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Notes :

Salut tout le monde !

Avec un peu beaucoup de retard, voici le texte écrit pour Labige dans le cadre de l'échange de fic. Ayant opté pour l'original, je me suis lancé dans une uchronie/dystopie ambitieuse de par son thème principal. J'avoue, je me suis bien la pression dessus, parce que j'avais peur de me rater quelque part ; mais Labige a adoré, et du coup c'est à votre tour de la découvrir :D

Je vous laisse donc découvrir cette histoire, dont le but n'est pas uniquement de dénnoncer un problème dans notre société, ni d'en proposer une solution, mais d'essayer de fair eprendre conscience où s'en trouve l'origine. J'espère que ça vous parlera et que ça fonctionnera :)

On remercie également notre très chère Dictatrice-en-cheffe, Norya, pour ses corrections très éclairées et ses conseils pour finaliser ce texte. Merci et long live Robert !

 

L'intrigue, les personnages et l'univers sont de ma création et sont une oeuvre de fiction. Toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait fortuite.

Notes d'auteur :

On débute donc avec un premier chapitre qui aura pour objectif de poser l'univers et les personnages. Bonne lecture !!

Chapitre 1 – Couvre-feu

 

 

 

 

Le thé brûlant avait un goût amer lorsque Béatrice avala la première gorgée de son gobelet. Assise à la terrasse d’un bistro sur l’Avenue de France, elle attendait patiemment que Camille la rejoigne. Les deux amies avaient prévu d’aller au cinéma voir la dernière comédie à la mode, l’histoire d’une femme qui se travestissait en homme pour surprendre ses parentes, mais se faisait capturer par la police suite au quiproquo. Le scénario était éculé depuis des lustres, mais avait toujours le mérite de faire rire. Et puis bon, les autres choix se limitaient à des films d’action sans grand intérêt ou l’énième suite d’une franchise. Sa vision périphérique capta alors de l’agitation provenant de l’intérieur du bistro. Intriguée, Béatrice détourna son regard de la bouche de métro et jeta un coup d’œil.

La clientèle s’était rassemblée devant le mur-écran, qui était branché sur l’une des chaînes d’information nationale. La présentatrice avait la mine sombre et ses lèvres bougeaient à une vitesse trahissant une certaine anxiété. L’instant d’après, l’image changea au profit d’une journaliste qui se tenait devant une des entrées du Parc de Bercy. Derrière elle, une épaisse fumée noire s’élevait dans le ciel tandis que le Corps de Lutte Anti-Incendie s’activait pour circonscrire les flammes. Béatrice laissa ses affaires en plan et se leva pour aller regarder au coin de la rue. Le même nuage menaçant s’élevait depuis l’autre berge de la Seine. La jeune femme regagna la brasserie et y entra en trombe.

« … toujours l’origine de l’incident, informa la reporter. Des témoins affirment avoir vu un aéronef survoler les 20e et 12e arrondissements de Paris avant de venir s’écraser dans le parc. Le brasier est pour le moment trop important pour nous permettre d’approcher davantage, la capitaine du CLAI nous ayant formellement interdit de franchir le périmètre.

— Dites-moi, Clarisse, avez-vous des images de ce soi-disant aéronef ? demanda alors la présentatrice. Avez-vous pu entrevoir les débris ?

— Pas pour l’instant, mais la capitaine se refuse à tout commentaire. Nous avons également aperçu des agents de la SCIE autour du périmètre prendre les dépositions des citoyennes ayant assisté au supposé crash. Et nous avons également aperçu des hélicoptères de l’Armée de l’air survoler le site. Nous… »

            L’image de la journaliste fut soudainement remplacée par des parasites. Plusieurs des clientes firent part de leur exaspération, mais la patronne affirma qu’elle n’y était pour rien, tentant de changer de chaîne. Sans signe avant-coureur, la neige fit place à un écran bordeaux accompagné d’un son électronique strident. Un message d’alerte apparut alors au centre.

