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Notes d'auteur :

Voici donc le premier chapitre de cette histoire dont le dernier chapitre est en cours (don't worry Albus, tu auras la fin ! :mrgreen:). J'espère en tout cas que la lecture vous plaît ! Pour information, elle m'a été inspirée par le film "Mystic River" qui m'avait particulièrement touché durant mon adolescence.

 

15 novembre 1978 – 14h32

Il pleut. C’est pas agréable, plutôt inconfortable, surtout sur les lieux d’un nouveau crime. Les arbres se balancent de gauche à droite à cause du vent et les rares feuilles qui s’accrochaient difficilement tombent sur le sol boueux. Sullivan jette un œil à ses chaussures en se faisant la réflexion qu’elles sont foutues et qu’il ne parviendra pas à enlever les taches brunes sur le vernis. Ça le contrarie.

Un peu plus loin, Porter écoute le rapport du médecin légiste et prend quelques notes sur son calepin noir. Noir, c’était la couleur de la robe de la quatrième victime. Avant que le sang ne la macule complètement. De toute façon, elle est plus à ça près la gamine puisque le meurtrier a cousu sur son corps les membres et la tête d’un des gars de Da Vinco : Red Harper, la troisième et précédente victime. A présent, au sein du commissariat de quartier où ils bossent, Le Chirurgien est clairement défini comme un tueur en série mais les journalistes ne semblent pas avoir été mis au courant. Ou peut-être qu’ils ne veulent tout simplement pas écrire sur les morts de Harlem. Les gens n’ont pas besoin de savoir ce qui se passe ici. Cette affaire n’intéresse personne. Ils en parleront quand ce sera les autres. Ceux qui comptent. Les habitants du ghetto s’entre-tuent déjà entre eux alors, un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça change ?

« Tu comptes rester planté là longtemps ? »

Sullivan n’a pas entendu Porter revenir vers lui et il est prit d’un sursaut alors que son regard s’attarde sur la victime. Laquelle d’ailleurs ? La deuxième ou la troisième ? Un peu des deux sans doute. Un corps de femme d’une vingtaine d’années habillée d’une robe noire teintée de pourpre avec une tête, des bras et des jambes d’homme. C’est immonde et stupéfiant. Sullivan se demande un instant s’il regrette que Ramirez leur ait refilé l’affaire.

« C’est…

— Elle s’appelle Gabriella Lopez, lui apprend Porter d’une voix sans timbre.
— Elle s’appelait, rectifie Sullivan en désignant le corps.
— Ouais, admet son collègue avec un mouvement d’épaules. Regarde, les entailles ont été faites avec précision. Il a sûrement dû la droguer pour pouvoir procéder mais pas au point qu’elle ne ressente rien.
— Comment elle est morte ? demande Sullivan, les yeux rivés sur le visage aux traits durs de la seconde victime, Red Harper.
— Elle a dû succomber à l’hémorragie au bout de quelques minutes lorsqu’il a enlevé le premier membre. Comme toutes les victimes.
— Heureusement pour elles. »

Porter hoche la tête et fait signe à son coéquipier de le suivre. Le corps revient aux médecins légistes. Il sait d’avance ce qu’ils vont découvrir. C’est le même scénario à chaque fois. Dans les moindres petits détails. Il manquait un doigt sur la main de Red Harper, il l’a vu au premier coup d’œil. La prochaine victime, s’ils ne parviennent pas à attraper le tueur avant, possédera les membres et la tête de Gabriella Lopez. A cette dernière, il manquera un doigt sur sa main. La même rengaine comme si le psychopathe écrivait une chanson morbide avec des paroles similaires ou qu’il confectionnait un tableau avec des caractéristiques semblables. Donc, pour comprendre le coupable et connaître ses motivations, il suffit de retourner au début de l’histoire, à sa première œuvre. Porter grimpe dans la bagnole et Sullivan fait de même. Ils doivent retourner à Harlem.

« La première victime est Gareth Cooper. Un membre du gang de Da Vinco lui aussi, dit Porter alors que Sullivan fait vrombir le moteur. Ça va faire deux mois que Ramirez et son équipe ont retrouvés sa tête, ses bras et ses jambes sur le corps de Derek Oldman, exactement au même endroit. Si on veut suivre le parcours du tueur, on doit reprendre depuis le début.

