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Notes d'auteur :

Salutations à toutes et à tous ! Et on continue avec ce second chapitre, qui permet de poser un peu plus les personnages. Faites attention, on y trouve déjà des indices ;)

Bonne lecture !

Chapitre 2 – Annick

 

 

 

Comme convenu, tout était en ordre. Annick n’avait parlé aux propriétaires que par mails interposés, mais ils lui avaient assuré que la maison serait rangée et propre. Le scepticisme d’Ufuoma n’était que le reflet de sa manie à vouloir tout contrôler en permanence. D’ailleurs, les regards équivoques qu’elle lançait à Victor en était une autre expression. D’accord, Annick avait oublié de prévenir ses deux amis que Layla avait prévu de venir avec son ex pour ne pas le laisser en plan, mais ce n’était pas une raison pour lui en vouloir. C’était déjà bien qu’ils aient pu tous se réunir avec leurs emplois du temps surchargés. Surtout qu’ils avaient tous besoin de prendre un moment pour souffler et se ressourcer, faire le point et repartir du bon pied. Au fond d’elle-même, Annick savait qu’il y avait quelque chose d’autre aussi dans sa volonté à organiser cette réunion, mais elle en ignorait encore la signification.

Victor prit les devants et jeta négligemment ses affaires au pied du canapé, avant de s’y jeter sans réserve, posant ses pieds sur la table basse en verre face à lui. Son bras tâtonna à la recherche de la télécommande qu’il finit par trouver et alluma la télévision, puis zappa sur les différentes chaînes jusqu’à tomber sur un quelconque programme de télé-réalité. Une main dans son short, il resta ainsi sans rien faire tandis que Layla et Ufuoma montaient à l’étage. Lambert était toujours tétanisé par la transformation physique de leur amie, et Annick décida de ne pas le brusquer. Il avait été amoureux de Layla depuis le premier jour qu’il l’avait vue sur les bancs de la fac, le choc devait être brutal. Le pas léger, elle décida de se rendre vers la cuisine. Toute équipée comme promis, et le frigo déjà rempli. C’était mieux qu’à l’hôtel !

« Il n’y a que trois chambres, annonça Ufuoma en la rejoignant. Il va falloir partager.

— Pas la peine, rassura Layla en entrant à son tour. Je peux prendre le canapé, et Victor a amené un matelas gonflable.

— Mais du coup, vous dormirez dans la même pièce, fit remarquer Ufuoma.

— Ce n’est pas comme si c’était notre première fois.

— Mais vous n’avez pas rompu ? s’enquit Lambert qui était sorti de sa catatonie.

— Oui bien sûr, mais ça n’empêche pas qu’on puisse passer une nuit…

— Non, mais c’est bon, je vais prendre le canapé ! Tu n’as pas à y dormir, ce ne serait pas galant de ma part.

— Je t’assure, Lambert, ça ne me dérange absolument pas. Je sais que tu as toujours eu des difficultés à dormir.

— Non, non, c’est bon ! Je dormirai sur le canapé ! » insista-t-il.

            Annick détourna le regard pour cacher le sourire qui se formait sur son visage. Visiblement, Lambert était toujours subjugué par Layla, peut-être même plus que d’habitude.

« Boarf, de toute façon je ne compte pas utiliser mon matelas bien souvent, intervint alors Victor, adossé à la porte. Tu n’as pas de soucis à te faire, puceau.

— Victor ! »

            Layla s’était tournée brusquement vers son ex, le regard flamboyant, tandis que les joues de Lambert avait viré au rouge écarlate. Bon, ce n’était un secret pour personne, mais peut-être que ce n’était pas une façon d’en faire mention. Sentant que la situation pouvait s’aggraver à tout moment, Annick décida d’intervenir.

« Et si on faisait une partie de cartes en attendant l’apéro ?

— T’as apporté un paquet ? s’étonna Ufuoma.

— Ben oui, pourquoi pas ?

— Mais on n’y joue jamais ! À chaque foistu dis que tu n’aimes pas y jouer ! Si j’avais su, j’aurais pris plusieurs jeux que j’ai chez moi.

