Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Ma grand-mère se souvient du temps où il y avait encore de la couleur. Quand j'étais enfant, elle me racontait souvent comment le monde était resplendissant, un sourire aux lèvres. Comment les feuilles passaient du vert au jaune, au rouge puis au brun. Je pense que j'aurais beaucoup aimé le rouge. C'est un joli mot.

Aujourd'hui, les gens sont gris. Un gris uniforme, sans autres variations que les jeux d'ombre et de lumière du soleil. Le ciel est gris, toujours, et je vois bien que ma grand-mère regrette le temps où il se parait de toutes les couleurs. Elle me parlait des autres comme de merveilles aux mille nuances. Autrefois, les mots avaient un sens différent. Autrefois, ils étaient vivants.

Elle me disait tout cela et embrassait mon front en murmurant qu'un jour, tout irait mieux. Je ne comprenais pas les larmes qui perlaient à ses yeux. Je ne comprenais pas pourquoi le passé la poursuivait encore, pourquoi elle passait son temps à courir après des souvenirs.
Le monde est gris.
Ce n'est pas grave.
Je le lui répétais, et des stries grises tâchaient ses joues.

Aujourd'hui, ma grand-mère ne me raconte plus d'histoires.
Elle regarde par la fenêtre.
Parfois, je me demande si les couleurs de ses souvenirs ont fini par faner, elles aussi.
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.