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Notes d'auteur :

Et on débute déjà le troisième chapitre. J'essaye de développer un peu plus la relation et la dynamique entre Béatrice et Marcus, mais j'y introduit surtout les derniers éléments de cet univers, sur lesquels j'aieu pas mal de doute à l'écriture.

Bonne lecture !

Chapitre 3 – La Flamme

 

 

 

 

 

La nuit de Béatrice fut pour le moins agitée. Si elle réussit à fermer l’œil une fois allongée dans son lit, son esprit ne cessa d’être concentré sur son invité dormant sur le canapé du salon. Tout ce que Marcus avait dit était tout simplement incroyable, mais au-delà de ça, la jeune femme sentait une étrange sensation dans ses entrailles. Elle n’avait jamais vu d’hommes auparavant, pas en chair et en os en tout cas, et la présence du Latin la déstabilisait pour diverses raisons. Tout d’abord, elle avait commis un délit en mentant à la SCIE, et si au départ, elle pensait avoir agi par instinct suite aux révélations du Nuisible, Béatrice commençait à réaliser qu’il y avait quelque chose d’autre, quelque chose qu’elle ne savait nommer.

Un sentiment qui ressemblait à une flamme au fond de ses entrailles, à la fois douce et rassurante, promesse de quelque chose encore plus vif et passionné. Cependant, la jeune femme n’était pas naïve. Elle savait très bien ce qu’était cette flamme. Elle l’avait même déjà éprouvé à plusieurs reprises, notamment pour Camille. Mais jamais elle n’avait été si flamboyante. Et c’est ce qui dérangeait Béatrice, car elle savait que cela constituait un second délit, mais elle ignorait quelle part était la plus grave : avoir un faible pour un Nuisible, ou bien avoir tout simplement un faible ?

Lorsque la Grande Purge avait été initiée, un problème avait rapidement été soulevé par plusieurs des penseuses de la RCE : comment assurer la reproduction de la population ? La solution était venue presque aussi vite, à croire qu’elle avait été planifiée ainsi depuis le début. Avant d’être exécutés, chaque homme se faisait prélever du sperme qui était ensuite frigorifié en attendant d’être utilisé dans l’avenir par les mères désirant un enfant. Pendant des années, le système avait très bien fonctionné, et dans le cas de naissances mâles, les enfants étaient suivis durant leur croissance jusqu’à leur maturité, avant que leur sperme ne soit prélevé à leur tour avant d’être exécutés. Les techniques en génie génétique évoluant, il avait été même rendu possible, au début du xxième siècle, de pouvoir choisir le sexe de l’enfant à venir. Les naissances mâles avaient alors drastiquement baissé, et depuis, le renouvellement du stock értaitassuré par des mères se portant volontaires pour la RCE. C’était aussi une solution pour une réduction de peine pour les rares délits entraînant une peine carcérale.

Cependant, un autre problème survint très rapidement : sans homme, les rapports sexuels avaient également diminué. Seules les homosexuelles avaient continué leur vie comme avant, mais celles-ci n’étaient pas forcément bien vues par la société même si tolérées. Durant les deux décennies qui suivirent la Grande Purge, on observa une explosion du nombre d’adultères ou de relations sexuelles avec des enfants mineurs, des femmes désespérées tentant de répondre à leurs besoins primaux. La RCE décida alors de couper court à la situation, dans son idéologie de prouver que les femmes valaient mieux que les hommes. Une loi fut votée, interdisant formellement les rapports sexuels hétérosexuels. Les quelques années qui suivirent furent la seule période où on observa une véritable explosion du nombre de crimes, la loi insistant que toute personne l’outrepassant serait considérée comme Nuisible à son tour.

