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Notes d'auteur :

Voilà pour le thème de l'évasion, sur un thème que je ne suis vraiment pas sûre de maitriser :/ 

 

Le douduk est un instrument à vent d'origine arménienne, dont le son me fascine !

Douduk.

 

Tu es haute comme trois pommes, tu te dandines comme un homme ivre en habillant les murs de la maison d'éclats de rire, cherchant à échapper aux chatouilles de tes frères et aux mains de ta mère. Tes petits pieds frappent le sol avec un enthousiasme débordant, tes genoux manquent de ployer sous ton équilibre aléatoire, mais tu tiens bon.

C'est ton grand-père qui t'arrêtes net dans ta course vacillante, sans même le savoir. Quelque part à l'étage, enfermé dans la bibliothèque, il souffle dans son douduk, ses longs doigts pianotent doucement, presque sensuellement, sur le bois d'abricotier, et une mélodie grave et voluptueuse, dans laquelle on entendrait presque souffler le vent de son Arménie natale, résonne dans toute la maison.

 

Tes mains sont trop petites pour le douduk, et d'ailleurs on te l'a souvent répété : ce n'est pas un instrument pour les femmes. Les trous qui percent le bois sont trop espacés, tes mains sont trop menues pour couvrir toute la flûte. On t'as bien suggéré d'apprendre à jouer du haut-bois, ça s'en rapproche bien assez, mais non, ton obsession, c'est le Douduk, alors tu persévère, une moue boudeuse plissant les traits de ton visage d'enfant.

Ton grand-père te manque terriblement.

 

Les notes ne sont pas parfaites, la mélodie vacille et s'éteint parfois, mais tu progresses. Ton Grand-père, lui, pouvait jouer les yeux fermés. Il pouvait écouter une musique, une fois, deux fois, et la reproduire presque sans faute, le front ridé par la concentration. Un jour, tu en es certaine, tu seras comme lui, mais il y a tellement de paramètres à prendre en compte : le rythme, le souffle ; tu n'a jamais fait d'algèbre alors ta compréhension des partitions a quelque chose de simple qui alourdit encore ta musique. Mais lorsque tu joues, tu t'échappes, tu oublies tout, parce que les do et les fa, les clefs de sol et les dièses envahissent ton esprit sans laisser de place à quoique ce soit. Pas même au regard intense et brûlant de ce bel adolescent que tu croises tous les jours dans les rues d'Alep, et qui t’obsède jour et nuit.

 

Tu sais jouer aujourd'hui.

 

D'innombrables mélodies s'échappent de ta bouche, plus souvent que les mots ; c'est devenue ta seule façon de parler, de t'exprimer, dans ce pays du nord qui ne parle pas ta langue. Seule ta musique éteint un peu, l'espace de quelque minutes, le bruit des bombes, les canonnades, les cris, les hurlements. Les yeux fiers et tendres du beau garçon que tu aimais ont disparu, ta maison aussi, et puis tes frères. Ton douduk aussi ; tu n'a plus que tes lèvres pour chanter l'Arménie de ton grand-père et la Syrie de ta mère.  

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