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Notes d'auteur :

Et voilà pour le thème "Barbe Rousse Barbe Douce !"

Le monstre du fond du Bayou

 

Pwémié Fidji.

 

Dans les limbes du monde des esprits, le Loogaroo dort. Dans la brume grise de ce Bayou d'ici et d'ailleurs l'écho de seize pieds frappant le sol en rythme résonne alors sur l'invisible rivière, entre les arbres perdus dans les nuages et sur le sol visqueux, et ils ébranlent le Jumbee assoupi.

 

Dézyèm Fidji

 

Le long nez blanc et aquilin du Loogaroo frémit, ses paupières s'ouvrent légèrement sur des yeux du rouge vif qu'ont les animaux dépecées. Ni clarté ni lumière ne peuvent rendre sa peau blafarde un peu plus belle qu'elle ne devrait ; elle est simplement grise et morte ; ses joues sont rouges encore du sang de ses vieilles victimes, formant une douce, une répugnante barbe rousse. A moitié réveillé, il sourit, dévoilant deux rangées de dents pointues comme des aiguilles.

 

Twazièm Fidji

 

Le Loogaroo se redresse, époussette ses vêtements, lève le nez à la manière d'un prédateur prêt à partir à la chasse, rit silencieusement, comme un animal. L'odeur du sang le réveille et l'excite. Il est né ici, dans les brumes de l'au-de-là, fruit des horreurs que certains hommes endurent aux mains d'autres plus puissants qu'eux. Il est le bâtard d'un esclavagiste et d'un esclave ; le bâtard qui terrifie son père pour protéger sa mère, le bâtard d'un quadrille occidental et d'un roulement de hanche africain.

 

 

Katwyèm Fidji

 

Il tourne comme une panthère en cage, tous ses sens en alerte. Au dessus de lui, en dessous de lui, et tout autour, les esclaves dansent, et leurs pas le réveillent et l'invoquent ; il frémit parce qu'il sait que bientôt le voile qui sépare les mondes va se déchirer. Et alors, il sera libre.

Libre et violent.

 

Gwan Won.

 

Une bourrasque de vent brutale vient soudainement gifler le Loogaroo, soulève les feuilles mortes, disperse les odeurs putrides du marais, suivie d'un rayon de soleil si brûlant qu'il en devient aveuglant.

Il sourit, feule de jouissance, et s'élance.

 

 

 

Note de fin de chapitre:

Et voilà ! Après le fantôme, Faust, les zombies et l'homme invisible, voici.... 

Et non, pas le Loup-Garou, le Vampire !! 

Et voui, le Loogaroo est un vampire dans la tradition Vaudoue haïtienne. C'est un Jumbee (mot qui par déformation donnera les zombies) un des nombreux esprits qu'on trouve dans ce coin là du monde. 

Culturellement, c'est fascinant, parce que le vaudou haïtien est un maëlstrom d'influence très disparate en terme de culture. Il est beaucoup plus violent que le vaudou de l'Afrique de l'Ouest à cause de l'influence de l'esclavagisme : le Vaudou était la seule défense que possédaient les esclaves noirs africains contre leur bourreaux, parce que c'était quelque chose que les esclavagistes ne comprenaient pas et qui les effrayaient énormément, d'où une tradition vaudoue beaucoup plus dure et violente à Haïti qu'au Bénin par exemple. 

Le nom de Loogaroo et le personnage de Vampire sont issus des traditions européennes, ainsi que la danse qui l'invoque : le "Kwadril" est basé que les "Quadrilles" qu'on dansait en Europe; les esclaves ont adaptés ce genre de danse en les africanisant en terme de rythme et de pas. Mon texte est découpé en fonction des différentes figures d'un Quadrille, qui sont reprises dans les danses d'esclaves avec l'accent noir africain del 'époque : Pwémyé Fidji = Première figure (ce n'est pas moi qui est inventé ces prononciation / orthographe, ça a été écrit tel quel à l'époque et du coup lorsque des groueps traditionnels de là bas dansent un quadrille c'est avec cette écriture / cette prononciation que le savoir est transmit), dézyème Difji = Deuxième digure etc jusqu'à Gwan Won : Grand Rond. 

Bref bref bref, je trouve tout ça fascinant personellement mais je ne vais pas vous embêterp lus !!! :) 

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