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Notes d'auteur :

Et voici donc le dernier chapitre ! Je vous laisse donc découvrir comme cette histoire se termine pour nos personnages ;)

Chapitre 5 – Layla

 

 

 

            Ufuoma se fit engloutir dans les ténèbres, sans le moindre son. Il n’y eut même pas le bruit d’un choc indiquant qu’elle aurait atteint le fond. Juste le silence. Une nouvelle fois, Layla sentit son âme se morceler, elle sentit réellement un bout de son être se faire dilapider. Cette fois-ci, le traumatisme fut si brutal qu’elle faillit lâcher Lambert qui hurlait tout en gigotant au bout de son bras. Reprenant ses esprits, elle essaya de le remonter à la seule force des bras. Lorsque son ami put atteindre lui-même les rebords, elle se releva et l’aida à escalader en l’attrapant par la ceinture de son jean. Il s’était visiblement luxé l’épaule au cours de l’épisode, l’os ressortant légèrement.

Suivant les nombreux exemples qu’elle avait suivis avec le kiné, Layla lui remit en place d’un coup sec, provoquant un hurlement de douleur. Puis ils s’effondrèrent sur le palier, terrassés par la fatigue et la chute d’adrénaline. Tous deux étaient essoufflés, exténués, et ils restèrent là, immobiles, allongés sur le sol, Lambert face contre terre, Layla observant le plafond. D’abord Annick, puis Victor et maintenant Ufuoma… Qui serait le prochain ? Car il ne pouvait y avoir qu’un prochain, ils étaient condamnés. Quelqu’un ou quelque chose en avait décidé ainsi.

            Suivant l’exemple de Lambert, Layla se redressa sur son séant puis sur ses deux jambes. En silence, ils se dirigèrent vers l’unique porte de l’étage. S’ils voulaient poursuivre le plan, ils devaient atteindre le toit, et il n’y avait visiblement aucun comble ni grenier dans cette cabane. Ils devraient donc passer par l’une des fenêtres. Mais avant tout, ils devaient trouver de quoi faire le cordage qui leur permettrait d’atteindre les arbres de l’autre côté de la rive. Ufuoma avait suggéré d’utiliser des draps, et Layla espérait que la dernière chambre en possédait. Elle ouvrit la porte et une étrange sensation s’empara d’elle. Elle fut soulagée de constater que la pièce était vide, mais terrifiée de voir par la fenêtre que la nuit était tombée. Se précipitant vers la lucarne, elle constata que l’étang était plongé dans l’obscurité la plus totale. Il n’y avait aucune Lune, et les étoiles ne procuraient pas le moindre éclat, comme si le ciel était couvert. Il faisait si sombre que Layla ne voyait même pas la végétation de l’autre côté du rivage.

« Nous voilà bien en veine, se lamenta-t-elle. Comment on va faire maintenant si on ne voit pas où on s’accroche ?

— Au moins, on devrait avoir suffisamment de draps et de couvertures pour faire une longe suffisante pour atteindre l’autre côté, fit remarquer Lambert qui se trouvait près du lit.

— Ça ne sert à rien d’essayer ce soir. On risque de perdre la corde ou, pire, de tomber dans l’étang parce qu’elle n’aura pas été suffisamment sécurisée.

— Euh… d’accord. Comment…

— Tu prends le lit, je prends le canapé, trancha Layla. Avec ton épaule…

— Mais tu es blessée toi aussi ! » s’exclama Lambert.

            Suivant du regard le bras pointé vers son abdomen, Layla découvrit que sa robe était souillée de sang frais. Sa première réaction fut la surprise, car elle n’avait rien ressenti jusqu’à présent. Intriguée, elle remonta sa jupe pour évaluer les dégâts. Elle entendit plus qu’elle ne vit la réaction de Lambert lorsqu’elle révéla ses abdominaux et obliques proéminents, même s’ils étaient actuellement couverts de sang. Utilisant le tissu de sa robe pour essayer de nettoyer la zone blessée, Layla ne repéra aucune entaille, pourtant le sang continuait d’affluer inexplicablement.

« Tu es sûre que ça va ? s’inquiéta Lambert.

— Je ne vois aucune blessure, pas même une égratignure… Je ne sais pas ce qui se passe.

