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Notes d'auteur :
Angéline : un ange, une malédiction ? Qui est-elle, si ce n'est que le fruit d'un fantasme ?
J'arpentais la ville à pieds ou en voiture, des jours et des nuits entières. Je crois qu'aucune ruelle, aucun bar, aucune boîte de nuit, aucun bordel, n'échappa à ma quête insensée.

Le carnet qui faisait l'objet de mon obsession, donnait bien des indices sur les "activités" de la belle, mais aucun sur le moyen de la retrouver.

Plus les jours passaient, plus la raison m'incitait à abandonner, à jeter ce fichu carnet une bonne fois pour toutes, comme j'aurais dû le faire il y a plusieurs mois. Avant que ma vie ne dérape. Avant que mon boss ne commence à se plaindre de mes résultats laborieux. Avant que ma copine, persuadée que j'avais une liaison avec une autre, ne menace de faire sa valise.

Je n'avais qu'un prénom, Angéline. Etait-ce sa véritable identité ? D'ailleurs, est-ce que tout ce qui était couché sur ce cahier n'était pas là juste le délire d'une femme au foyer qui se mourait d'ennui ? Ou simplement étais-je tombé dans un piège idiot et que tout cela n'était qu'une farce ?

Angéline. Ce nom résonnait dans ma tête. Rien n'y faisait. Je continuais encore et encore, chaque jour, chaque nuit, à scruter les moindres recoins de cette fichue ville qui ne m'a jamais semblé aussi immense.

Alors que j'avais passé encore une journée entière dans ma voiture, à suivre les allées et venues des filles dans l'un des centaines d'hôtels de passe, épuisé, je me résolus à abandonner mon poste de surveillance quelques heures.

L'hiver raccourcissait les journées. Je descendis de la voiture pour marcher un peu. La nuit tombait doucement. Je quittai le boulevard pour retrouver l'air pur d'un parc (me semblait-il). Avec une bouteille de Scotch dans le ventre, mon sens de l'orientation n'était plus très précis.

Epuisé, je finis par m'écrouler sur le premier banc que je trouvai. Je m'endormis d'un bloc, laissant le carnet glisser le long de mes doigts.

Je m'éveillai le lendemain matin alors que le soleil était déjà à son zénith. En tentant de me lever, je reconnus immédiatement les signes très distinctifs de la gueule de bois carabinée.

Les promeneurs me regardaient d'un air qui en disait long sur ce que devait être mon niveau d'hygiène. Je ne leur en voulais pas. J'imaginais bien à quoi je devais ressembler en cet instant : à un ivrogne pitoyable.

Un ivrogne pitoyable qui, tout à coup, se mit à hurler.

Frénétiquement, tel un chien enragé, je me mis à fouiller les ronces, cherchant et cherchant encore, le coeur battant. Mes mains tremblaient, mon esprit se refusait à penser de façon cohérente.

Au bout de plusieurs minutes de recherche vaine, le verdict tomba. Le carnet avait disparu.

Angéline avait disparu.

Comme vidé de toute substance vitale, je rentrai chez moi. C'était sans doute le signe que j'attendais. Le temps était venu pour moi de refermer ce livre à tout jamais.

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Lorsqu'aux premières lueurs du matin, un jeune interne en médecine aperçut cet homme sur ce banc, son premier réflexe fut, en bon médecin, de s’assurer qu’il ne fut pas en détresse médicale. Sans le réveiller, il vérifia sa respiration et son rythme cardiaque. Rassuré, il sourit. Ce pauvre type allait se payer une sacrée migraine à son réveil !

Son regard fut alors attiré par une sorte de livre qui était tombé derrière le banc. Hésitant quelques instants, il se dit que ce document le renseignerait peut-être sur l’identité de l’inconnu. Alors il ouvrit le carnet.

A la fin de la première page, il abandonna cet anonyme sans plus de remords, emportant le carnet avec lui…
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