Pourtant, ce fut également une période de transition, les anciennes générations mourantes et celles étant nées après la Capitulation atteignant l’âge adulte. Ayant grandi dans le contexte ouvert et paisible de la RCE, leurs mœurs changèrent et l’homosexualité devint de plus en plus acceptée. Elle se démocratisa même, ces générations n’ayant jamais rien connu d’autre. Avec le nombre d’enfants mâles qui diminuait, les couples de femmes qui se répandaient, et les anciennes générations qui continuaient à mourir, le nombre de personnes enfreignant la loi se réduisit par lui-même jusqu’à complètement disparaître. Malheureusement, il restait toujours une branche dure au sein de la RCE qui refusait l’homosexualité. Ce fut alors que la Fédération de Prussie déclara la guerre à la RCE.

Prise par surprise, les armées françaises mirent plusieurs mois à contenir l’invasion prussienne, et ce ne fut que par une alliance avec le Royaume des Îles Britanniques qu’elles purent finalement repousser l’assaillant et reprendre les territoires de l’ancienne Belgique. Cependant, le prix à payer fut conséquent. Devant la débâcle militaire, la branche dure de la RCE avait fait voter une motion de censure visant à destituer le gouvernement en place. Devant l’absence de véritable opposant, elle avait gagné les élections organisées dans les semaines qui suivirent et put passer l’accord avec les Britanniques. En échange d’un soutien militaire et économique total, la RCE devait faire passer une loi interdisant les relations homosexuelles. Alors que les Prussiens quittèrent Bruxelles, les homosexuelles devirent à leur tour des Nuisibles. Le sexe était tout simplement devenu interdit en France.

La branche dure était au pouvoir depuis près de trente ans désormais, et si elle n’était plus aussi extrémiste qu’à ses débuts, la loi était toujours d’actualité. Cependant, quelques modifications avaient été apportées au cours des décennies. Le sexe restait prohibé dans la sphère publique, mais les couples homosexuels étaient autorisés à se former dans le but d’élever deux enfants, un par mère. Cependant, ces couples n’étaient valides que pendant une période de trois années, le temps d’élever les enfants jusqu’à un âge où les mères puissent s’en occuper personnellement sans support. Cette période pouvait être étendue en fonction si les mères acceptaient d’avoir un ou deux garçons.

Le gouvernement avait réprimé le sexe, pourtant celui-ci n’avait pas disparu. Au contraire. Tout d’abord, la quasi-totalité des couples se formaient parce que les deux femmes s’aimaient et voulaient vivre ensembles pour consommer cet amour. Le mariage étant un contrat établissant le couple comme sphère privée, le sexe était théoriquement toléré du moment que personne n’était au courant. Il arrivait encore de temps à autre que des couples se fassent dénoncer, parfois par leurs propres enfants, provoquant un nouveau scandale à chaque fois. Cependant, la RCE avait beau vouloir réprimer le sexe pour honorer son alliance avec les Îles Britanniques, elle ne pouvait l’éradiquer définitivement, parce que l’humain est une machine à aimer. L’amour ne peut être limité, il est sans limites.

De nombreux couples tentaient de rester ensemble après la période. Au départ, il n’y avait aucune limite au nombre de mariages avec la même personne, mais la RCE avait très vite compris ce qui se tramait derrière et avait donc instauré une limite jusqu’à devoir imposer une seule période de concubinage. Mais ce n’était pas suffisant. Chaque enfant grandissant au sein de la RCE était sujette à l’amour à un moment donné ou un autre. Béatrice avait eu plusieurs fois le béguin pour plusieurs de ses amies, et avait même bravé l’interdit avec deux d’entre elles. La plupart des Maisons à Réalité Virtuelle, qui proposaient les services pour assouvir les besoins de chacune via des simulations, géraient des maisons closes où on pouvait trouver aussi bien des femmes que des hommes et même louer une salle pour soi-même.

La République Citoyenne Égalitaire avait voulu censurer l’amour et bannir le sexe de la France. En réponse, le peuple français n’avait jamais été aussi accro au sexe. Certains parlaient même d’une Seconde Révolte Idéologique, mais la RCE faisait tout en son pouvoir pour la tuer dans l’œuf.

