Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :

Coucou ! Pardon pour le retard, mais j'ai eu des journées bien remplies et pas trop le temps de passer ici. Je vous propose le 4ème chapitre ! Mine de rien, on commence à se rapprocher de la fin.

Chapitre 4 – Ufuoma

 

 

 

La vision d’horreur qui s’offrit à eux déconnecta Ufuoma de toute réalité. Un bouillon d’écume et de sang agitait l’étang à l’endroit où Victor avait disparu sous la surface, tandis que les remous provoqués par le déchaînement des créatures aquatiques faisaient tanguer la barque, aspergeant le ponton. Des volutes de fumée s’élevaient là où les gouttes avaient éclaboussé le porche. Le poids de Layla se fit soudainement plus pesant, et ce n’est qu’avec l’aide de Lambert qu’Ufuoma réussit à la raccompagner à l’intérieur, tandis que des crocodiles commençaient à s’intéresser à eux. La rameuse s’effondra sur le canapé, en sanglots, tandis que les deux autres restèrent immobiles sans rien faire.

Ufuoma essayait d’assimiler les derniers évènements, mais elle en était incapable, et elle sut au visage de Lambert qu’il ressentait la même chose. Lorsqu’elle avait vu Annick se faire dévorer vivante, ce n’était pas l’atrocité du spectacle qui l’avait le plus marquée. Tout au fond d’elle-même, elle avait senti quelque chose se briser, quelque chose qu’elle avait depuis toujours considéré comme un pilier inébranlable. Et non seulement ce pilier s’était fissuré, fracturé puis effondré, mais c’était comme si quelqu’un l’avait enroulé avec une chaîne et l’avait ensuite arraché avec toute la violence de l’univers. On aurait pu ouvrir la poitrine d’Ufuoma et lui en extraire son propre cœur qu’elle n’aurait rien senti de différent.

La même chose s’était produite avec Victor, alors qu’elle le connaissait à peine. Pire, au fond d’elle-même, elle le haïssait pour son comportement dévergondé, ses remarques grivoises, sa façon de la reluquer constamment sans la moindre vergogne. Ufuoma avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne comprenait pas ce que Layla avait pu lui trouver, comment elle avait pu tomber amoureuse et sortir avec lui pendant plus de trois ans. C’était tout simplement inconcevable. Mais au-delà de ça, Ufuoma ne comprenait pas pourquoi elle se sentait écorchée par la mort de Victor. Bien sûr, pour rien au monde elle n’avait voulu sa mort, et toute personne normalement constituée était foudroyée lorsqu’elle était témoin d’un tel évènement. Mais Ufuoma avait malheureusement déjà vu des personnes mourir, parfois de façon brutale, parfois plus proches qu’elle ne l’était de Victor, et elle était très loin d’avoir enduré quelque chose d’aussi violent.

Revenant peu à peu à elle, Ufuoma prit conscience de la situation. Ils étaient piégés dans cette maison, sans moyen de s’en échapper. D’une façon ou d’une autre, ils avaient provoqué quelque chose de maléfique qui s’acharnait à les éliminer un par un. Elle était certaine qu’il n’y avait eu aucun crocodile dans l’étang lorsqu’ils étaient arrivés. Les créatures se seraient jetées sur eux lorsqu’ils avaient chargé la barque. De la même façon, il n’y avait aucune raison pour que le chacal ait pu s’enfermer dans la chambre d’Annick. Ufuoma était certaine que celle-ci était vide lorsqu’elle y avait déposé les affaires de son amie. La question était donc de savoir si cette cabane avait des pièges cachés que quelqu’un activait régulièrement ; ou bien si cela masquait quelque chose d’autre.

Layla était toujours en sanglots sur le canapé, incapable de se contrôler. En revanche, Lambert avait arrêté de faire les cent pas et était immobile devant la porte de la cuisine, se tenant la tête dans les mains. S’ils voulaient sortir, ils devaient agir vite, aussi Ufuoma prit les devant. Inspirant tout l’air dont elle était capable, elle essaya d’attirer l’attention de ses amis en claquant des mains.

« Il faut trouver une façon de sortir d’ici !

— Et comment ? s’exclama Lambert qui perdait patience. On ne peut pas traverser l’étang sans se faire dévorer vivant !