— Et la famille de Gabriella ? interroge Sullivan sans détacher ses yeux de la route. On doit leur dire pour leur fille. Ils pensaient qu’elle avait fugué.
— On ira après, tranche Porter d’un ton sec. La situation n’aura pas changé, la gamine est morte. »

Eric Sullivan lui lance un coup d’œil de côté. Damian vient juste d’allumer une clope et il se fiche bien du sort de la petite. Lui aussi faut dire, c’est juste qu’il a une fille de dix ans et qu’il se met à la place des parents. Que ferait-il s’il arrivait quelque chose à Lara ? Qu’aurait-il dit si les flics avaient attendu avant de venir lui apprendre sa mort ? Il jette un regard sur le calepin de Porter ouvert sur le tableau de bord. L’adresse des Lopez est sous ses yeux et il est pas foutu de l’ignorer. Porter tourne la tête vers lui dès qu’il commence à longer East River.

« Tu te fous de ma gueule, Sullivan ?!

— Désolé, Porter, réplique Eric, les traits tirés par la concentration. T’as pas de mioches, tu peux pas comprendre ce qu’on peut ressentir.
— Parce que toi, oui ? ricane l’autre. Tu passes ton temps dans cette bagnole avec moi, tu vois presque jamais ta fille. Ta femme s’est barré avec un connard en l’emmenant avec elle, t’as oublié ? »

Les mains de Sullivan se crispent sur le volant. La vérité fait mal à entendre. Pas qu’il vit dans un mensonge mais il préfère ne pas y penser. Oublier que son ex-femme est une pétasse qui l’a trompé pendant des années avant de se casser avec leur fille. Le pire, c’est qu’il n’a pas de droit de garde. Il paraît que Lara ne veut pas venir chez lui et qu’il boit trop. N’empêche, les parents de la morte ont le droit qu’on leur témoigne de la compassion et il garde la même direction. Lui, il voudrait savoir ce qui est arrivé à sa gosse.

« Ils ont le droit de savoir, répond-il sans relever la pique de Porter.

— J’ai pas dit que j’irai pas leur dire, j’ai dit que j’irai plus tard ! rétorque froidement ce dernier.
— Ouais. Si t’avais un gosse, tu comprendrais qu’on veut le savoir aussitôt.
— P’tain, Sullivan, tu te prends pour un modèle de vertu ? On suit pas les règles et ça va faire cinq ans que ça dure. C’est pour ça que Ramirez nous a passé le dossier. Parce qu’on va pas prendre la peine de suivre le protocole. Alors, tu me fais quoi là ? »

Eric hausse les épaules. Il sait tout ça mais il ne peut pas s’empêcher. Ce n’est pas une bonne action, c’est un acte d’égoïsme de sa part. Un peu comme si c’était à lui qu’on annonçait la mort de sa fille. Porter secoue la tête, visiblement blasé par le comportement de son coéquipier. Sullivan a l’air d’être dans une sorte de transe. Les mains accrochées au volant, quelques gouttes de sueur sur son front et les yeux exorbités. La bagnole roule au-dessus de la vitesse autorisée et Porter juge qu’un détour d’une demi-heure ne peut pas leur être néfaste.

« C’est bon. On va aller voir les Lopez. »

Les articulations des doigts de Sullivan paraissent se détendre et il lève un peu le pied sur l’accélération. Les deux collègues ne disent plus rien jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent devant une grande bâtisse en pierres brutes, délabrée. Les immeubles autour se ressemblent tous et ils pourraient avoir une certaine beauté s’ils étaient mieux entretenus. Les barrières verdâtres qui entourent les escaliers détonnent. Comme les poubelles qui servent de repas aux mouettes et le petit kiosque de journaux délaissé depuis des années.

