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Dans un couinement qu’il espérait libérateur, la porte s’ouvrit malheureusement sur une chambre. En face, c’était lui : Rulaskys se tenant le ventre, le visage plissé de douleur et brillant de sueur. Un miroir sur trépied lui donnait le reflet.


Devant le lit, un grand coffre dans lequel il n’aurait pas l’idée de décharger sa grosse commission. À gauche du miroir, se tenait debout une antique armure d’airain, d’une époque révolue, habillant un mannequin de bois. Elle renvoyait la lumière vacillante des flammes de l’âtre d’une petite cheminée en pierre.


Alors que rien ne lui inspirait d’accueillir ses selles, allant pour tourner le dos à la chambre du Saint Juste, une remontée acide lui brula les entrailles. N’y tenant plus, il entra, en repoussant derrière lui la porte et abaissa de suite sa culotte pour ne point l’arroser plus. Enfin, le capitaine relâcha sur le plancher, ce qui, depuis la fin de l’histoire du devin, poussait pour sortir.


Ses yeux s’étaient habitués au peu de lumière. Et, une fois la porte fermée, même s’il se sentait seul, sa conscience l’habitait encore. Son reflet, caché dans l’ombre de la nuit, lui renvoyait l’immonde acte qu’il faisait ici, dans la chambre même de la plus haute autorité de la cathédrale de Kisadyn. Et même, si lâcher cette diarrhée était salvateur, la petite voix lui empêcha d’en déverser plus. Alors, dans ce répit donné par sa conscience qui parvenait encore à commander l’ultime porte de son appareil digestif, il se saisit d’un contenant qui devait lui éviter de répandre sa merde partout.


Par honte, car déféquer était loin d’être glorieux, il se cacha dans l’angle, entre le mannequin et le lit. Enfin, un flot de liquide ininterrompu coula dans le heaume du Saint Juste, une cascade libératrice qui devait embaumer la chambre d’une odeur très particulière, âcre, au point d’en avoir la nausée.


Accroupi, Rulaskys ressentit immédiatement un soulagement. Son corps ne suait plus ce qu’il parvenait à évacuer. Le peu relâché sur le plancher pouvait être lavé. Quant au heaume de bronze, il serait simple de le libérer de cette odeur immonde avec un peu… beaucoup d’eau, pensait le capitaine qui commençait à être incommodé par l’odeur exécrable.


Un filet d’air, très froid, provenant de derrière le rideau, l’invita à y glisser la tête. Étrangement, le laquais avait oublié de refermer la fenêtre alors que, dehors, le froid mordait à vous geler. La brise glaciale hérissant ses poils de cuisses, Rulaskys tenta de refermer le vantail entrouvert. Le bruit du fer et du bois qui s’entrechoquent retentit. Quelque chose bloquait la fenêtre qu’il ne pouvait voir. Il écarta le rideau pour laisser passer un peu de lumière du feu de cheminée. Un objet en fer, ressemblant à un grappin d’abordage, était agrippé au mur, à l’intérieur.


Il lui était difficile de se déplacer les jambes encombrées de sa culotte abaissée, tout en tenant de l’autre main, son récipient. Marchant toujours accroupi, Rulaskys voulait en avoir le cœur net. Quand, une fois assez près, il parvint à se saisir de l’objet bloquant l’ouverture. Ce dernier ripa contre la pierre de la chambre, le tordant faiblement entre ses doigts, comme s’il était vivant. Et, à entendre les assauts d’un souffle, dehors, quelqu’un grimpait.

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