Béatrice avait bien conscience de braver plusieurs interdits avec ses sentiments, mais ce qui la troublait le plus, c’était leur origine. Elle avait aimé avant, elle aimait Camille et les deux femmes avaient même commencé à parler de se marier ensemble. Cependant, jamais Béatrice n’avait ressenti une flamme aussi vive que celle qui s’agitait en elle lorsque ses pensées dérivaient vers Marcus. Un homme, un Nuisible, un inconnu qu’elle avait rencontré à peine quelques heures plus tôt et dont elle ignorait tout. Peut-être avait-il menti dès le début, profitant de la panique qui s’était emparée de la jeune femme pour la déstabiliser et la manipuler, en lui faisant croire des inepties. Et pourtant, alors que le firmament poursuivait son chemin durant la nuit, Béatrice avait retourné le problème dans tous les sens, elle en revenait toujours à la même conclusion : elle n’avait jamais rien ressenti d’aussi fort que pour Marcus.

 

Lorsque la sonnerie de son réveil indiqua le début de sa journée, Béatrice contemplait le plafond. Cela faisait un moment qu’elle avait repéré les minces rayons du jour s’infiltrer à travers ses rideaux. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que ceux-ci ne s’ouvraient pas automatiquement comme tous les matins, et quelques secondes de plus pour se rappeler que Marcus avait désactivé l’IHCD la veille. Des bruits provinrent du salon, situé de l’autre côté de la cloison, indiquant que le Latin s’était également réveillé. Dans les instants qui suivirent, elle l’entendit se rendre dans la cuisine. D’un geste las, elle rabattit ses draps chauffants et sortit de son lit. Un simple coup d’œil au miroir-écran de la salle de bain lui confirma que sa nuit blanche avait laissé quelques stigmates. Heureusement que l’IHCD était désactivée, sans quoi celle-ci se serait sans doute affolée.

Béatrice se permit de prendre une douche froide rapide, ce qui eut le mérite de la réveiller suffisamment pour qu’elle puisse tenter d’améliorer son apparence. Elle enfila une tenue de travail, avant de se rappeler qu’elle était consignée à son appartement jusqu’à nouvel ordre. Pour l’exacte raison qui se trouvait dans son salon. Elle était cependant trop épuisée pour se changer à nouveau. Le salon était vide lorsqu’elle y entra, mais le mur-écran était toujours allumé sur une chaîne d’information de la RCE, passant toujours en boucle les reportages de la veille. Le couvre-feu n’était pas levé. Il n’avait aucune raison de l’être.

Marcus était toujours dans la cuisine, où flottait une délicieuse odeur de pain grillé. Le jeune homme se tenait appuyer contre la porte du frigo, trempant une tartine dans ce qui ressembla à du café. Une tasse fumante l’attendait, accompagnée d’une assiette avec deux tartines et un assortiment à partir des confitures qui peuplaient le garde-manger. Le tout était accompagné d’un verre de jus de fruit – probablement du multivitaminé vu la couleur – d’un bol de céréales.

« Je t’ai fait le petit-déjeuner, présenta inutilement Marcus. Comme je ne savais pas ce que tu avais l’habitude de prendre, j’ai fait un peu de tout.

— Euh… Merci… »

            Sentant un certain malaise s’insinuer en elle, Béatrice s’installa à la table, en prenant soin d’être face à Marcus pour toujours l’avoir dans son champ de vision. Elle but une gorgée du jus avant d’attraper le pot de confiture de framboise et d’en tartiner son pain grillé. Le Latin continuait de siroter son café, ses yeux toujours fixés sur elle, et Béatrice faisait tout son possible pour ne pas croiser son regard. Le rouge lui monta aux joues, mais elle tenta de ne pas y réagir et continua à prendre son petit-déjeuner. Elle perdit cependant toute contenance en manque de s’étouffer lorsqu’elle but sa première gorgée de café.