« Ceci n’est pas un exercice. Le gouvernement de la République Citoyenne Égalitaire a décrété que la ville de Paris serait soumise à un couvre-feu à effet immédiat. Toutes les communications ainsi que les services publics sont interrompus jusqu’à nouvel ordre. Les commerces sont sommés d’évacuer leur clientèle et de fermer. Veuillez toutes regagner vos domiciles dans les plus brefs délais. Toute citoyenne surprise dans les rues une heure après la fin de diffusion de ce message sera considérée comme Nuisible et sera poursuivie par la Justice selon les termes des lois égalitaires… Ceci n’est pas un exercice. Le gouvernement de la République Citoyenne Égalitaire a décrété…

— Vous avez entendu ? s’exclama la voix de la patronne par-dessus le message gouvernemental. Rentrez chez vous ! Je suis dans l’obligation de fermer ! Allez, dehors ! Celles qui n’ont pas terminé leurs commandes se verront remboursées ultérieurement.

— Pathy, soit sympa, au moins un dernier verre ! exhorta une femme dans la cinquantaine.

— Si tu veux pouvoir revenir demain, tu prends tes cliques et tes claques, et tu rentres chez toi maintenant, Jessica. »

            Béatrice se mêla à la cohue qui se déversa dans la rue, attrapant au passage sa veste et son sac à main avant d’être entraînée trop loin. Habitant à la Résidence de Lyon, la jeune femme savait qu’elle devait presser le pas pour y être entrée avant le couvre-feu. Il ne lui faudrait d’habitude pas plus de trente minutes pour s’y rendre, mais avec la foule qui affluait dans les rues parisiennes, elle ne pouvait pas marcher à son rythme habituel. D’autant plus qu’un certain vent de panique semblait planer au-dessus des citoyennes, prêt à éclater au moindre signe. Les alarmes oppressantes de la RCE n’y aidaient pas.

            La jeune femme activa son téléphone à affichage palmaire et tenta de contacter Camille, mais elle tomba sur le même message qui passait à la télévision. Lorsqu’elle regarda l’écran holographique, elle réalisa que ce n’était pas une blague : le réseau téléphonique était bel et bien mort. Autour d’elle, des piétonnes tentaient désespérément de trouver leur chemin dans le méandre des rues, mais sans système de navigation, leurs lunettes à réalité augmentée étaient complètement inutiles. Et bien sûr, les écrans interactifs des abris-bus et du métro diffusaient en boucle le message au lieu de montrer le plan du réseau de transport. L’afflux de personnes qui remontaient en direction d’Austerlitz était irrégulier : entre celles qui couraient pour arriver à temps, les groupes quis’arrêtaient tous les dix mètres pour êtres certaines d’être sur le bon chemin, et les enfants qui ne pouvaient de toute façon pas suivre le rythme.

            Sur les voies de circulation, les véhicules se précipitaient également, parfois au risque de frôler l’accident. C’était compréhensible : s’il y avait beaucoup moins de voitures à Paris qu’au siècle précédent, il n’en restait pas moins que les bouchons pouvaient être fréquents, et dans le climat actuel, ça ne pouvait qu’empirer. Depuis son enfance, Béatrice n’avait connu que trois couvre-feux, dont une fois de nuit. Elle se souvenait très clairement d’avoir vu depuis sa chambre tous les véhicules et l’éclairage public de la rue s’éteindre d’un coup, sans prévenir, au moment exact du couvre-feu. Tout avait été alors plongé dans l’obscurité, illuminé seulement par la Lune. Béatrice se souvenait d’avoir ressenti comme une impression de magie, avant que l’éclairage d’urgence ne prenne le relai.

            Le flux continuant d’avancer à lenteur d’escargot, Béatrice décida de jouer des coudes pour sortir de la procession et bifurquer en direction du Pont de Bercy, qui semblait moins engorgé. Cela ne la conduirait pas directement à l’entrée principale de la Résidence, mais son pass devrait néanmoins lui permettre d’entrer sur la propriété avant la fin du couvre-feu. Lorsqu’elle arriva au croisement avec le Quai de la Gare, Béatrice vit plusieurs passantes à l’arrêt, pointant du doigt quelque chose de l’autre côté de la Seine. Lorsqu’elle suivit les regards, elle fut frappée de plein fouet par la majestuosité du spectacle.

