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Notes d'auteur :

Et voilà, coup d'envoie de mon troisième (déjà !) Calendrier de l'Avent du héron, sur le thème "En avant la musique" !

Va Pensiero

 

Les voix mêlées du chœurs tiennent la note pure, légère et insaisissable, puis tombent doucement dans le silence alors que la main de Ricardo se referme, comme s'il tenait dans son poing les fils qui relient chaque mélodie de Nabucco.

Le théâtre de Rome explose alors en cris et en applaudissements ; sur scène la chorale en costume pâle, blême sous la lumière des projecteurs, fait face à la foule mouvante plongée dans l'obscurité peuplant le balcon, les loges, le parterre et le paradis. Le chef d'orchestre attend patiemment, le visage concentré et calme, que l'ovation s’apaise, mais les cris et les « encore » pleuvent comme les giboulées de mars. Aucun air ne peut faire battre le cœur des italiens plus fort que le « va pensiero », et le public le clame à plein poumons : Viva Verdi, Viva Italia !!!

Alors, brisant toutes les règles de l'opéra, Ricardo, lorsque le calme revient, réponds :

-Oui, Vive l'Italie, je suis d'accord avec ça.

Jamais personne n'interrompt une pièce de la sorte, mais la foule ondule, prête à s'enflammer derechef.

-J'écoutais ce refrain, reprend-t-il, avec un calme souverain, « O mia patria bella, si bella e perduta » et je me suis dit, si le gouvernement continue à sacrifier la Culture aux coupes budgétaires, alors oui, notre patrie sera « belle et perdue ». Tuer la culture est un crime. Alors oui, nous allons reprendre le « Va pensiero » ; mais, ici, à l'opéra de Rome, nous sommes un peu tout à la maison, alors je voudrais que tout le monde le chante avec nous en guise de protestation.

Le chef d'orchestre se permet un sourire avant d'ajouter :

-Et en rythme !

Dans une nouvelle explosion jubilatoire, le public se lève alors que l'orchestre reprends la musique ; des sourires immenses éclairent tous les visages, l'opéra tout entier chante à s'en crever les poumons et les tympans. Tous les italiens présents connaissent chaque mot, chaque note : « Va pensiero » est plus grand que Nabucco, plus grand que Verdi, c'est l'hymne officieux de l'Italie, de ses millénaires d'histoire, de sang, de chanson et de poésie.

Sur scène, les larmes coulent sur les joues des chanteurs, traçant des sillons dans leur maquillage ; à l'instar de cette culture que l'on mutile et que l'on tue, ils ressemblent un peu à des fantômes ; mais face à eux, bien réelles et bien vivantes, les silhouettes noires du public se découpent sur les dorures du théâtre, sur le fond écarlate des balcons et du paradis, et pour un peu, on se croirait dans un film de Viscontti.

 

Une tramontane d'allégresse souffle dans l'Opéra de Rome, et elle est chargée de révolte et d'histoire

Note de fin de chapitre:

Comme beaucoup (mais pas toutes) des histoires que j'ai eu envie de raconter cette année, ceci s'es tréallement passé, le 12 Mars 2011, à l'opéra de Rome, et c'est sans doute une de mes vidéos préférées qu'on peut trouver sur Youtube ! Déjà parce que j'aime Verdi d'amour, ensuite parce que suite à ça, les coupes dans le budget aloué à la culture qui avaient été annoncées quelques jours plus tôt ont été annulées. (comme j'écrivais de tête et que je ne parle pas Italien, le discours de Muti est considérablement réduit dans mon texte). 

Je vous laisse le lien, si vous êtes curieux : 

https://www.youtube.com/watch?v=G_gmtO6JnRs

 

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