Devant la maison voisine, un groupe de jeunes slament quelques morceaux de rap et des filles dansent sur une musique hip-hop. Cette partie de Harlem abrite plus de familles portoricaines et espagnoles et, bien qu’elle semble plus chaleureuse aux premiers abords, les commerces à l’abandon et la pauvreté des familles démontrent le climat dans lequel ils vivent. Porter ne s’est jamais senti à l’aise dans ce quartier. La dernière fois qu’il est venu, il appartenait encore au gang de Da Vinco. Sullivan se doute que parcourir les rues de Harlem doit faire remonter les souvenirs chez son collègue mais ils n’en parlent jamais ensemble. Leurs contacts se limitent à leur profession. Ils ne sont pas le genre de partenaires à aller boire une bière après le boulot. Les confidences, c’est pas le genre de la maison. Si Porter a appris que Sullivan avait divorcé et n’avait pas le droit de garde de sa fille, c’est uniquement parce que Ramirez en a parlé après qu’Eric ai été convoqué dans son bureau pour se justifier de ses multiples absences.

Il manque des pierres à l’escalier qui mène à l’appartement des Lopez et Porter doit éviter quelques crevasses sur les deux marches restantes. Sullivan est moins observateur et son pied gauche est prit dans un trou. Il jure deux minutes avant de réussir à s’en extirper. Un sourire narquois se dessine sur les lèvres de Porter qui appuie sur la sonnette portant le nom des Lopez. Un nom à l’encre à moitié effacée. Une voix féminine leur répond, une voix éraillée qui appartient sans doute à une vieille femme. Elle doit au moins avoir dépassé la cinquantaine.

« Oui ?

— C’est la police, madame Lopez.
— La police ? souffle la voix à l’autre bout de l’interphone. Vous avez retrouvé ma petite fille ? Dios Mio ! »

Porter n’a pas le temps de répondre que la porte s’ouvre, libérant le passage et révélant un hall sombre et sale. Derrière lui, Sullivan pousse un soupir.

« Ça va pas être facile.

— C’est pas comme si c’était la première fois, réplique Porter alors que son rictus s’agrandit. Chiale pas, Sullivan.
— J’ai une tête à chialer ? » grogne l’autre en se mettant à sa hauteur.

Ils montent les escaliers jusqu’au deuxième étage. Lorsqu’ils arrivent sur le pallier, la porte des Lopez est déjà ouverte et une femme se trouve dans l’entrebâillement. Elle les observe avec l’espoir d’une mère qui pense qu’on va lui annoncer une bonne nouvelle. C’est souvent comme ça. On croit jamais que notre enfant, la chair de notre chair, peut mourir d’une telle façon sous la torture d’un maniaque. Sans un mot, elle les invite à entrer. Sullivan observe l’entrée avec un regard d’expert. A chaque fois, considérer les lieux l’aide à relativiser. C’est ici que vivait la victime et ça permet de mettre un univers sur un simple corps. Pour ne pas devenir fou. C’est sa technique à lui. Tous les flics ont la leur.

Des tonnes de vêtements sont posés sur les portemanteaux. Des chaussures traînent au sol. Toutes usés jusqu’à la corde. Le sol est propre bien que la pièce soit en désordre. Le chambranle de la porte tient à un fil et il suffirait d’un coup de pied pour pénétrer sans mal à l’intérieur. La femme ne les lâche pas des yeux, observe leurs traits comme pour découvrir un indice de ce qu’ils vont lui dire. Sullivan fuit son regard. Porter les présente et lui désigne le salon. Il a raison. Il vaut mieux être assis dans ces moments-là. Le canapé n’est pas de toute première jeunesse et deux fauteuils au tissu élimé sont placés sur les côtés. Elle leur montre d’un geste de sa main ridée.

« Asseyez-vous, messieurs.

— On préfère rester debout. »

Sullivan relève les yeux vers son collègue d’un air mauvais. Depuis quand il parle à sa place ? Il passe une main sur son front. Il sent la migraine poindre et il a bien besoin d’un café. La femme semble le comprendre puisqu’elle se relève et se dirige vers la cuisine.

« J’allais faire du thé. Vous voulez quelque chose ?

— Ce n’est pas… commence Porter sans consulter son coéquipier.
— Un café ! s’exclame Sullivan en fusillant son collègue du regard.
— T’as intérêt à le boire rapidement, chuchote celui-ci. On est pas venu là pour prendre le thé. »

Mrs Lopez revient rapidement dans le petit salon, un plateau sur ses bras maigrelets. Elle le dépose sur la table basse qui tangue fortement sous le poids des tasses en céramique. Elle tend son café à Sullivan et s’empare d’une petite tasse qu’elle porte à ses lèvres, sans cesser de les fixer. Des odeurs sucrées de citron mélangées aux senteurs du café flottent dans l’atmosphère. Puis, une fois qu’elle a terminé sa tasse, elle la repose et fouille dans son tablier rouge. Elle en sort un cliché en noir et blanc jauni par le temps et aux bords élimés qu’elle leur met devant les yeux. Porter se racle la gorge et Sullivan porte son regard sur une tache grisâtre sur la table basse.