            Les volutes de fumées provenant du parc étaient devenues un épais nuage noir et gris. De sa position, la jeune femme pouvait voir les flammes s’élever dans le ciel, dévorant tout autour d’elles. L’odeur âcre de suie et de charbon parvenait jusqu’aux narines de la jeune femme. Les sirènes de la Sécurité Citoyenne et Instauratrice d’Entente étaient visibles de l’autre côté de la Seine, tandis que des hélicoptères survolaient le site, projecteurs braqués et balayant le sol, même si le soleil n’était pas encore couché. On pouvait également distinguer les immenses camions de lutte anti-incendie du CLAI, qui pompaient directement l’eau dans le fleuve via une barge. Une officier de police fit alors entendre son sifflet, faisant revenir Béatrice à la réalité.

« S’il vous plait, ne restez pas là ! Veuillez regagner vos domiciles avant le début du couvre-feu. Pour votre propre sécurité, nous vous demandons de rester à l’écart du périmètre.

— Excusez-moi, madame l’agent, s’approcha Béatrice. Est-ce que le pont est praticable ? Je voudrais rejoindre la Résidence de Lyon, mais le trajet par le Pont d’Anne Frank est complètement surchargé.

— Oui, oui. Mais attention, le Boulevard de Bercy est fermé, ainsi que la partie sud des Quais. La SCIE verrouille tout de ce côté-là du quartier.

— Vous savez ce qui se passe là-bas ?

— Vous pensez qu’elles vont partager ce genre d’information avec moi ? J’ai reçu l’appel de la commissaire il y a quinze minutes, comme vous. Dépêchez-vous ! pressa la policière. Elles seraient capables de fermer le pont.

— Merci. »

            Avec un dernier regard en direction de la fournaise, Béatrice raffermit la prise sur son sac à main et traversa le pont d’un pas rapide. Comme l’avait prévenue l’officier de police, des agents de la SCIE se trouvaient de l’autre côté et déviaient la circulation en direction du Nord et le Quai de la Rapée. Leurs visages concentrés et autoritaires réprimaient toute envie de question. La jeune femme se fraya un chemin à travers les autres citoyennes avant de tourner sur la Rue Dame de la Sablière, au bout de laquelle émergeaient les tours rassurantes de la Résidence. Leur silhouette imposante s’élevait haut dans le ciel parisien, et leurs façades blanches étaient parsemées par des centaines de fenêtres. Les appartements plus luxueux, situés dans les derniers étages, pouvaient même se targuer de disposer de spacieux balcons qui donnaient une vue imprenable sur la capitale.

À leurs pieds, de l’autre côté des grilles, on pouvait encore apercevoir quelques rails sur lesquelles rouillaient des locomotives et des wagons qui desservaient jadis la Gare de Lyon. Désormais, ils servaient de terrain de jeu pour les enfants de la Résidence, ou de squat pour les plus téméraires prêts à braver les Interdits. L’horloge de celle-ci était visible au loin sur la gauche, suivant la Rue de Bercy. L’ancienne gare avait été autrefois entourée de nombreux bâtiments, mais ceux-ci avaient été détruits lors du projet de réhabilitation  du quartier. Seuls quelques rails et le tunnel de la Rue Dame de la Sablière avait été conservés.

En effet, après la Révolte Idéologique trois-quarts de siècle plus tôt, Paris avait perdu tout contact avec les régions du sud. Ravagées par une guerre civile qui avait vu un déluge de bombes s’abattre sur les poches de résistance, les villes comme Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille ou même Nice n’avaient plus donné signe de vie après la Capitulation. Par conséquent, les gares parisiennes avaient été laissées à l’abandon car inutilisées. Au début du siècle, la RCE avait vu d’un très mauvais œil cette concentration de ghetto, et devant l’afflux de personnes venant des campagnes, avait décidé de raser les anciennes gares pour en faire des Résidences Populaire d’Habitation. Seules Saint-Lazare et la Gare du Nord continuaient de fonctionner à présent, mais avec une fréquentation bien inférieure à celle d’avant la Révolte Idéologique. Béatrice avait quitté Lille, devenue invivable, une fois son BAC en poche. N’ayant pas l’âme d’une combattante, Béatrice avait préféré partager ses talents de traductrices à Paris, et les RPH étaient les seuls appartements dont elle pouvait alors se permettre de payer le loyer sans avoir à se serrer la ceinture.