— La cabane a deux étages, fit remarquer Ufuoma. Si on arrive à grimper sur le toit, on devrait pouvoir réussir à attraper une des branches d’arbres et s’en servir pour se balancer jusqu’à la berge. Il nous faut juste des draps et quelque chose pour les accrocher.

— Comment savoir si cette maison va nous laisser faire ? se lamenta son ami. Qu’est-ce qui nous dit qu’il n’y a pas d’autres créatures à l’étage ?

— On va d’abord commencer à fouiller la maison pièce par pièce, préconisa-t-elle, et s’assurer qu’il n’y a pas d’autres surprises du genre, d’accord ?

— Vic… Victor avait une clé en croix dans ses affaires, révéla alors Layla entre deux sanglots. Et un pied de biche… Peut-être qu’on peut s’en servir.

— OK. Ça pourrait faire l’affaire. Lambert, va dans la cuisine et tente de récupérer un couteau ou tout ce qui pourrait nous être utile pour se défendre. »

            Celui-ci hocha la tête et disparut dans la pièce. Layla s’était levée, chancelante, pour se diriger là où se trouvaient toujours les affaires de Victor. Elle s’agenouilla, ouvrit le sac et commença à fouiller, mais elle s’interrompit au bout de quelques secondes, éclatant de nouveau en sanglots. Ufuoma se précipita au secours de son amie et l’enlaça avec douceur, tentant de l’apaiser en lui chuchotant des mots de réconfort. De son autre main, elle tira du sac le pied de biche et la clé en croix. Lambert revint quelques secondes plus tard, armé d’un couteau de cuisine, un hachoir et d’un pic à glace. Des armes rudimentaires, mais ils n’avaient pas d’autres options s’ils voulaient sortir vivants.

« OK. Bon, je pense qu’il est sage de dire que le rez-de-chaussée est probablement sécurisé. La cuisine est la seule autre pièce, et nous l’avons utilisée à plusieurs reprises sans soucis. Idem avec le salon où nous nous trouvons actuellement.

— Il y a une salle de bain, rappela Layla. On… On ne l’a pas vérifiée, celle-là. »

            Ufuoma concéda la remarque d’un léger murmure. Ils devaient se montrer méticuleux, alors autant ne rien laisser au hasard. Chacun armé d’une arme, ils s’avancèrent vers la seule porte fermée de l’étage. Lambert menait le groupe, son pic à glace brandi vers l’avant. Ufuoma ne put s’empêcher de sentir une sorte de calme se répandre en elle, comme si la simple présence de son ami la rassurait. Lambert n’avait jamais eu d’yeux que pour Layla, mais depuis que celle-ci était montée vers Paris, il s’était beaucoup plus ouvert à Ufuoma. Elle avait eu le coup de foudre dès qu’elle l’avait croisé, trois semaines après le début du semestre. Dans sa timidité maladive mais sa désinvolture permanente, elle y avait trouvé une sorte d’inspiration qui faisait battre son cœur un peu plus chaque jour. Elle n’avait jamais trouvé le bon moment pour le lui avouer, mais Ufuoma se jura que quand ils s’en sortiraient, elle l’embrasserait sans préavis.

            Le groupe n’était plus qu’à deux pas de la porte. D’un commun accord silencieux, Lambert effectua un bond le plus silencieusement qu’il pût et alla se placer à l’opposé de la poignée. Ufuoma se tint prête, le pied de biche armé, prêt à asséner un coup à tout ce qui sortirait de derrière ce panneau de bois. Elle sentait la sueur couler le long de son dos, sa respiration s’accélérer progressivement. Ufuoma espérait sincèrement que leur aventure ne s’arrêterait pas ici, que quelque chose d’insurmontable ne surgirait et ne les massacrerait pas dans la moindre hésitation. Elle voulait s’en sortir. Lambert posa la main sur la poignée et l’ouvrit brusquement. La lumière de la salle de bain s’alluma automatiquement, mais cela ne fit que révéler le vide qui l’habitait. Pas le moindre signe de monstre.