— Pourquoi le fait de ne pas aimer m’oblige à ne pas apporter un jeu ? »

            Ufuoma laissa échapper un soupir d’exaspération en levant les yeux au plafond avant de sortir de la cuisine, suivie par les autres, tandis qu’Annick sortait le paquet qu’elle avait apporté de son sac. La table du salon avait exactement cinq chaises. Layla et Victor s’installèrent d’un côté, respectivement face à Lambert et Ufuoma. Celle-ci ne sembla pas apprécier sa position devant les regards gourmands de son vis-à-vis.

« On joue à quoi ? demanda Lambert.

— C’est des cartes à jouer ? s’informa Victor. Si ça ne tenait qu’à moi, je verrais bien un strip poker, mais il manque peut-être un peu d’alcool pour ça.

— Je pensais qu’on pouvait commencer par une Dame de Pique, proposa Annick. Tout le monde sait y jouer, vu que c’est sur l’ordinateur.

— On peut parfois se poser la question, maugréa Ufuoma.

— C’est quoi les règles ? s’enquit Layla. Tu sais que je ne suis pas trop branchée informatique, Annick, et je n’ai jamais entendu parler de ce jeu.

— On va nous distribuer des cartes, intervint Lambert avant que quiconque ait pu ouvrir la bouche. Le but, c’est de s’en débarrasser en marquant un nombre minimal de point. La Dame de Pique vaut treize points, les cœurs un point chacun. Ce qui va déterminer qui gagne le pli sera cependant la valeur des cartes comme à la Bataille. On doit toujours jouer la couleur que le premier joueur pause, sauf si on n’en a pas, et tant que personne n’a coupé avec un cœur, on ne peut pas entamer un pli avec ; et c’est le 2 de Trèfle qui ouvre la manche.  La partie se termine lorsqu’un joueur atteint les cent points, et celui qui en a le moins gagne…

— Oui, en parlant de ça, intervint Victor, je propose de corser un peu le jeu. Compter les points, c’est bon pour les mauviettes. Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus marrant ?

— Et quelle est donc cette idée si géniale ? s’exaspéra Ufuoma.

— Le vainqueur d’une manche donne un gage au perdant, révéla Victor. Et j’ai déjà quelques idées qui vont mettre un peu d’ambiance. »

            Ufuoma soupira de nouveau, mais ne sembla pas faire part d’une quelconque opposition à l’idée. Annick et Layla hochèrent la tête, tandis que Lambert préféra se terrer dans son silence. Il n’avait jamais vraiment aimé les gages, mais il semblait résolu à faire plaisir à Layla. Annick mélangea le paquet et entama la distribution des cartes, avant de finalement s’asseoir. Suivant la règle, elle décida de donner son Roi et son As de Pique, et son Roi de Carreau à Lambert ; tandis que Layla lui donna son As, sa Dame de Carreau et son 9 de Pique. Tout le monde tria ses cartes et s’apprêta à débuter.

« N’oubliez pas, intervint alors Annick. Nous sommes ici pour épurer notre esprit de toutes les mauvaises choses qui hantent notre vie. Tâchons de passer un bon moment et d’enterrer nos démons intérieurs une fois pour toutes. »

            Tout le monde la regarda l’air incrédule, même Victor ne pensa pas à afficher son habituel sourire sardonique. Mais d’un commun accord, ils agréèrent d’un hochement de tête et se préparèrent à lancer la manche. Ce fut Layla qui joua le 2 de Trèfle, forçant Annick à se débarrasser de sa Dame. Lambert enchaîna avec un Valet, tandis que Victor se contenta d’un 5 et Ufuoma surenchérit avec le Roi. Elle ouvrit le bal en posant directement le 3 de Pique. Layla coupa à Cœur, tandis qu’Annick joua le 2. Lambert en revanche posa directement la Dame.

« Dis, t’as expliqué les règles, mais es-tu bien sûr de les avoir comprises ? » plaisanta Victor en posant son Valet.

            Lambert ne répondit pas, comme s’il était concentré sur le prochain mouvement. Ufuoma réfléchit quelques instants, son regard alternant entre sa main et Lambert, comme si elle essayait de percer sa stratégie, avant de finalement se décider pour le 5. Lambert ramassa le pli et joua directement l’As de Cœur, et chacun y déposa une carte à forte valeur, à l’exception d’Ufuoma qui se contenta d’un 3. La partie continua ainsi, dans un silence entrecoupé uniquement par les ralliements de Victor à chaque fois que Lambert gagnait un pli pour enchaîner à Cœur. Il posa sa dernière carte, le 2 de Cœur. Victor, qui n’avait plus de Cœur depuis longtemps, coupa à Carreau, mais Ufuoma sortit alors un 8.