La jeune femme s’arrêta devant le scanner biométrique qu’elle activa grâce à son pass. On lui demanda alors de vérifier son empreinte palmaire ainsi que son iris, tests qu’elle réussit avec succès lorsque le déclic du portail se fit entendre. Un coup d’œil à sa montre lui apprit qu’elle avait réussi à rejoindre son domicile avec une marge confortable de dix minutes. La propriété étant entièrement sécurisée et surveillée, elle était autorisée à rester dans le parc lors du couvre-feu, mais par acquit de conscience, elle préféra rejoindre son appartement situé dans la Tour Nord : non seulement elle serait calme et seule, mais en plus elle pourrait suivre l’intervention de la SCIE depuis son mur-écran. Plusieurs enfants jouaient sous le regard attentif de leurs parentes, et Béatrice salua quelques-unes des voisines qu’elle croisa sur son chemin.

« Bonjour, Mlle Keirle ! accueillit la concierge à l’entrée.

— Bonjour Jane. Vous ne devriez pas rentrer pour le couvre-feu ?

— J’habite dans la Tour Sud, rassura la femme d’une cinquantaine d’année, donc je suis techniquement à mon domicile. Puis-je vous aider en quoi que ce soit ?

— Je n’ai pas eu le temps d’aller faire des courses. Pouvez-vous me faire livrer un repas ?

— Je vais voir avec le Service de Restauration Citoyenne de la Résidence. À quelle heure souhaitez-vous votre dîner ?

— Disons vers les 21h.

— Ce sera fait. Passez une bonne soirée.

— Merci, vous aussi. »

            Rendez son sourire à la concierge, Béatrice appela l’ascenseur qui arriva dans l’instant. Une fois les portes refermées, elle demanda d’être conduite au vingt-et-unième étage. Il ne lui fallut que quelques secondes pour atteindre le milieu de la tour. Le long couloir aux couleurs chatoyantes avait pour objectif d’apaiser l’esprit des locataires, mais Béatrice était beaucoup trop tendue pour que cela soit efficace. Elle revoyait encore l’immense volute de fumée s’échapper du Parc de Bercy et l’immense dispositif déployé pour le contenir. Lorsqu’elle arriva enfin devant sa porte, la jeune femme sortit sa clé magnétique qu’elle inséra puis valida la combinaison à l’aide de l’empreinte digitale de son pouce. Lorsque le loquet se déverrouilla, elle enclencha la poignée et sentit immédiatement un mouvement furtif derrière elle. Avant qu’elle ne puisse se retourner, quelqu’un lui agrippa la nuque et la força à entrer.

« Dépêchez-vous ! Pas un bruit ! » intima alors une voix anormalement grave.

            Sentant la panique monter en elle, Béatrice se laissa pousser à l’intérieur de son appartement, titubant dans le salon. Manquant de se prendre les pieds dans la table basse, elle réussit à se rétablir et à se retourner juste à temps pour voir la silhouette entrer avant de fermer la porte derrière elle. Les lumières étaient éteintes et comme les fenêtres donnaient sur l’est, l’ensemble de la pièce était plongée dans la pénombre. Le couloir était quant à lui dans l’obscurité totale, et la personne y restait sagement dissimulée.

« Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? »

            Béatrice avait le plus grand mal de ne pas montrer la terreur qui l’envahissait. Ayant grandi dans la RCE, elle n’avait jamais été confrontée à la violence, elle n’avait jamais été agressée. Elle n’avait jamais eu aucune raison d’apprendre à se défendre car il n’y avait jamais eu aucune raison d’être attaquée. La criminalité au sein de la RCE était pratiquement inexistante depuis la fin du siècle dernier et la Grande Purge. Seuls les délits concernant les Interdits occupaient désormais les forces de l’ordre, et il était rarissime de voir la SCIE s’occuper des cas de Nuisibles. Le dernier remontait à au moins trois ou quatre ans. Paris était une ville sûre et calme sans criminalité, et ses habitantes avaient pris les habitudes en découlant.

             Aussi, c’était la première fois de sa vie que Béatrice se sentait véritablement en danger. Même lorsqu’elle vivait à Lille, sujette aux incursions prussiennes, elle avait toujours évolué dans un sentiment de sécurité, ou n’avait, du moins, jamais senti sa vie menacée. C’en était tout autre à présent, et son incapacité à réagir face à l’inconnu était la source de sa terreur. Elle n’avait pas la moindre idée de comment agir, comment se protéger. Elle aurait bien voulu s’enfuir, mais l’individu se tenait devant la sortie et serait tout autant en mesure de l’intercepter si Béatrice tentait de trouver refuge dans sa chambre. Elle voulut crier, mais elle savait que c’était inutile, les normes de construction des Résidences rendant les appartements totalement insonorisés. Peut-être qu’une des agents du Services des Écoutes et de Protection remarquerait la situation sur son moniteur, mais la probabilité était infime : des millions d’appartements étaient surveillés et seul un millier d’agents y étaient affectés.

