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Ma conscience me dictait de me débarrasser de ce journal intime.

Intime... Ce mot sonnait à mes oreilles telle une insulte, alors que chaque jour qui passait, je violais son moi intérieur sans l’ombre d’un remords.

Elle consignait tout dans ce journal qui ne me quittai plus, décrivant le moindre détail avec une exactitude presque enfantine : des hommes laids, des gras, des vieux, qui la faisaient vomir dès lors qu'ils passaient la porte ; des timides, des puceaux, qui l'auraient presque attendrie si toutefois elle avait été capable de sentiments ; des hommes mariés qui n'avaient rien à faire avec une "fille comme elle" ou "qui ne savaient pas pourquoi ils étaient là". C'est ce qu'ils lui disaient en tout cas, même si, en fin de compte, c'était souvent ses plus fidèles clients !

Il n’y avait pas de colère dans ses mots, pas de rancœur, pas d’espoir non plus. Elle me livrait tout d'elle, sans retenue, sans pudeur aucune, de la même façon qu'elle se livrait à ses amants qui s'embrasaient de son corps, pour une heure, pour une nuit, jamais davantage.

Au fur et à mesure des pages noircies d'érotisme, de dépravation, je lui volai son corps que j'imaginais si parfait. Chaque nuit, je prenais la place de ces hommes qui la visitaient. Chaque nuit, je m'enivrais de son parfum, de ses lèvres humides, de ses seins lourds.

Comme eux, j'en voulais plus, encore, allant toujours plus loin pour la soumettre à des fantasmes bestiaux, comme eux la soumettaient. Comme eux, je jouissais de ses larmes et de sa douleur. Comme eux, je l'abandonnai aux premières lueurs du jour, sans lui jeter le moindre regard, sans un mot.

Le matin je me réveillais en sueur, les draps souillés, comme au lendemain d'une gueule de bois. Je refermais le cahier resté ouvert sur mon lit, avec la sensation de malaise indéfinissable. Et comme tous les matins depuis une semaine, je réitérai cette promesse de jeter ce cahier aux ordures et de l'oublier.

L'oublier. Comment ? Pourquoi ? Je ne savais pas encore si je devais me classer dans la catégorie du dépravé sexuel ou de celle du "pauvre-mec-qui-s'emmerde-dans-la-vie", ou encore dans la catégorie "je-suis-amoureux-d'une-prostituée", mais le diable s'offrait à moi. Il portait un nom d'un ange.

Un ange noir, sombre, vil, ténébreux : Angéline.

Je devais la retrouver.
Note de fin de chapitre:
Il aurait dû tenir sa promesse et jeter ce cahier. Le diable n'est pas toujours là où on le pense.

A très bientôt pour le troisième et dernier chapitre.
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