— T’es sûre que… que ça ne vient pas… d’ailleurs ? »

            Portant le regard sur lui, elle découvrit que Lambert avait de nouveau viré rouge. Il lui fallut toute la force de sa volonté au nom de leur amitié pour ne pas lâcher un soupir de lassitude. Certes, elle savait que Lambert avait toujours eu le béguin pour elle, et elle était en quelque sorte flattée qu’il en pinçât toujours pour elle malgré sa transformation physique. Cependant, cette façon de la dévorer du regard commençait à devenir gênante, presque embarrassante. Elle n’était pas une bête de foire et pouvait disposer de son corps comme elle l’entendait. Il était temps que Lambert se décoince un peu et apprenne à vivre dans le monde réel. Qu’il arrête de la voir comme un trophée qu’il convoitait mais comme l’amie qu’elle était. Une personne.

            Revenant à sa « blessure », Layla décida d’arracher un pan de la jupe de sa robe. Cela ne semblait pas trop grave, et malgré la quantité qu’elle avait perdue, cela ne semblait pas l’affecter davantage. Elle ignorait quel était le tour de magie derrière ce phénomène, mais si c’était une blessure comme les autres, un point de pression devrait faire l’affaire en attendant de rejoindre les secours. Aussi, elle utilisa la frange de tissu pour se faire un bandage serré. Celui-ci se macula rapidement, mais le saignement parut ralentir, voire s’arrêter complètement au bout de quelques instants.

« Voilà, c’est fait ! s’extasia-t-elle. Maintenant tu prends le lit et moi le canapé ! »

            Elle crut percevoir une pointe de déception dans la moue de Lambert lorsqu’il s’affala sur le matelas, mais n’y prêta pas plus attention. Layla trouva des draps et des couvertures supplémentaires dans l’une des armoires, qu’elle jeta sur le canapé. S’apprêtant à s’allonger à son tour, elle fut prise d’un pressentiment et se releva à peine assise. Elle fit glisser l’une des armoires de la chambres jusqu’à la porte, empêchant ainsi quiconque de forcer l’entrée. À moins d’être munie d’une force extraordinaire. L’esprit tranquille, elle prépara son nid douillet et s'avachit sur le canapé, avant de s’emmitoufler dans les couvertures.

Elle resta de longues minutes éveillée, fixant le plafond, essayant d’assimiler les évènements de la soirée, mais elle en était incapable. Tout ce qui revenait sans cesse, c’était cette déchirure au plus profond d’elle-même. Peu à peu, la fatigue prit du terrain, et ses paupières se firent de plus en plus lourdes, sa respira s’apaisa. Layla se sentit sombrer dans les bras de Morphée, mais à peine cette sensation l’eut-elle parcourue qu’elle se réveilla en sursaut.

            Il faisait grand jour à l’extérieur, comme si elle avait dormi pendant des heures. Néanmoins, ce qui l’avait tirée de son sommeil n’étaient pas les rayons du soleil qui traversaient les rideaux. Un léger grattement se faisait entendre de l’autre côté de la porte. Au départ, elle crut que c’était le chacal qui était revenu, mais au bout d’un moment, elle réalisa que c’était un son différent de celui produit par des griffes contre le bois. On aurait plus dit un frottement, accompagné de plusieurs sifflements.

« Lambert ! appela-t-elle. Lambert ! Réveille-toi !

— Hum… quoi…

— Debout ! pesta-t-elle alors qu’elle était déjà sur ses pieds.

— Encore dix minutes, m’man, bailla Lambert.

— Bouge-toi ! »

            D’exaspération, elle rejoignit  le lit et défit les draps d’un grand geste, réveillant en sursaut son ami. Celui-ci la regarda les yeux ronds, pris par surprise. Elle put pratiquement voir son cerveau sortir de son rêve puis réaliser le lieu et la situation dans lesquels ils se trouvaient, avant que les souvenirs de la veille ne reviennent à lui. Pendant un instant, Layla crut qu’il allait craquer, mais il tint bon et se leva avec des gestes lents et calculés.

« Tu entends ce bruit ? s’enquit-elle une fois qu’il fut debout.

— Euh… Oui… On dirait que quelque chose se frotte contre la porte.

— Aide-moi. Je vais pousser l’armoire puis ouvrir la porte, tandis que toi tu te prépares à frapper tout ce qui pourrait vouloir entrer.

— T’es sûre que c’est une bonne idée ? objecta Lambert. Ne vaudrait-il pas mieux juste s’enfuir et laisser la porte fermée ?

— On ne sait pas ce qui se trouve derrière. Peut-être que ça attend juste qu’on essaye de monter sur le toit pour nous frapper par derrière.

