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Notes d'auteur :

Et voici pour le thème "Electricité!" 

 

Ce texte il est un peu pour Danaé <3

Paris, ville lumière

 

Rose et Colombine étaient fourbues par le travail ; les muscles de leurs dos, de leurs bras et de leurs jambes étaient tendus et brûlants ; les chemises en lin qu'elles portaient sous leurs jupes et leurs corsages étaient moites de sueur malgré les bourrasques de vent glacé qui giflaient leurs joues, jouaient avec leurs boucles brunes et rougissaient le bout de leurs nez.

-Ha, vous vous êtes sœurs, non ? Antillaises ?

L'homme qui leur avait parlé portait un des costumes vert des gardiens du zoo du Jardin des Plantes, et n'avait pas l'air agressif. Il rentrait chez lui d'un pas tranquille, et même lent pour un froid aussi mordant.

Les deux amies échangèrent un regard surpris et étincelant avant d'éclater de rire.

-Non pas du tout !

-Ni sœurs, ni antillaises !

-Mais j'aime bien !

-Oui moi aussi !

-Vous allez vers le haut de la colline ? Il n'y a pas grand chose à cette heure-ci !

-Oh si, la vue ! s'exclame Colombine.

-Depuis qu'il y a l'électricité, c'est très beau Paris vu d'en haut !

-Haha, des aventurières ! Faites attention à vous !

-C'est promis !

 

Et, bras dessus bras dessous, les deux amies reprirent leur ascension des pentes de Montmartre.

Montmartre qui, autrefois, était le monde de la nuit. Les lampadaires ici ne brûlaient pas jusqu'au matin comme dans les grands boulevards haussmanniens. Elles se souvenaient de l'obscurité opaque, quasi totale, des nuits de leur enfance, avant que l'électricité n'arrive et ne fasse de Paris la ville lumière.

De temps en temps, elles aimaient à grimper en haut de la colline et observer la plaine en contrebas, comme on regarde une carte. Ici la sinueuse seine, longée de lampadaires neufs aux gros bulbes jaunes crépitant d'électricité, là-bas le palais de l’Élisée, ici le Louvre, et un peu plus loin la tâche noire du champ de Mars.

Rose racontait à Colombine l'histoire du dernier livre qu'elle avait lu, parlant à toute vitesse, tricotant des jambes presque aussi vite que de la langue ; Colombine écoutait le sourire au lèvres, une lueur attendrie dans le regard. Si elles avaient été sœurs, elle aurait été l'aînée, et Rose la cadette, elles étaient d'accord là dessus.

Bientôt le souffle de Rose s'étiola un peu sous l'effet de la montée, et frustrée de ne pas pouvoir raconter tout ce qu'elle voulait, elle sautilla sur place malgré son souffle court en protestant contre tous les inventeurs de la planète qui avaient osé ne pas encore s'intéresser à Montmartre et inventer un tapis volant qui les emportait directement au sommet. Colombine éclata de rire, haletante elle aussi, et prit la main de Rose dans la sienne.

-Allez vient ! On est pas loin tu me raconteras tout en haut !

Elle s'élança alors en grandes enjambées parfaitement absurdes et ridicules, pour compenser sa lenteur, et Rose hésita un instant entre prétendre de ne pas connaître cette étrange individue, ce qui serait d'autant plus dérangeant qu'elles se tenaient toujours pas la main, ou l'imiter.

Elle choisit de se laisser traîner.

 

Les deux amies furent bientôt au sommet de Montmartre, épuisées mais heureuses.

Voir Paris illuminé par la fée électricité était à la fois habituel et nouveau, et à chacune de leurs escapade les deux ouvrières avaient l'impression dérisoire de participer à un de ces grands voyages aux quelles elles avaient cessé de rêver, elles qui ne pourraient jamais quitter la capitale.

Là-haut, libres et solitaires, elle riaient, chantaient et dansaient, oubliaient un peu l'usine et les galères. Là-haut, même le froid était agréable, et Paris devenait une mer de lumière, quelque part entre l'enfer et le paradis.

 

 

Note de fin de chapitre:

Voilà, j'espère que ça vous aura plu !!! 

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