« Tu vas bien ? s’inquiéta Marcus en s’approchant.

— C’est… bon… merci, toussota Béatrice en lui faisant signe de rester où il était. Qu’est-ce que c’est ?

— Du café, pourquoi ?

— Mais il est incroyablement fort et amer ! On dirait que vous avez utilisé cinq doses au moins !

— Sept, avoua Marcus. C’est comme ça qu’on le fait chez nous. Tu peux rajouter du sucre si tu en veux, ça l’adoucira.

— Je vais surtout avoir la tremblote toute la journée.

— J’aimerais mieux éviter, car je vais avoir besoin de ton aide.

— Et en quoi je peux vous être utile ? Vous avez bien entendu les agents de la SCIE hier soir ? Je suis consignée ici jusqu’à ce qu’elles vous attrapent.

— Et pourtant, je dois toujours aller retrouver les Anticonformistes.

— Oui et bien vous pouvez y aller sans moi ! s’exclama Béatrice.

— Tu es sûre ? s’enquit Marcus d’une voix sournoise.

— J’ai déjà pris des risques énormes en vous accueillant, rappela la jeune femme. Je n’ai pas envie de risquer davantage en bravant le couvre-feu et être capturée avec vous pendant que vous cherchez d’autres Nuisibles.

— Et pourtant, il va bien falloir que tu me suives. Je ne connais pas Paris, j’ai besoin d’une guide. D’autant plus si on ne peut pas être vu dans les rues.

— Les cartes sont là pour ça, vous n’avez pas besoin de moi.

— Tu sais, si je me fais capturer par la SCIE, elles ne mettront pas longtemps à recréer ma chronologie et se rendre compte que j’ai passé la nuit ici, dans cet appartement, que deux agentes sont venues inspecter. Elles sauront que tu m’as couvert. »

            Béatrice déglutit lentement la tartine qu’elle venait de finir d’avaler. Marcus n’avait pas tort : s’il se faisait capturer, la SCIE remonterait très facilement jusqu’à elle et comprendrait tout aussi vite qu’elle avait menti à des agentes. Et encore, si Marcus ne décidait pas de tout révéler par lui-même pour se sauver. Elle n’avait aucune idée d’où se trouvaient les Anticonformistes, mais elle connaissait sans doute mieux les rues de Paris que ce Latin en fuite. Ses chances de se faire capturer serait sans doute moindres si elle l’accompagnait, ce qui réduirait ses propres chances de finir en prison, ou pire. Alors que Béatrice but une gorgée de jus de fruit pour s’hydrater la gorge, elle comprit qu’à partir du moment où elle avait décidé de mentir à la SCIE et offrir l’hospitalité à Marcus, elle devait aller au bout. Il lui était impossible d’abandonner en plein milieu, les risques pour elle étaient trop grands. Elle devait s’assurer que le jeune homme atteigne son but.

Une fois en sécurité avec les Anticonformistes, elle serait libérée de ce fardeau et pourrait reprendre le cours normal de sa vie, attendant que les rebelles accomplissent leurs fantasmes en renversant la RCE, rétablissant l’ancien ordre. Béatrice n’y croyait pas une seconde, la RCE était bien trop implantée, bien trop ancrée dans les vies de chacune. Un petit groupe isolé ne pouvait espérer seul retourner un système dans lequel le peuple vivait heureux. Rien ne pouvait ébranler l’ordre établi. Cependant, la jeune femme devait reconnaître que le système n’était pas parfait. À en croire Marcus, le monde s’était isolé, entredéchiré. Chaque pays oppressait une minorité, entrait en guerre avec ses voisins par soif de conquête. Même la RCE qui se proclamait libre et juste mentait à son peuple, et avait exterminé les hommes de son territoire. N’y avait-il pas un moyen que chacun puisse s’entendre dans une harmonie ? Une véritable égalité, un véritable bonheur, une véritable paix ?

