’en défit en la quittant d’une jambe. Le grappin tirait sur le bois, couinant comme un vieux parquet, signe que le ou les autres montaient. Il n’allait pas tarder à être submergé par plusieurs assaillants. Et, la bite à l’air, sans rien dans les mains, il n’était pas à son avantage. L’assassin prit le temps de se défaire du seau d’excréments dont il l’avait affublé, tout en se décoiffant de sa cagoule dégoulinante. C’était bien une femme-panthère aux poils noirs. Ses yeux brillaient de l’envie de tuer. Mais Rulaskys la défia de sa stature, en grognant comme un ours.

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