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Notes :
Épreuve 1 - Le vrai Héron de tout l'étang

Tout comme Korongo, votre personnage arrive pour la première fois dans un lieu où il va passer désormais beaucoup de temps.

Contrainte : vous devez écrire cette histoire en 750 mots, plus ou moins 10% (envoyez-nous le nombre exact).
Avant d’y rentrer pour la première fois, je prends une grande inspiration.

Une première journée de travail dans un nouveau lieu, ce n’est pas rien. À moins de déborder de confiance en soi ou d’être une psychopathe, les émotions s’invitent à la fête, forcément. Excitation mâtinée d’une pointe d’appréhension. L’envie d’être à la hauteur, d’avoir fait le bon choix. Envie de bien faire sans que la pression ne vienne trop s’en mêler. Juste ce qu’il faut d’adrénaline pour donner le meilleur de soi, sans la panique.

En temps normal, déjà, l’étape est importante. Alors, quand on vient en plus de quitter son emploi pour changer de voie, j’imagine qu’il est plus que légitime d’avoir un noeud à la place de l’estomac… N’est-ce pas ?

Tu vas faire quoi ?
Tu es jeune, tu as un boulot de rêve… pourquoi changer pour quelque chose d’aussi déprimant ?
Est-ce que tu as consulté ce psy que je t’ai conseillé au moins ?
Attends, t’as un salaire d’enfer, pourquoi t’arrêtes ? Tu vas être payée la misère dans le public. Et tu vas bosser le week-end !
Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?!


D’un hochement de tête, je me reprends et chasse toutes ces remarques et questions dont mes proches ont jugé bon de m’abreuver. Comme si je ne me les étais pas posé moi-même plusieurs fois avant de prendre cette décision et de leur en parler. Bien sûr, je m’attendais à ce qu’ils soient surpris, mais pas à ce point. Pas avec un tel entêtement, voire même avec un tel dédain, pour certains. Mes proches… Le sont-ils tant que ça finalement ? S’ils tiennent à moi autant qu’ils le prétendent, ne sont-ils pas censés au moins l’accepter à défaut de le comprendre ? Me connaissent-ils vraiment ?

J’expire ou soupire, peu importe, pour évacuer tout ça et me recentrer sur ma journée. Parce que c’est ma journée. La première journée de ma nouvelle vie.

Déterminée, je décide d’avancer et fais quelques pas dans ce nouvel univers qui est désormais le mien. Pendant quelques secondes, je m’autorise une pause pour en capter l’ambiance, l’essence. Je sais que peu l’apprécient. Rares sont ceux qui y viennent de gaieté de coeur. Certaines personnes y ont vécu les pires moments de leur vie et je comprends tout à fait que le silence qui y règne la plupart du temps puisse être pour elles oppressant. Mais pour moi, il est apaisant.

À ce constat confirmé une nouvelle fois, je souris et sens la boule se détendre dans mon ventre. Je suis à ma place, ici. Peu importe que ma famille et mes amis ne le saisissent pas encore. Peu importe la douleur et le chagrin que j’y croiserai. J’y suis bien.

Je mentirais si je disais que cet endroit ne m’avait pas paru intimidant la première fois. C’était dans une autre ville, mais l’atmosphère qui y règne semble universelle, un peu comme dans les églises. Il fait partie de ces lieux qui renvoient tous les êtres humains face aux mêmes sentiments, aux mêmes peurs et aux mêmes questions.

J’étais jeune alors, une ado encore mal dans sa peau. Mais je me souviens aussi parfaitement du soulagement ressenti, de ce sentiment de sérénité qui m’avait envahie, quand y avait résonné pour la dernière fois la voix de ma mère et sa citation fétiche. Cette citation répétée tant de fois ensemble dans les derniers mois, quand nous discutions blotties l’une contre l’autre, pour me préparer à son départ prématuré : après tout, pour un esprit équilibré, la mort n'est qu'une grande aventure de plus.

Elle me l’avait aussi soufflée sur son lit d’hôpital juste avant de partir. Autre lieu où se fige le temps et où les gens passent, en craignant le pire ou en le vivant. Mais elle savait que j’aurais besoin de l’entendre encore une fois pour pouvoir continuer en paix sans elle. Alors elle l’avait enregistrée et avait demandé qu’on la diffuse le jour de ses funérailles, quand nous serions tous rassemblés autour de sa tombe. Pour me rappeler qu’il ne servait à rien d’avoir peur de la mort. Pour me rappeler que ce lieu, synonyme de tristesse pour bien trop de personnes, méritait d’être aimé et respecté comme il se devait. Parce qu’il est à la fois la dernière demeure de nos proches mais aussi le point de départ d’une nouvelle vie pour leur âme, pour peu qu’on veuille y croire. Parce que le silence qui y règne, grand, profond et éternel, nous permet de mieux apprécier ce que l’on a. Et parce qu’avec un peu d’imagination, il est la porte ouverte à dix mille histoires incroyables.

Confiante, j’embrasse du regard tous ces monuments et toutes ces sépultures dont je suis désormais la gardienne. Ce lieu qui sera dorénavant mon quotidien.
Ce lieu où le temps s’arrête. Et redémarre autrement.
Note de fin de chapitre:
810 mots
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