Et Marcus semblait être l’incarnation de ce nouvel idéal. Plus la flamme brûlait et plus Béatrice était persuadée que c’était possible, Marcus le rendait possible.

« Ok, très bien. Je vais venir avec vous.

— Chouette ! Il faut partir bientôt, je dois les retrouver à midi.

— On a le temps. Vous savez où vous devez vous rendre ?

— La Place de la Capitulation, mais j’ignore de laquelle il s’agit. Aucune carte à jour de Paris n’existe en République Latine.

— Vos Anticonformistes savent choisir leurs lieux, soupira Béatrice qui regrettait déjà sa décision.

— Pourquoi donc ? s’étonna Marcus. Tu sais comment y aller ?

— Le point positif, c’est qu’on n’aura pas à traverser la Seine, continua la jeune femme. Par contre, ça sera sans doute l’un des quartiers les plus surveillés à cause du couvre-feu.

— Où c’est ? insista le Latin, élevant subtilement le ton de sa voix.

— C’est le nouveau nom de la Place de la Concorde. À même pas cent mètres du Palais Républicain. On ferait mieux de se mettre en route maintenant. »

            Béatrice avala le fond de sa tasse et sortit de table, passant comme une furie devant Marcus qui sembla pris au dépourvu pendant un court instant. La jeune femme retourna dans sa chambre prend son pass d’identification, ainsi qu’une des anciennes cartes de Paris qu’elle collectionnait. Le couvre-feu étant déclaré, il était tout simplement hors de question de se rendre Place de la Capitulation en surface, par les rues. Même s’ils pouvaient passer par les petites rues, il leur faudrait à un moment donné ou un autre traverser la Place de la Bastille ou bien se rendre sur les quais, ce qui les exposerait tout aussi rapidement. Par conséquent, les deux compagnons devraient passer par le réseau sous-terrain, au moins jusqu’aux Tuileries où ils pourraient se mêler aux habitants de la Résidence.

            Le réseau souterrain était un quadrillage sous les rues de Paris qui liait les Résidences les unes aux autres ainsi qu’au réseau du métro. Au début du siècle, celui-ci avait été repensé complètement pour pouvoir desservir au mieux les Résidences en construction et le flux de passagers. Ainsi, certaines anciennes lignes avaient fusionné, d’autres avait été partiellement abandonnées. Dont la célèbre Ligne 1, qui liait autrefois la Gare de Lyon àla Place de la Concorde. Le tronçon entre la Résidence de Lyon et la Bastille était toujours en activité, mais s’arrêtait immédiatement après pour suivre le parcours de l’ancienne Ligne 5 vers le Nord. Béatrice comptait accéder au tronçon abandonné par les couloirs de service. Elle s’était déjà baladée sur les anciennes voies ferrées lorsqu’elle était jeune, en signe de défiance à ses parentes. Ces portions n’étaient pas surveillées, les systèmes de surveillance étant obsolètes et incompatibles avec les nouveaux, et personne n’avait jugé bon de les mettre à jour. De là, elle pourrait rejoindre l’autre section toujours active, au niveau des Tuileries.

            La seule difficulté résidait donc à traverser la portion jusqu’à Bastille. Techniquement, le couvre-feu ne concernait que les rues en surface de Paris. Le réseau souterrain était comme une ville au sein de la ville, et était entièrement sécurisé par un système de surveillance de pointe. Selon le règlement des Résidences, il faisait partie intégrante de celles-ci, donc Béatrice n’enfreindrait aucune loi si elle l’utilisait. Elle ignorait si la SCIE avait décidé d’isoler ce secteur du reste du réseau compte tenu de la situation, mais c’était le seul moyen d’atteindre les Tuileries sans perdre trop de temps. Certes, elle pouvait aussi n’utiliser que le réseau, sans avoir à passer par les anciennes lignes de métro abandonnées, mais elle ne voulait pas tenter la chance. Réussir à duper le système de surveillance jusqu’à Bastille ne serait déjà pas un mince exploit.

