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Notes d'auteur :
----Tu aimes toujours YURLH, c'est cool !---

Si les matins de nuits de batailles sont pour la plupart le moment de panser ses blessures, pour d’autres, c’est l’occasion de faire de très bonnes affaires, même s’il faut ne pas avoir de respect pour les morts. Toute une partie du peuple, que l’on surnommait à tort les petites gens, ne pouvait avoir le luxe de respecter les morts, surtout en période de guerre où les denrées périssables étaient rares et fort chères. Pour s’en procurer, il fallait savoir prendre des risques. 


Même si cette nuit avait fait fuir la population dans le nord de la cité, loin des murs où s’entre-déchiraient les soldats, ce matin une foule de coupe-jarrets se déversa à la suite du devin et de son escorte. Toutes les armures, les armes et boucliers étaient autant de richesses simples à s’approprier. Il n’y avait qu’à se baisser pour ramasser. Il fallait faire vite, avant que le lieu ne soit interdit. Toutefois, ces dénicheurs de trésors servaient autant leurs intérêts qu’ils ne servaient l’Empire, car malgré tout, ils nettoyaient les champs de bataille. 


Dans la foule de pilleurs se distinguait une petite équipe de trois, dont l’un était caché sous le capuchon d’une esclavine épaisse en toile de chanvre. Les deux autres portaient des vêtements similaires, mais ils avaient levé leur capuche, laissant leur visage humain visible. 


L’un était trapu et fort poilu, l’autre plus sec et plus allongé, parlait avec le nez. Tous deux discutaient de l’art et la manière de bien piloter la charrette à deux roues qu’ils tenaient. Celui plus fort tirait sans rechigner, parfois pour deux, tandis que l’autre avait tendance à trainer, prétextant diverses excuses. Une fois, c’étaient les flaques de sang qui toujours lui étaient destinées, une autre, c’était pour observer dans quelle obscène pause était mort un Conquérant. 


Devant, avançait le troisième, encapuchonné, décidé à rester discret. Tous trois n’étaient pas si loin de la procession du devin et ses gardes. On aurait pu penser qu’ils les suivaient.


– Arrête-toi de tirer. Regarde, si tu continues, on va renverser maîtresse, ordonna le trapu au plus élancé.


– C’est de ta faute. J’croyais qu’tu dirigeais, rétorqua du nez le second. 


– Chuut, tu vas nous faire encore punir, en termina le premier.


Sous son esclavine, elle laissa les paroles envahir ses pensées. Même si le devin connaissait une partie de ses pouvoirs, Larlh Vecnys ne devait pas lui dévoiler l’étendue de sa volonté. Aussi, elle ouvrit les portes de son esprit afin qu’il lui parle sans effort. Toutefois, elle veillait à ce que le lien télépathique, qu’il venait d’instaurer, ne se limite qu’à la parole. 


L’écoutant lui indiquer l’emplacement de l’orkaim, qu’elle était ce matin venue chercher, elle se dit que ce vieux devin possédait bien des ressources. Parler avec la pensée aussi facilement n’était pas l’apanage de tous les mages. Ce vieil homme cachait lui aussi l’étendue de ses pouvoirs, et mieux fallait l’avoir de son côté qu’en ennemi. Après avoir écouté les directives en parfaite professionnelle, elle exécuta les ordres sans réponse ni autre question. 


Elle ne côtoyait le devin que depuis peu, mais elle appréciait déjà sa compagnie. Il dégageait quelque chose d’indescriptible, une sorte d’aura dont elle était tombée sous le charme. Peut-être était-ce l’attrait de la puissance dont il venait ce matin de tout juste lui montrer un très faible aperçu ?


Marchant dans la terre molle, gorgée de sang, où chaque pas faisait échapper un sifflement d’air, ils arrivèrent au plus loin des portes de la cité et au plus proche du campement des Conquérants. Là était allongé un Hurleur, l’armure hérissée de flèches, le plexus ouvert d’une entaille d’où sortait encore du sang chaud. Quelqu’un avait dû y récupérer une arme enfoncée, celle qui avait fini par le terrasser. Non loin de son casque, elle se pencha par-dessus et entendit le souffle du dormeur. 


– Allez, prenez-le et hissez-le sur le charriot… doucement.


Ils n’étaient que deux à l’extirper de la glaise et il leur fallait déployer beaucoup d’efforts. Leurs huit bras, quatre chacun, aidaient bien pour manipuler le Hurleur. Même s’ils étaient deux esclaves, habitués aux travaux de force, le poids du bestiau était important. 


Larlh dut, à contrecœur, plonger deux de ses six mains dans la fange. Geste qu’elle devrait plus tard leur faire payer, une princesse ne devant en aucun cas s’abaisser aux basses besognes. En la voyant ainsi les aider, ils eurent déjà mal du futur châtiment qu’elle allait leur infliger. Car même si le plus fin des deux en appréciait parfois les viles caresses, il redoutait les douleurs qui persistaient plusieurs jours après. Alors, ils redoublèrent d’efforts pour qu’elle ne se sente pas obligée de les assister. Le plus trapu, afin d’apaiser le prochain courroux de sa maîtresse, lâcha même un :


– Laissez-nous faire, maîtresse. Ce n’est point là la destination de vos jolies mains.


Il lui avait fallu longtemps pour élaborer cette phrase. Mais, elle avait un certain effet auprès de Larlh Vecnys, même si, à la longue, elle devenait un peu répétitive. Larlh retira ses mains de la boue et déjà se les essuyait. Car, elle se devait de les avoir toujours impeccablement propres surtout pour exercer sa magie si particulière. 


Elle frottait chacun de ses doigts, d’abord avec vivacité, ce qui eut pour résultat de faire suer encore plus les deux hommes-araignées, non pas d’effort, mais de stress. Chacun des deux se disait qu’il fallait vite que les mains de leur maîtresse retrouvent leur blancheur immaculée. Puis, au fur et à mesure, que les salissures s’estompaient, elle frotta avec plus de méthode et moins de force. 


Quant aux deux aracknys, ils bataillaient, d’un côté à tenir le charriot incliné tout en tirant de l’autre le Hurleur et tout le poids de son armure. Cela faisait plus de deux-cents kilos de poids mort à hisser. Toutefois, l’horizon d’une punition porta ses fruits. Les deux sbires étaient maintenant recouverts de sang et de boue, mais le fardeau avait enfin pris place dans le charriot.


Larlh Vecnys ne montra aucun signe de satisfaction, alors qu’elle avait parfaitement suivi toute la scène jusqu’à son couronnement. Non, Larlh Vecnys continuait d’essuyer le sang qui s’était immiscé dans les commissures de ses ongles. Lentement, elle passait un mouchoir de coton blanc, en prenant bien soin de le faire sous les yeux apeurés de ses deux esclaves.

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