— Hum… OK, d’accord. »

            Lambert se mit en position tandis que Layla fit de nouveau glisser la lourde armoire pour dégager la porte. Une fois en place, elle prit une grande inspiration et actionna la poignée de la porte, révélant le spectacle horrifique de l’autre côté : le sol du couloir était intégralement recouvert par des serpents de toutes formes et de toute taille. Prise de panique, elle poussa un hurlement et rabattit la porte d’un coup, si puissant qu’elle en fut arrachée de ses gonds. Les serpents à proximité ne semblèrent pas apprécier et claquèrent leurs mâchoires avec fureur. Certains s’insinuèrent même dans la chambre, leurs longs corps ondulant sur le sol comme munis d’une force motrice surnaturelle.

« C’est moi, ou l’escalier est revenu ? s’étonna Lambert.

— On n’a pas le temps de théoriser ! coupa Layla, le souffle court. Il faut sortir d’ici !

— Ce ne sont que des serpents…

— Ce qui est une raison bien suffisante. Attrape le premier drap qui te vient ! »

            Attrapant toutes les couvertures qu’elle pût , Layla tenta d’ouvrir la fenêtre, mais devant sa volonté à ne pas coopérer, décida de briser le carreau d’un coup de coude. Protégée par les couvertures, elle nettoya le cadre des débris de verre puis se tourna vers Lambert qui n’avait toujours pas fini. Les serpents avaient pour leur part envahi la moitié de la pièce, et une sueur froide coula entre les muscles dorsaux de Layla.

« C’est bon ! pressa-t-elle. T’en as assez ! Viens ! »

            Alors que Lambert la rejoignit, elle passa à travers l’ouverture, s’accrochant fermement au peu de prises qu’elle avait à sa disposition. Tendant le cou au maximum, elle comprit qu’elle ne pourrait pas porter son fardeau et escalader en même temps. Sans dire un mot, elle donna ses couvertures à Lambert, qui les accepta sans protester, puis commença l’ascension vers le toit, sortant lentement son corps massif. Elle réussit à agripper le rebord de la charpente, et se hissa à la force des muscles du haut du corps comme elle avait l’habitude de le faire avec la barre de traction. Cependant, lorsqu’elle passa sa tête par-dessus le rebord, la mâchoire immense d’un serpent s’offrit à elle. Grande ouverte, complètement déformée comme si elle s’apprêtait à l’avaler toute entière. Paralysée par la terreur, Layla lâcha prise dans un cri.

            Elle vit défiler le mur puis la fenêtre devant elle, mais sa chute fut brusquement interrompue. Elle entendit un violent craquement et leva nerveusement la tête en direction du bruit. Lambert l’avait rattrapée de justesse, mais en utilisant son bras déjà fragilisé de la veille, il s’était complètement déboité l’épaule. Une nouvelle fois, Layla fut assaillie par différentes émotions : le soulagement de ne pas être morte, mais aussi la résignation qu’il était désormais impossible pour eux d’atteindre le toit. Il faudrait passer par l’étang. Un rapide coup d’œil lui apprit que les crocodiles ne nageaient pas à la surface, mais qui savait où ils se camouflaient ? Essayant d’assurer sa position en prenant appui sur la fenêtre du premier étage, Layla relâcha lentement la pression sur le bras blessé de Lambert.

« Écoute, fais passer les draps et les couvertures par la fenêtre, on va essayer de traverser le lac. Ils devraient nous protéger de l’acide.

— Et les crocodiles ?

— Si on utilise la barque, je peux nous faire regagner la rive avant qu’ils ne nous attaquent. »

            Pas franchement convaincu, Lambert s’exécuta de toute façon et balança leurs protections, qui tombèrent sur le toit du porche. Puis, suivant les instructions de Layla, il lui tendit son bras valide puis descendit, prenant appui sur ses épaules. Très lentement, Lambert glissa le long du dos de Layla, qui l’assurait toujours. Toujours sans précipitation, elle le fit choir jusqu’à ce qu’il atteigne à son tour le porche. Puis, Laya se laissa tomber à son tour, ses jambes puissantes amortissant le choc de l’atterrissage. Ils suivirent un manège similaire pour rejoindre le ponton, Layla faisant balancer Lambert du bout du bras pour qu’il ne finisse pas dans le lac, tandis qu’elle le rejoignait en faisant une traction inverse.