« Qui… Qui êtes-vous ? répéta Béatrice. Sortez de l’ombre ! Vous… Vous n’avez pas le droit d’être ici ! »

            Un éclat de rire cynique s’échappa de l’ombre de l’entrée. Sa vision commença à s’habituer à la pénombre environnante, la jeune femme put voir les contours de la silhouette. Elle paraissait plus grande et imposante que tout ce qu’elle connaissait. On aurait presque cru à un monstre difforme sortit tout droit d’un cauchemar. La silhouette se mit à avancer, et Béatrice recula en réponse, avant de s’arrêter une fois complètement dans le salon. La jeune traductrice ne pouvait pas voir son visage, mais l’individu écarta les bras en signe d’apaisement. Un des appartements s’illumina alors, diffusant un mince rayon de lumière dans l’appartement de Béatrice, éclairant l’inconnu. Elle en resta pétrifiée d’horreur et de surprise.

            C’était un Nuisible. Plus exactement, c’était un homme !

Béatrice resta immobile, regardant l’homme traverser son salon à pas rapide pour tirer les rideaux et les dissimuler à la vue des voisins. Désormais dans l’obscurité totale, elle se crispa, dans l’attente d’une agression alors que l’étranger s’activait tout autour d’elle. Le silence de l’appartement ne fut interrompu que par des crépitements étranges provenant de l’homme et des gémissements étouffés de Béatrice lorsque celui-ci la frôlait. Après ce qui parut être une éternité, sans que rien ne se passe, son appartement s’illumina, faisant sursauter la jeune femme. L’homme était penché sur le panneau de contrôle du mur-écran qu’il finit par allumer en augmentant le volume. C’était une des chaînes d’informations locales, mais elle passait en boucle le reportage sur l’incendie au Parc de Bercy. L’homme changea de canal, mais arriva toujours au même résultat, quand il ne s’agissait pas simplement d’un film ou d’une série quelconque.

« Où est-ce que je peux avoir des informations sur ce qui se passe ? demanda-t-il de sa voix étrangement grave, toujours penché sur la commande.

— Elles… Elles doivent avoir interrompu tous les programmes, bafouilla Béatrice. D’habitude, lors d’un couvre-feu, les informations continuent… Mais là… Je… Je ne sais pas… »

            L’homme grommela dans sa barbe avant de jouer à nouveau avec le panneau. Lorsqu’il fut revenu à la première chaîne, il augmenta le son au-delà du volume habituellement nécessaire. Satisfait, il se tourna vers Béatrice qui put alors le contempler pour la première fois. Il était grand, très grand. Il devait faire au moins une bonne demi-tête de plus que la jeune femme, qui était pourtant déjà au-dessus de la taille moyenne de ses amies. Sa longue veste en cuir dissimulait à peine son impressionnante carrure. Il donnait l’impression de pouvoir briser la jeune femme d’une seule main, sans forcer. Il se mouvait de façon alerte, attentif au moindre détail, au moindre signe de danger. Cependant, c’était son visage qui intrigua le plus Béatrice. Elle n’avait jamais vu d’homme de sa vie, à part en photo dans les manuels d’histoire. Celui-ci semblait venir du sud avec sa peau tannée et ses cheveux noirs. Sa barbe couvrait son menton carré, lui donnant un air hirsute, inquiétant. Pourtant, ses yeux paraissaient calmes et sereins. Des yeux dans lesquels la jeune femme se perdit quelques instants, jusqu’à ce qu’une étrange sensation n’émane du fond de ses entrailles, comme une chaleur qui se répandait peu à peu, chassant la terreur froide qui l’habitait.

 

« On va rester comme ça à se dévisager pendant longtemps ? » demanda-t-il.

Note de fin de chapitre:

Tadaa ! J'espère que ce début vous a plu et donné envie d'en savoir plus. N'hésitez pas à laisser un commentaire ou à poser des questions ;)

A très vite pour la suite :D

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