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La lumière qui guide Clélie depuis son départ cède brusquement la place aux ténèbres à l’instant où elle franchit les portes de la ville. Ce changement soudain est comme un avant-goût de ce qui l’attend dans les mois à venir et elle regrette d’avoir accepté de quitter son propre royaume. Tout ce qui lui plaît chez elle est ici remplacé par une noirceur qui la fait frissonner à chacun de ses pas, montrant clairement les différences qui existent entre les deux peuples.

Les gardes qui l’accompagnent lui permettent de s’attarder un peu pour regarder toutes ces nouveautés. L’architecture de la ville n’est pas sans rappeler celle qu’elle a abandonnée, le palais et le temple principal sont opposés géographiquement et semblent être le reflet l’un de l’autre. Les maisons se dressent avec majesté, chaque habitation a une surface bien définie, sans gêner sa voisine. L’harmonie étrange qui s’en dégage frappe la jeune femme, elle ne s’attendait pas à trouver autant de régularité chez ses adversaires, ayant toujours entendu dire qu’ils ne connaissent que le chaos.

Se sachant observée, elle se retient d’effleurer les pierres noires qui couvrent les murs, même si la curiosité est de plus en plus vive dans son esprit. Elle n’a connu que le marbre et l’ivoire, si blancs et si purs, loin des ombres de cet endroit qu’elle commence déjà à détester. Clélie ne peut pas apprécier une ville où le soleil ne se lève jamais, où seule la pluie est la compagne de ses habitants. Elle a appris à vivre dans la clarté du jour, s’imprégnant de la douceur du ciel diurne pour lutter contre l’obscurité de la nuit. Elle est en train de se jeter à bras ouverts dans un lieu qui est l’exact contraire de ses habitudes.

Les murmures la suivent pendant sa marche, elle entend les questions et les soupçons. Ce n’est pas elle qui devrait être là, elle en a conscience, mais elle ne prononce pas le moindre mot. En se sacrifiant à la place des otages, elle a voué son avenir à l’inconnu, ignorant le temps qu’elle passera dans ce royaume qui n’est pas le sien. Les longs mois prévus par le pacte peuvent se transformer en années, ce ne serait pas la première fois et la jeune femme craint d’être prisonnière de ces murs. Tant d’hommes et de femmes ont franchi les limites de la frontière sans jamais revenir chez eux.

Ses yeux se posent plus longtemps sur le palais royal. Dans quelques heures, au plus tard, elle aura découvert ses appartements, cage dorée servant à lui faire croire qu’elle est une invitée de haut rang plutôt qu’une captive. L’imposant monument n’offre aucune fioriture, tout est épuré de la base au sommet, y compris sur les façades principales. Les deux immenses statues de dragons qui en gardent l’entrée sont les seules décorations autorisées à l’extérieur, images de la puissance divine qui soutient les armées de ce royaume.

Avec appréhension, Clélie arrive devant les grilles du palais. Il est désormais trop tard pour changer d’avis, elle a passé le point de non-retour. Elle est en plein cœur d’un endroit qui lui est totalement étranger, sans ses proches pour la réconforter. Avancer est désormais difficile, le moindre pas la rapproche de longues semaines de doutes et d’enfermements. Un coup d’œil en arrière l’informe sur la foule qui s’amasse derrière elle, poussée par un désir malsain d’assister à son entrée dans l’un des bâtiments les plus importants de la ville.

L’odeur des jardins est prenante tandis qu’elle se dirige vers les portes du palais. Les fleurs parviennent à survivre dans un environnement où la lumière n’est qu’un lointain souvenir, comme une lueur d’espoir. Si des plantes se développent sans le moindre rayon du soleil, elle s’en sortira. Cette pensée lui apporte un regain d’énergie, elle pousse d’elle-même les battants des portes, défiant du regard ceux qui l’accueillent. Ils peuvent la huer autant qu’ils le voudront, elle ne cèdera pas à la panique.

Pendant quelques secondes, la jeune femme oublie la raison de sa présence, impressionnée par le hall resplendissant du palais. Des braséros éclairent les lieux, projetant des ombres mouvantes sur les murs intérieurs. Des représentations en marbre noir du roi et de la reine encadrent les escaliers, chacun portant dans ses pupilles sculptées un chagrin poignant. Ce détail est celui qui persuade Clélie de ne pas rejeter tous ces gens mais de s’intéresser à eux, autant qu’il le faudra.

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