            La jeune femme fouilla dans son armoire à la recherche de vêtements d’une de ses anciennes « amies », Jessica. Celle-ci avait toujours eu une carrure plutôt imposante, et ses tenues devraient aller à Marcus même si la coupe le serrerait sans doute un peu. Elle trouva un complet de travail en polyester tactile. Et avec un manteau, ça devrait suffire à couvrir le visage du Latin aux camérax. Elle attrapa le déguisement et revint dans le salon, où Marcus l’attendait en faisant les cents pas d’un air impatient.

« Où étais-tu passée ? demanda-t-il abruptement. Ça fait dix minutes que je poireaute ! Tu avais dit qu’on partait maintenant ! Il vous faut toujours trois plombes pour vous préparer ?

— Je préparais notre couverture, informa calmement Béatrice en posant les habits sur le canapé. Il va falloir que vous vous fondiez dans la foule, enfilez ces vêtements et assurez-vous que la capuche de ce manteau couvre bien votre visage.

— Pourquoi ?

— On va devoir emprunter le réseau souterrain. Il va nous être impératif que le système de surveillance ne vous reconnaisse pas.

— Je ne suis pas dans les bases de données de la SCIE, objecta le jeune homme.

— Vous êtes un Nuisible ! rappela-t-elle. Il n’y a pas besoin que vous soyez enregistré sur les bases de données, votre visage vous trahira bien assez vite. On a une station à rejoindre, le métro sera sans doute plein à craquer vu qu’on ne peut plus utiliser les rues. Il est impératif que personne ne vous reconnaisse.

— D’accord, d’accord, si tu le dis. »

            Avec une moue râleuse, Marcus attrapa l’accoutrement et se dirigea vers la chambre de Béatrice pour se changer, mais celle-ci lui bloqua l’accès en indiquant la cuisine. Avec un reniflement de dédain, il suivit les instructions et ferma la porte derrière lui. La jeune femme profita des dernières minutes de calme pour repasser le plan dans sa tête. Il y avait tant de façons à ce qu’il échoue, mais elle n’avait pas beaucoup d’autres options. La seule façon pour elle de pouvoir mettre tout ça derrière elle était de s’assurer que Marcus trouve sain et sauf les Anticonformistes. Alors qu’elle faisait à son tour les cent pas dans son salon, Béatrice remarqua pour la première fois le sac-à-dos posé contre le canapé. Il était usagé, une des sangles était déchirée, et la partie inférieure était couverte d’un mélange de poussière et de boue séchée.

De toute évidence, il appartenait à Marcus, mais elle s’étonnait de ne pas l’avoir vu avant. Elle s’en approcha, intriguée, et en ouvrit la poche principale. Elle y vit des documents d’aspects officiels, mais surtout ce qui ressemblait à un pistolet. Elle l’attrapa pour le soupeser. Le contact avec l’arme était froid, mais ce qui la surprit le plus c’est qu’elle était plus légère que ce à quoi elle s’attendait. Elle n’y connaissait rien en armement, mais elle était certaine de n’avoir jamais rien vu de pareil de sa vie, pas même dans les thrillers ou les films de science-fiction qu’elle avait regardés au cinéma. Du bruit provint de la cuisine, la faisant sursauter. Instinctivement, elle ferma le sac d’un geste et dissimula l’arme sous son trench-coat. L’instant suivant, Marcus apparut dans la tenue qui lui allait mieux que ce que Béatrice aurait cru.

 

« On peut y aller maintenant ? »

Note de fin de chapitre:

Donc plutôt de la mise en place avant le dernier chapitre ici, j'espère que ça ne vous a pas trop ennuyé :) N'hésitez pas à poser vos questions ou à laisser un commentaire.

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