« Non ! s’exclama Lambert sous l’effet de la frustration.

— Tu pouvais tenter de déménager la cloche de bois avec ces amateurs, répliqua Ufuoma en récupérant le pli, mais ta tactique a été assez évidente dès le départ.

— La quoi de bois ? s’enquit Layla.

— C’est une stratégie qui consiste à récupérer tous les Cœurs et la Dame de Pique, développa Ufuoma. Normalement, ces cartes te donnent des points et te font donc perdre ; mais si tu les récupères toutes, tu infliges vingt-six points à chacun des autres joueurs.

— Je crois que nous avons un perdant, se gaussa Victor.

— Oui, et comme vous n’avez récupéré aucune carte à points, Annick, Layla et toi êtes à égalité de points.

— C’est donc à moi de décider le gage de ce cher Lambert, poursuivit-il en passant ses bras autour des épaules de son voisin.

— Et pourquoi tu déciderais seul ? intervint Annick.

— Parce que j’ai déjà une idée. Du coup, Lambert, tu vas nous faire un petit show…

— Quel genre de show ? s’inquiéta celui-ci d’une petite voix.

— Tu vas faire un bras de fer avec Layla.

— Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? objecta-t-elle.

— Me dis pas que t’as pas envie de frimer un peu. Allez, et si le gringalet gagne, ça lui donnera sans doute assez la trique pour te demander de coucher avec lui.

— Bon OK, finit-elle par accepter en se mettant en position. Mais pas de vidéo ! »

            Lambert avait viré pivoine, complètement immobile devant le bras dressé face à lui de Layla. Ufuoma était sur le point d’intervenir, mais Annick l’en dissuada d’un signe de tête. C’était une façon pour Lambert de surmonter la paralysie qui le tétanisait depuis qu’il avait revu Layla. Et puis Victor avait raison, ça pourrait s’annoncer amusant. Au bout d’un moment, Lambert se décida et empoignant la main de Layla. Victor donna le départ, et aussitôt Lambert poussa de toutes ses forces, les veines de son cou saillantes. En réponse, Layla se contenta simplement de résister, son biceps, ses épaules et son pectoral à peine contractés.

« Allez, Lambert ! Essaye au moins de le bouger un peu ! » chambra Victor.

            Cependant, Layla, soit parce qu’elle commençait à s’ennuyer soit parce qu’elle voulait abréger l’humiliation, fléchit légèrement ses muscles et claqua la main de Lambert sur la table en un clin d’œil. Le perdant eut un léger cri de douleur, se tenant le bras, ce qui eut pour effet d’accentuer l’hilarité de Victor alors qu’Ufuoma lui lançait des regards noirs.

« Ça va Lambert ? se renseigna Layla. Pardon si je t’ai fait mal.

— Non, ça va, merci.

— Hé bé, je vois que tu n’as rien perdu ! s’extasia Victor. Tu sais quoi ? Je crois que tu me fais encore bander.

— Et si on revenait à la partie ? » s’agaça Ufuoma.

            Ce fut Ufuoma qui s’occupa de distribuer les cartes. Cette fois-ci, Annick donna son As de Pique, son Roi de Carreau et sa Dame de Trèfle à Layla, qui lui transmit la Dame de Pique, l’As et la Dame de Cœur. La partie s’engagea. De toute évidence, Lambert avait abandonné sa stratégie. Ce fut Layla qui écopa de la Dame de Pique, ainsi que de deux plis coupés à Cœur par Victor et Annick. Ufuoma remporta la manche, mais refusa de donner un gage. Victor, étant arrivé second, sauta sur l’occasion et défia son ex petite-amie de tenir une minute en faisant la planche avec Annick et Ufuoma sur le dos. Cette dernière refusa de prendre part au jeu, mais les deux autres jeunes femmes acceptèrent.

Layla se positionna sur ses coudes, le buste, l’abdomen et ses jambes à seulement dix centimètres du sol, tandis qu’Annick prit position sur le dos musculeux de son amie. Elle ne put s’empêcher de remarquer à quel point celui-ci était dur et circonvolué. Après ce qui parut bien plus d’une minute, Victor concéda sa défaite et Annick quitta sa position. Sans même montrer le moindre signe de fatigue, Layla se releva en s’accroupissant puis sautant en l’air, et regagnasa place, le regard triomphant.