            Se permettant de laisser échapper un soupir de soulagement, Ufuoma se détourna lentement vers les escaliers. Désormais, ils avanceraient en terra incognita. Cette fois-ci, ce fut elle qui prit les devants en montant sur la première marche. Un léger craquement se fit entendre, mais rien de plus effrayant ne vint se joindre à la partie. Elle savait que le chacal pouvait être là à tout moment. À dire vrai, c’était là sa plus grande crainte : que la créature les empêche de poursuivre jusqu’à l’étage supérieur. Lorsque son champ de vision passa au-dessus du palier, Ufuoma marqua un temps d’arrêt pour s’assurer que la voie était libre. Aucun signe du chacal, pas même le moindre grattement sur le sol. Pris d’un élan de témérité, elle décida de tapoter le pied de biche contre la rambarde.

« Qu’est-ce que tu fais ? s’affola Layla d’une voix sifflante.

— J’essaye de voir s’il est toujours là.

— Il doit être en train de dormir, ne le réveille pas ! »

            Ne voulant pas tenter le diable, Ufuoma stoppa sa distraction et reprit la montée des marches, les sens aux aguets. Lorsqu’elle posa le pied sur le palier, elle contourna la balustrade en direction de l’autre escalier, tout en essayant de garder en vue toutes les portes. Lorsque Layla et Lambert l’eurent rejointe, elle se retourna et surveilla la nouvelle volée de marches. Elle tenta un coup d’œil mais ne vit rien. Son attention revint alors à l’étage où ils se trouvaient. Tout semblait étrangement calme, presque trop calme.

« Dites, c’est bizarre, murmura alors Lambert.

— Quoi ?

— Il n’y a aucune trace d’Annick devant la porte de sa chambre. »

            Soudain munie d’un mauvais pressentiment, Ufuoma se détourna du coin obscur qu’elle fouillait pour rejoindre ses amis le plus rapidement possible. De son bras libre, Lambert désignait la porte devant laquelle Annick s’était fait attaquer. Non seulement celle-ci était fermée, mais Lambert avait raison : il n’y avait pas la moindre trace de leur amie. Son cadavre, qui se trouvait à travers l’encadrement, avait tout simplement disparu. Mais le plus étrange, c’était qu’il ne subsistait aucune trace de sang ni de chair du massacre, aucun signe qu’elle avait été traînée quelque part. Les murs et le parquet étaient comme neufs. Ufuoma s’agenouilla et fit glisser sa main sur le sol : il était sec. Aucun produit de nettoyage n’avait été appliqué, et le bois n’était pas engorgé par le sang d’Annick. C’était comme s’il ne s’était jamais rien passé. Quel était donc ce prodige ?

« Elle est passée où, Annick ? demanda Layla d’une petite voix.

— Je l’ignore, » avoua Ufuoma.

            Se relevant, elle décida d’ouvrir la porte de la chambre. Celle-ci était tout aussi impeccable que le couloir. Annick ne s’y trouvait pas, mais surtout, tous les dégâts du carnage provoqué par le chacal avaient disparu, tout était de nouveau dans le même état que lorsqu’elle était venue déposer les affaires de son amie. Le sac était d’ailleurs toujours là où elle l’avait posé, au pied du lit. La fenêtre était fermée. Le pressentiment d’Ufuoma ne fit que se renforcer davantage. Elle ouvrit les autres portes de l’étage, ne faisant que révéler des pièces tout aussi vides et nickel que le reste. Ça en devenait inquiétant de voir une propreté presque clinique dans une cabane au milieu des bois, inhabitée depuis des mois. Presque surnaturel.

            Avec un léger pincement au cœur, Ufuoma regarda de nouveau le palier de l’étage supérieur. Si le chacal était toujours dans la maison, il ne pouvait se trouver que là-haut. Il n’avait pu sortir sans qu’ils le remarquent. Cependant, est-ce que tout ceci était bien réel ? Quelle force fantastique animait cette demeure ? Si elle avait le pouvoir de faire disparaître toute trace d’un bain de sang, que pouvait-elle bien faire d’autre ? Cette fois-ci, Layla prit la tête du groupe et monta les premières marches, son couteau prêt à fendre l’air. Pendant un instant, Ufuoma fut distraite par les jambes de son amie : à chaque pas, la jupe de sa robe s’animait de léger balancement, révélant les incroyables mollets de ses jambes. Un rapide coup d’œil en coin lui permit de réaliser que Lambert était tout aussi obnubilé par le spectacle.

