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Il ne restait que quelques minutes avant la descente. Six, si l’on se fiait à la voix féminine provenant du haut-parleur et qui commençait sérieusement à agacer Ophélia. Avec les rappels à chaque minute, les séances d’informations dans les semaines qui avait précédées et les multiples messages électroniques qu’elle avait reçus, elle savait très bien qu’à aussi peu de temps du départ, elle devait rester à sa place, ceinture bouclée.

Elle faisait partie du premier groupe qui devait atteindre le bunker plusieurs kilomètres sous la surface de la Terre. Elle était l’une des Essentiels comme ils se plaisaient à les appeler. Des médecins, comme elle, des agronomes, des ingénieurs… tous ces gens que la société avait décrétés plus importants que les autres étaient envoyés en premier. Rester sur Terre était de plus en plus risqué et, chaque jour, des individus mouraient par plusieurs centaines de milliers en proie aux radiations, aux phénomènes météorologiques et à la guerre qui y faisait rage. Il fallait faire vite, organiser cette nouvelle société avant que la Terre ne soit complètement invivable.

Cinq minutes, quatre…

Lorsque les noms des Essentiels avaient été annoncés, elle avait été soulagée. Soulagée d’avoir une chance de survie, même si rien n’était fixé. Elle aurait très bien pu mourir entre la sortie de la liste et l’embarquement, mais elle avait survécu et maintenant elle se sentait coupable. Pourquoi elle ? Qui avait déterminé que sa vie était plus importante qu’une autre ? En étant assise dans cette pièce-ascenseur, elle prenait la place de quelqu’un. C’était inhumain, mais avaient-ils le choix ? Auraient-ils pu choisir au hasard les élus ? Elle ne savait pas.

Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas la voix agaçante annoncer leur descente et poussa un petit cri de surprise lorsque les lumières principales s’éteignirent ne laissant que celles d’urgence qui donnaient un hâle rougeâtre à la pièce. Elle tendit automatiquement sa main vers la jeune femme à ses côtés qui la saisit sans délai. Ophelia et Marie s’étaient connues lors de leur formation en médecine il y a quelques années et ne s’étaient plus quittées. Son amie était l’une des seules qu’elle connaissait bien parmi tous ceux qui avaient été choisi en premier et la seule dans cette salle. La jeune médecin était bien contente d’avoir une présence rassurante pour cette longue et oppressante descente.

L’habitacle s’immobilisa brusquement dans un bruit sourd après près de vingt minutes de mouvement dans un silence profond. Nul parmi la cinquantaine de personnes dans la salle ne disait mot comme si tous avaient peur de perturber le mécanisme et de se retrouver en chute libre.

— Vous pouvez maintenant détacher votre ceinture de sécurité. Veuillez toutefois évitez de vous déplacer sans raison valable. Les passagers de la salle 1 sont invités à se diriger vers la sortie. Vous recevrez de nouvelles indications à l’extérieur, merci.

La voix du haut-parleur répéta une seconde fois son message, puis se tut, ce qui fut le signal pour que les passagers de la salle 3, Ophelia et Marie comprises, se mettent à discuter pour la première fois depuis un long moment, ce n’étaient que des chuchotements, mais le bruit rassura quelque peu Ophelia qui avait encore la crainte d’avoir plongé vers sa mort. La salle 3 fut finalement invitée à sortir et c’est de manière très organisée que tous se dirigèrent vers leur nouvelle vie.

Ils empruntèrent plusieurs couloirs gris et tristes qui déprimèrent la jeune femme. Était-ce ce qu’elle devrait voir tous les jours ? Devrait-elle passer sa vie dans un endroit aussi insipide ? Heureusement, ses pensées furent contredites lorsqu’ils arrivèrent dans l’espace principal. S’il n’y avait pas la moindre fenêtre — après tout, ils étaient sous terre — la lumière venant du plafond tentait de reproduire celle du soleil et de nombreuses plantes venaient égailler les coins discussions et lecture. Les murs présentaient de grandes murales représentant des paysages qu’elle arrivait à reconnaitre pour les avoir vu dans des livres d’histoire. Les quelques enfants du groupe semblèrent soudainement s’animer lorsqu’ils découvrirent l’immense salle de jeux qui leur était dédiée et c’est avec des cris de joie qui firent sourire les adultes qu’ils s’y dirigèrent.

En les observant, Ophelia se fit la réflexion qu’elle ferait tout pour qu’ils conservent cette joie de vivre. Et que, si elle avait pris la place d’un autre sur Terre, elle ferait tout pour que ça en vaille la peine, travaillant chaque jour pour la construction d’un nouveau monde. À ses côtés, comme devinant ses pensées, Marie lui sourit pour la première fois depuis des mois.
Note de fin de chapitre:
759 mots
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