« Vous ne l’avez pas retrouvée, n’est-ce pas ? fait-elle tout à coup sur un ton qui n’a rien d’interrogatif. Une mère sent ces choses-là. Vous savez, Gabriella c’est mon soleil. Elle est belle, vous ne trouvez pas ? Tous les garçons lui courent après et je… je crois que je n’ai pas su la protéger. Je suis veuve, vous voyez ? Et j’ai cinq autres enfants qui sont encore à l’école. »

Des larmes au bord des yeux, la femme pointe de son doigt tremblant la jeune fille sur la photographie. Gabriella doit avoir quinze ans et elle est entourée de ses trois frères et de ses deux sœurs. Leur mère se tient derrière eux, un sourire éclatant sur son visage strié de rides. Sullivan avale une gorgée de café de travers et s’éloigne d’eux quelques instants. Porter secoue la tête en guise d’excuse.

« Il n’est pas dans son assiette depuis ce matin, explique-t-il à Mrs Lopez qui vient de s’asseoir sur le canapé, les mains sur les genoux.
— Dites-moi, inspecteur. Qu’est-il arrivé à Gabi ?
— Mrs Lopez… commence Damian en procédant aussi lentement que possible. Gabriella a été retrouvée ce matin, je suis terriblement désolé.
— Non…. »

Le cri étouffé déchire l’espace. Mrs Lopez s’effondre, cache son visage dans ses mains pour pleurer. Inconsciemment, elle le savait. Une mère sent ces choses-là. On appelle ça l’instinct maternel. Porter n’a pas de gosse et, en voyant l’univers dans lequel il évolue en permanence, il n’en veut pas. De toute manière, il n’a pas l’intention de partager sa solitude avec quelqu’un d’autre que lui-même. Un enfant, c’est une source de problème. Il n’y a qu’à voir Sullivan avec sa fille, qui tente de garder la tête hors de l’eau, depuis qu’il ne l’a qu’une fois par semaine au téléphone. Il n’imagine pas la douleur de Mrs Lopez qui vient de perdre la sienne à tout jamais.

Alors, peut-être qu’il n’est pas assez conciliant mais son but reste le même. La mère de Gabriella aura tout le temps de faire son deuil quand ils seront partis. Il s’accroupit face à elle et prend doucement ses mains dans les siennes. Il ne s’agirait pas de la brusquer s’il veut récolter les bonnes informations.

« Vous savez si quelqu’un aurait pu lui en vouloir dans votre entourage ? Vous connaissiez ses amis ? Avait-elle un petit-ami ? »

Il n’a pas de temps à perdre. La femme retire ses mains et écarquille les yeux, stupéfiée d’être submergée de questions sans qu’on la laisse assimiler la mort de sa fille.

Sullivan revient vers eux et se place sur la droite de son collègue. Un air de compassion passe sur son visage aux traits peu harmonieux. Il caresse son nez luisant de sueur et plante ses prunelles bleues dans celles de la femme. Habituellement, il ne parle pas de sa vie privée. La seule fois qu’il s’y est risqué, Ramirez en a profité pour l’ébruiter et tous les autres se sont foutus de sa gueule mais, cette fois-ci, c’est un cas de force majeure. Vu la situation, Mrs Lopez est à deux doigts de se refermer comme une huître.

« J’ai une fille, Mrs Lopez. Je ne peux pas savoir ce que vous ressentez mais je comprends. Si on m’enlevait la mienne… Je ne sais pas ce que je ferais. Seulement, les informations que vous nous donnerez seront précieuses pour que son meurtrier, celui qui vous l’a arrachée, soit arrêté.

Une larme roule sur la joue de la femme. Elle l’essuie du bout des doigts et hoche la tête.