            Une nouvelle fois, l’ascension se fit sans anicroche. Layla atteignit rapidement le dernier étage, et posa ses pieds sur le palier, le regard alerte. Toute la cabane se mit alors à trembler, comme si elle était traversée par un violent séisme. Sauf que ça n’avait pas de sens, ils étaient en plein dans le Midi, il n’y avait jamais de tremblements de terre par ici. Essayant de prendre appui sur la rambarde, Ufuoma et Lambert faillirent perdre plusieurs fois l’équilibre. Soudain, sans prévenir, l’escalier se déroba sous leurs pieds. Prise d’un accès de panique, Ufuoma sentit son cœur bondir dans sa poitrine tandis que ses entrailles remontaient comme si elles voulaient sortir par sa gorge. Elle tournoya les bras en l’air, cherchant désespérément une prise pour se retenir, et finit par sentir une poigne solide lui attraper le poignet. Elle regarda ses jambes se balancer dans un vide sans fond, et fut aussitôt prise de vertige. Il lui fallut toute la force de sa volonté pour regarder en l’air.

            Layla s’était allongée à plat ventre sur le palier et avait rattrapé de justesse Lambert et Ufuoma, un dans chaque main. Son visage était tendu par la concentration, les veines palpitant le long de son cou, mais le plus incroyable était de voir les muscles de ses épaules et de ses bras littéralement exploser. Ses épaules étaient striées comme si sa peau était devenue transparente et laissait voir ses deltoïdes, tandis que ses bras s’étaient gonflés dans des proportions inhumaines, en donnant l’impression de pouvoir briser n’importe quel bracelet.

« Ufuoma, tu vas bien ? s’inquiéta Lambert.

— Je… Je crois, bafouilla-t-elle. Je… j’ai le vertige.

— Essaye de ne pas regarder en bas. Layla, tu peux nous remonter ?

— Plus facile à dire qu’à faire, grogna-t-elle entre ses dents. Essayez de ne pas trop vous balancer, je ne vais pas tenir longtemps. »

            Ufuoma sentit la poigne de son amie se raffermir davantage, au point de lui broyer ses propres phalanges. Ne voulant pas perdre prise, elle s’agrippa de ses bras à celui de son amie et essaya de rester le plus calme possible. Au bout d’un moment, elle sentit son propre corps s’élever de quelques centimètres, alors que Layla geignait de plus belle. Les muscles de ses bras prirent des proportions encore plus gigantesques. Peut-être était-ce l’adrénaline ou une simple illusion suite à la panique qui l’envahissait, mais elle aurait pu jurer que Layla aurait pu rendre ridicule n’importe quel bodybuilder. Une vive secousse entraîna alors Ufuoma vers le bas, arrachant un hurlement de frayeur à celle-ci, et de douleur à Layla. Alors qu’elle regardait vers le bas, Ufuoma réalisa alors qu’un immense tentacule s’était enroulé sournoisement autour d’une de ses jambes. Elle était incapable de voir la créature à qui il appartenait, mais celle-ci la drainait irrémédiablement vers le fond. Ufuoma se mit alors à paniquer et à s’agiter dans tous les sens, essayant de se débarrasser de l’appendice.

« Bon sang, Ufuoma, tiens-toi tranquille ou je vais lâcher ! »

            Elle était trop affolée pour avoir la moindre réaction consciente. Les céphalopodes étaient la pire de ses phobies, sans le moindre doute, encore pire que le vertige. Sans relâcher ses efforts, Ufuoma se contorsionna le plus vivement dont elle était capable, mais le tentacule tenait bon et l’attirait irrésistiblement vers le bas. Elle sentait la poigne de Layla s’affaiblir, ses mains glisser. Une nouvelle secousse énergique et Ufuoma se sentit partir. D’un seul coup, elle était libérée de toute entrave, seule la gravité agissait. Le vent siffla dans ses oreilles, faisant tournoyer ses cheveux crépus. Elle était trop surprise pour émettre le moindre son. Loin au-dessus d’elle, les silhouettes de Lambert et Layla rapetissaient à vue d’œil, jusqu’à devenir de minuscules points au bout d’un immense tunnel sombre. Finalement, elle ne s’en sortirait pas , jamais elle ne pourrait avouer ses sentiments à Lambert. Et l’obscurité se fit totale.

 

Note de fin de chapitre:

Il n'en reste donc plus que deux ! J'espère que ce chapitre, un peu moins sanglant, vous aura plu. La suite arrivera prochainement, j'espère ne pas trop faire traîner cette fois-ci ^^

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.