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La recluse

 

Loin, très loin sous la terre, au fond d'un tunnel vertical, elle vit enchaînée, immobile, nue. Ses côtes mordent sa peau, ses dents sont pourries et gâtées, ses yeux jaunes et presque aveugles ; personne à la surface n'entends ses gémissements, ni le lourds cliquetis de ses chaînes. Ces dernières se brisent de temps à autre et alors elle grimpe le long du mur, à la manière d'une gigantesque et monstrueuse araignée.

Génocides, camps de la mort, crimes de guerres, exactions, viols, larmes, bile, horreur et angoisse ; lorsque le voile qui les recouvre se déchire et révèle ces horreurs aux yeux du monde, elle se précipite vers la surface.

Elle glisse d'abord sa tête hors du puits, avec ses lèvres noires et ses yeux infestés de maladies. Suivent ses épaules maigres, ses seins hideux, deux pauvres tétines auxquelles personne ne se risquerait à s'accrocher, un bassin creux et vide, et des jambes jaunes, poisseuses et squelettiques.

Elle tourne doucement le visage vers le soleil, ferme les yeux et sourit, assise sur la margelle, alors que nous la contemplons avec effroi et stupeur.

Pourtant, aussi révulsés puissions-nous être, nous n'apprenons rien d'elle. Sitôt qu'elle sort de notre champ de vision, elle se désincarne, et si nous ne l'oublions pas tout à fait, elle se réduit à quelques lignes noires sur les pages blanches des livres d'Histoire, et perds sa substance.

Alors, la Vérité retourne pourrir au fond du puits.

 

Elle sait, et nous aussi, qu'elle n'en sortira jamais que pour mieux y retourner.   

Note de fin de chapitre:

Et voilà pour le 9ème thème, la vérité sortant du puit !

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