« Gabriella était un ange, dit-elle, la voix entrecoupée de sanglots. Tout le monde l’adorait ici. Elle passait son temps à aider les sans-abris dans des associations caritatives au bout de la rue. Elle avait des tas d’amis mais je n’en connaissais que très peu. Le seul qui venait ici était un garçon qui ne parlait pas beaucoup. Je crois qu’il s’appelait Red Harper…
— Vous en êtes certaine ? reprend Porter d’un ton soudainement plus ferme.
— Je ne l’ai aperçu que deux fois ici, répond Mrs Lopez d’un ton brisé. Ce garçon était… Je ne sais pas comment le dire mais je ne l’appréciais pas beaucoup. Il avait une aura sombre qui me faisait peur. J’ai tenté d’en parler à ma fille mais elle a refusé de m’écouter… Vous croyez qu’il pourrait être... »

Tout son corps tremble et elle relève des yeux humides vers Sullivan.

« Il y a peu de chances, Mrs Lopez. Red Harper est mort. »

Porter pose une main sur l’épaule de son coéquipier avant qu’il ne se risque à en dire trop. C’est la fâcheuse tendance de Sullivan de parler pour ne rien dire. A présent, il faut qu’ils partent. Le père de Gareth Cooper, la première victime, habite dans le centre de Harlem. Au plus près de la scène de crime. C’est sûrement de lui qu’ils en apprendront le plus.

« Nous allons vous quitter, dit-il en poussant Sullivan vers l’entrée du salon. Si le moindre élément vous revient en mémoire… »

Il glisse sur la table l’une de ses cartes de visite, lui adresse un signe de tête et se détourne. Sullivan fait de même. Il faudra du temps à cette femme avant qu’elle ne fasse le deuil de sa fille et la façon dont Porter l’a traité est absolument odieuse. Pourtant, il sait qu’il aurait fait la même chose si un parallèle avec sa propre vie ne s’était pas mis dans l’équation. Il se tait, descend les escaliers en silence à la suite de Porter et ouvre la portière de la bagnole d’un geste brusque. Son collègue ne remarque rien de son trouble, ou il s’en fout. Eric s’installe devant le volant et ouvre la boîte à gants. Il en sort sa flasque et la porte à ses lèvres. Le liquide lui brûle la gorge et, dans le même temps, l’apaise. Le whisky, c’est sa drogue. Sullivan boit, Porter fume. C’est comme ça.

« Je vais conduire, lâche son coéquipier après un long silence, la main sur la poignée de la portière.

— Ça va, bougonne Sullivan en effectuant un vague geste de la main.
— T’as trop bu.
— Je bois avant de venir au boulot et t’es pas encore mort.
— C’est ma caisse et je vais conduire, répète Porter en sortant de la voiture pour faire le tour.
— Tu fais chier ! » râle Sullivan.

Les deux hommes échangent leurs places et une tension pesante s’engage entre les deux alors que Porter fait démarrer la voiture. Sullivan vide presque toute sa flasque. Il en a assez. Marre de tout. De son boulot. De ce connard qu’il voit tous les jours. De lui-même aussi. S’il avait écouté son père, il aurait travaillé dans l’entreprise familiale et tout aurait été plus simple. Le dossier de l’affaire sur le tableau de bord lui donne sérieusement envie de vomir.

« On va le trouver et toute cette affaire sera derrière nous, dit Porter sans tourner la tête vers lui.
— Et ensuite ? rétorque Sullivan. Qu’est-ce que ce sera après ça ?
— J’en sais rien. Tout ce qui compte, c’est que cette affaire vaut une sacrée promotion. Peut-être que je pourrais partir m’installer en Californie et plus voir ta sale gueule.
— Et t’y crois ? C’est ce que t’as dit Ramirez ? Ce mec est un fumier ! s’écrie Sullivan avec un rictus sarcastique. Et puis bon, ma sale gueule te manquerait.
— Je t’enverrai une carte postale » ironise Porter.

Sullivan esquisse une moue blasée. Ses pensées se redirigent vers l’enquête et ce que leur a dit Mrs Lopez. Gabriella et Red Harper étaient liés. Tout comme l’étaient ce dernier avec Derek Oldman puisqu’ils étaient tous deux membres du gang de Da Vinco. Comme le pense Porter, Gareth Cooper est certainement la clé. Il est la première victime du Chirurgien, il y a donc de très fortes chances qu’il soit celui que le tueur connaissait le mieux. Porter enclenche le contact et la bagnole reprend la route.

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