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Notes d'auteur :

Pour le 16ème thème, "Pot-au-feu" un petit texte inspiré de façon totalement inconsciente par le chant gallois "Sosban Fach"; c'est en relisant le texte que je me suis rappelée de Sosban Fach et que j'ai réalisé à quel point c'était tout pareil. du coup je trouve plus correct de le mentionner ! 

Pour ceux qui connaissent "Le château ambulant" de Miyasaki, le livre sur lequel le manga est basé a été écrit par une galloise, et la chanson préférée de Calcifer est celle-ci !

 

https://www.youtube.com/watch?v=0_aM4Ar73j0

 

Sosban Fach

 

Dans la marmite pendue au-dessus de l'âtre, un pot-au-feu mijote gentiment. Ses arômes embaument la petite maison ; il cuit depuis si longtemps que son odeur parfume jusqu'aux poutres et aux bois des plinthes. Le feu ronronne, craque et chante, mêlant sa musique à celle des myriades de petits bulles éclatant à la surface du bouillon. Le chat rode dans les environs, le bébé hurle de toutes ses forces ; Sarah suce les gouttes de sang perlant sur son index à cause d'un mauvais coup d'aiguille ; Adrien bourre sa pipe, Julie mets la table, les jumeaux jouent avec des cubes en bois, Lison trie les légumes qu'elle ajoutera demain au potage, Nicholas essuie ses bottes crottées sur le paillasson.

Insensible et joyeux, le pot-au-feu chante.

 

Dans la marmite pendue au-dessus de l'âtre, un pot-au-feu mijote gentiment, son parfum épouse celui du feu de bois et imprime en silence au fond de l'âme des enfants une odeur de chez soit.
Le chat a sauté sur le manteau de cheminée et observe le bouillon et la viande avec des allures de prédateurs ; le bébé a grandit, il s'appelle David et court partout sur les tomettes rouges de la cuisine. Sarah a installé un pare-feu pour éviter qu'il ne se brûle ; Adrien n'est pas encore rentré, Julie s'est mariée, les jumeaux s'appliquent à faire leurs devoirs en tirant la langue, Lison découpe les légumes qui remplaceront ceux qui ont déjà été dévorés, Nicholas fredonne en l'aidant.

Insensible et joyeux, le pot-au-feu chante.

 

Dans la marmite pendue au-dessus de l'âtre, un pot-au-feu mijote gentiment. On a enterré le chat depuis longtemps, David embrasse sa mère, le visage dur, son uniforme fatigué ; Sarah ferme les yeux, profitant de l'étreinte de son fils ; Adrien attends son tour. Julie, vêtue de noir, pleure un peu. Les jumeaux sont morts à la guerre, et bientôt David repartira et Adrien suivra. Nicolas et sa belle voix de baryton ont disparu depuis sept mois. Lison n'est pas encore rentrée ; elle remplace ses frères dans les champs. David respire enfin un peu, et sourit presque aux odeurs de chez lui.

Insensible et joyeux, le pot-au-feu chante.

 

La marmite n'est plus accrochée au-dessus de l'âtre ; Sarah ne prépare plus le pot-au-feu.

On a oublié le chat, David n'est jamais revenu, Adrien non plus ; Julie est partie, Lison aussi.

La petite cuisine, froide et grise, est hantée de souvenirs.

 

Le bébé courait partout, les jumeaux jouaient aux cubes, Julie rêvait d'être une princesse, Lison d'indépendance ; Sarah et Adrien étaient heureux, Nicholas et le pot-au-feu chantaient sans s'arrêter.

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