« Ça se sont des vraies tablettes de chocolat, ajouta-t-elle en tapotant son ventre avec emphase. Va falloir trouver autre chose si tu veux les mettre à l’épreuve. »

            Ils se remirent en place et débutèrent la troisième manche, qu’Annick remporta au détriment d’Ufuoma. Victor semblait être déjà prêt à proposer un nouveau gage, mais Annick ne le laisserait pas faire. Il était plus ou moins évident ce qu’il avait à l’esprit. Aussi, jugea-t-elle de challenger son amie sur un terrain qu’elle maîtrisait bien.

« Ufuoma, quelle est la capitale du Kazakhstan ?

— Astana, répondit-elle sans hésitation.

— Attends ! intervint Victor. Comment on fait pour savoir si elle a juste ? Qu’est-ce que j’en sais moi de quelle est la capitale du Kazatan !

— Crois-bien que si tu es incapable de connaître la réponse, Ufuoma la connaît, répliqua Lambert d’un ton étonnamment acide.

— La capitale du Ghana ?

— Accra ! »

            Annick et Ufuoma continuèrent ce petit jeu pendant une dizaine d’autres capitales mondiales, agrémentées parfois par des questions inversées posées par Lambert – deviner le pays à partir de la capitale. À chaque fois, Ufuoma répondit juste et sans hésitation. Au bout d’une cinquantaine de questions supplémentaires qui portèrent sur divers aspects de culture générale, Victor sembla perdre patience.

« Bon, ça va ! Ça va ! J’ai compris ! C’est une tronche ? Et alors ? Ça ne la rend pas moins baisable, du moment qu’elle ne joue pas Wikipédia au pieu ! »

            Le regard venimeux d’Ufuoma ne valut pas celui choqué de Lambert, si celui outré d’Annick. Layla avait déjà ouvert la bouche pour s’offusquer, mais un bruit semblable à un grattement provint d’au-dessus de leurs têtes. D’un même mouvement, ils détournèrent tous le regard vers le plafond. On aurait dit qu’un petit animal, comme un chien, était en train de gambader dans la pièce au-dessus.

« C’est dans ma chambre, observa alors Annick.

— Les propriétaires t’ont-ils prévenue qu’il y avait un animal ici ? s’enquit Ufuoma.

— Non.

— On ferait peut-être mieux d’y aller, suggéra Layla. Si c’est un animal sauvage qui s’est retrouvé coincé ici, il faudrait le libérer avant qu’il ne devienne dangereux.

— Et comment il serait arrivé jusqu’ici ? fit remarquer Victor.

— Ça ne change pas, il faut qu’on aille voir, » assura Lambert d’une voix ferme.

            Le groupe d’amis se leva comme un seul homme et se dirigea vers les escaliers, Annick en tête. Gravissant les marches le plus calmement du monde pour ne pas effrayer la créature à l’origine du bruit qui persistait, elle finit par atteindre le palier. Prête à réagir, elle poussa délicatement la porte de sa chambre. Elle y découvrit ses affaires complètement mises sens dessus-dessous, les draps et les rideaux déchiquetés, les meubles et le parquet lacérés. Au centre de la pièce se tenait un chacal. Pendant un instant, la jeune femme ne parut même pas surprise de la présence de l’animal, elle ressentait au contraire une étrange sensation dans ses entrailles. Comme si on essayait de la prévenir de quelque chose.

Soudain, tout se fit clair à ses yeux. Mais avant qu’elle ne puisse partager sa pensée avec les autres, le chacal bondit et atterrit sur sa poitrine, la renversant en arrière. Prise par surprise, elle ne réalisa même pas que l’animal avait déjà entrepris de lui labourer la gorge et une partie de son épaule, faisant jaillir un flot continue de sang. Annick n’entendit même pas ses amis s’horrifier à la vue du spectacle sanglant. Elle ne voyait que son épiphanie et comprit ce qu’elle venait de perdre. Puis tout devint blanc.

 

Note de fin de chapitre:

Et on lance donc les hostilité au passage ^^

J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire ou à poser vos questions. La suite arrivera bientôt :D

A très vite !

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