            Toujours sans échanger le moindre mot, ils embarquèrent à bord du canot. Étrangement, aucun crocodile ne vint à leur rencontre alors que Layla actionna les rames après que Lambert eut lâché les amarres. À chaque coup, Layla sentait la résistance de l’eau contre les pagaies, la forçant à tendre et contracter ses muscles plus que la normale. On aurait dit que l’étang était composé d’un liquide plus dense que de l’eau normale. Leur progression était risiblement lente, comme si malgré tous les efforts qu’elle y mettait, Layla peinait à les faire fendre la surface miroitante du lac. En plus de cela, si les crocodiles semblaient avoir déserté pour le moment, l’étang semblait toujours aussi acide, et la barque commençait sérieusement à sombrer.

Emmitouflés dans les draps et les couvertures qu’ils avaient apportés avec eux, Lambert et Layla étaient protégés. Cependant, lorsque le niveau atteignit pratiquement les rebords de la chaloupe, Layla commença à sentir de légères brûlures sur ses jambes et ses pieds. Et ils n’avançaient pratiquement plus, bien qu’elle y mît plus de force que jamais, faisant ressortir davantage encore les veines sur ses bras et ses pectoraux.

« Je crois qu’il va falloir qu’on abandonne cette épave, décréta-t-elle.

— Tu… Tu es sûre ?

— On n’avance plus, mais on est suffisamment proche pour rejoindre la rive à la nage. Ou même en marchant, ajouta-t-elle après avoir regardé par-dessus bord, je vois le fond. Je vais te porter, on ira plus vite comme ça.

— Mais… Et toi ? L’acide ? rappela Lambert.

— Avec les couvertures, ça devrait aller, » rassura-t-elle en lui adressant un sourire confiant.

            Hâtant les préparatifs avant qu’ils ne chavirent, Layla s’enroula dans les couvertures restantes du mieux qu’elle pût, puis porta Lambert sur ses épaules. Après une dernière hésitation, elle se jeta à l’eau, dans une grande éclaboussure. Le contact froid la surprit au départ, tandis qu’elle avait pied jusqu’au niveau de son torse. Puis très rapidement, elle sentit sa peau s’enflammer là où l’acide réussissait à s’infiltrer. Serrant les dents, elle se mit en marche le plus rapidement qu’il lui était permis. Malheureusement, la distance à parcourir paraissait une nouvelle fois infranchissable, interminable. Mais elle ne perdit pas espoir, malgré les gémissements de Lambert, malgré le martyre qu’elle subissait, elle avança un pas après l’autre.

            Alors que la rive finissait enfin par se rapprocher, et que le niveau lui arrivait à la taille, la douleur devint si insoutenable que Layla sentit une de ses jambes défaillir. De justesse, elle parvint à rattraper Lambert avant qu’il ne tombe de ses épaules. Prenant son souffle, essayant de circonscrire sa souffrance, elle réunit ses forces pour se relever. Sauf que rien ne se produisit, elle resta dans la même position. Déroutée, elle retenta de nouveau, mais cette fois-ci sa deuxième jambe faillit également. Layla était sur ses deux genoux et était incapable de se relever, ni même d’avancer tout court. Au bout de quelques instants, elle comprit avec horreur qu’elle ne s’était pas effondrée. Ses jambes avaient été rongées et s’étaient arrachées. C’était comme avoir des millions de petites bêtes qui grignotaient chaque parcelle de peau exposée.

            Lorsque Layla réalisa qu’elle avait la même sensation partout sur son corps immergé, elle accepta son sort. C’en était fini pour elle. Alors qu’elle s’enfonçait inexorablement, que ses cuisses commençaient à se dissoudre à leur tour, Layla concentra ses derniers efforts et souleva Lambert par-dessus sa tête. Tentant de garder l’équilibre, bras tendus, elle raffermit sa prise, fléchit puis lança Lambert aussi loin qu’elle put. Son ami atterrit sain et sauf sur le rivage, roulant dans la poussière. Avant qu’il n’ait pu réaliser quoi que ce soit, Layla s’était totalement effondrée, son corps complètement rongé par l’acide. Elle n’avait plus la moindre sensation lorsque les ténèbres l’enveloppèrent à son tour.

 

Note de fin de chapitre:

Tadaa !

Mais attendez ! Je ne peux pas finir comme ça, n'est-ce pas ? Il manque pleeeiin de réponses ! Ca tombe bien, parce que l'épilogue arrive juste après ! A très vite donc ;)

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